À quoi ressemble le Bénin vu du ciel ? Lassé des commentaires négatifs sur son pays, un jeune Béninois a décidé d’utiliser un drone et de filmer son pays depuis les airs. Ses images permettent de porter un autre regard sur la géographie béninoise, qui révèle parfois des dimensions insoupçonnées.

Le projet baptisé "Fly shit only" est porté par Mawunu Feliho, un blogueur franco-béninois de 23 ans. Il l’a lancé comme une série le 14 septembre 2016, et a déjà réalisé 19 épisodes de 2 minutes, chacun se concentrant sur un endroit différent, parfois méconnu, du Bénin.

À l’instar de ce que fait le photographe français Yann-Arthus Bertrand dans ses documentaires "Vu du ciel ", le projet vise être la rencontre de la recherche esthétique, des découvertes touristiques et de la réflexion sur son environnement. Il compte déjà deux saisons complètes. La première se concentre sur la capitale, Cotonou, et la seconde sur les villes de province jusqu’à Parakou, dans le centre du pays. La prochaine saison souhaite montrer les villes du Nord.

Voici une courte vidéo montrant plusieurs images filmées au drone durant la saison 1 de Fly shit Only. Pour découvrir toutes les vidéos, vous pouvez vous rendre sur son site.

"J’ai découvert mon amour pour mon pays loin de chez moi"

Mawunu Feliho est un vloggeur et directeur artistique pour Irawo Talents, un répertoire de jeunes talents béninois.

J’ai fait une partie de mes études en Europe, et j’étais toujours très étonné de la vision négative que les Occidentaux avaient de l'Afrique. Concernant le Bénin, ce sont toujours les mêmes exemples qui reviennent, par exemple le vaudou. J’ai voulu essayer de changer les choses, car c’est en fait loin de chez moi que j’ai découvert à quel point j’aimais mon pays.

Pour avoir un point de vue différent, je me suis dit qu’il fallait utiliser un angle de vue différent. En avril 2016, j’ai commencé à m’intéresser aux images qu’on pouvait réaliser avec un drone, un peu par hasard. Je me suis formé sur le tas, et j’ai réalisé ma première vidéo cinq mois simplement après pour montrer la place de l’Étoile rouge de Cotonou. Ça peut avoir l’air dingue mais, quand j’ai diffusé le film, beaucoup de gens ont réalisé qu’il y avait vraiment une étoile rouge au milieu du rond-point devant lequel ils passent chaque jour ! [La place de l’Étoile rouge, dont le rond-point est partiellement caché par des arbres, a été construite par les Soviétiques dans les années 1970 et inaugurée par le général Mathieu Kérékou qui a pris le pouvoir en 1972, à la suite d'un putsch, NDLR.] "


"Il ne s’agit pas de vendre du rêve aux gens, mais leur apprendre à regarder différemment"

Parfois, l’image révèle des choses dont on n’a pas forcément conscience lorsqu’on a les pieds sur terre. J'ai réalisé par exemple en survolant Cotonou qu’il y avait encore de très nombreuses maisons en tôles. La tôle est un matériau qui garde beaucoup la chaleur, et cela crée un environnement qui peut causer des problèmes de santé... Il y a donc pas mal de marge d'évolution. Les images délivrent un message indirect mais elles permettent de dire qu’il y a encore une marge de progrès.


Dans ces vidéos, la recherche est tout d’abord esthétique, mais il y a surtout un effort pour coller au réel : il ne s’agit pas de vendre du rêve aux gens, mais plutôt de leur apporter des informations nouvelles, pour qu’ils réalisent qu’ils vivent dans de belles villes, et qu’il faut simplement apprendre à les regarder différemment.

"J’aimerais survoler plus de capitales africaines"

Pour l’instant, je me suis limité à des villes du Bénin, car je mène le projet sur mes propres économies. J’ai seulement fait une vidéo à Assinie, une localité du sud-est de la Côte d'Ivoire, et à Lomé, alors que j'étais en vacances là-bas.

Pour autant, j’ai pour objectif à terme de faire le maximum de capitales possibles en Afrique… Si certains aiment cette idée et souhaitent participer à ce projet pour faire découvrir des aspects méconnus de leur ville, évidemment, je suis partant !



Si vous souhaitez aider notre Observateur Mawunu à développer son projet, n’hésitez pas à nous contacter à observateurs@france24.com ou à visiter son site internet Egloye.com.


Article écrit en collaboration avec
Alexandre Capron

Alexandre Capron , Journaliste francophone