NIGERIA

Contre Boko Haram, la stratégie du château-fort d'une université nigériane

Tranchée en cours de construction autour de l'univeristé de Maiduguri, cible répétée des attaques de Boko Haram.
Tranchée en cours de construction autour de l'univeristé de Maiduguri, cible répétée des attaques de Boko Haram.

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Une technique historique pour contrer une menace quotidienne : l’université de Maiduguri, capitale de l’État de Borno, au nord du Nigéria, a commencé à creuser une tranchée pour empêcher les attaques-suicides des militants de Boko Harmam dans ses murs. L’annonce a été faite le 27 juin, au lendemain d'une série d'attaque sur le campus et dans la ville, tuant en tout 16 personnes, dont les assaillants.

Le gouverneur de l’État de Borno, Kashim Shettima, a débloqué 50 millions de naira [soit environ 135 540 euros] pour financer la construction de cette tranchée. Elle devrait faire 27 kilomètres de long, et doit permette d’empêcher les djihadistes d’entrer en voiture mais aussi à pied sur le campus.

Aucun étudiant n’était présent sur le campus lors de la dernière attaque, dans cette période de vacances. Mais l’attaque du 27 juin n’était pas la première menée par le groupe islamiste Boko Haram – dont le nom signifie en hausa "l’éducation occidentale est un pêché" – dans l’université de la ville où il a été fondé en 2002.

Cette tranchée est en train d'être creusée au niveau de la partie Est du campus, afin de prévenir les attaques-suicides de Boko Haram. Photo de notre Observateur Adam Bulama.

"Ca ne fera qu’inciter Boko Haram à chercher des alternatives"

Boko Haram s’est formé à Maiduguri en 2002, et la ville a été depuis la cible régulière des attaques du groupe terroriste. Des tranchées sont déjà utilisées comme protection dans la ville de Maiduguri mais pas à l’université, laquelle est encerclée par un mur d’enceinte. La partie Ouest du campus, qui fait face au centre-ville, est plutôt bien protégée, mieux que la partie Est, réputée plus facile à pénétrer.

Mais pour l'un de nos Observateurs à Maiduguri, qui requiert l’anonymat, cette protection supplémentaire n’aura pas l’effet escompté.

Creuser des tranchées ne permettra pas de mettre fin aux attaques-suicides. Cela les suspendra en quelque sorte, car ça ne fera qu’inciter Boko Haram à chercher des alternatives. Quand vous clôturez un endroit dans une ville, ce n’est qu’une question de temps avant que l’assaillant ne trouve un autre chemin pour arriver là où il souhaite. Alors pourquoi ne bouchons-nous pas tous les trous, en ne leur laissant aucune option ? Pourquoi est-ce si difficile de mettre fin à tout ce désordre ?

Photo : Adam Bulama

 

Au moins 20 000 personnes ont été tuées par Boko Haram depuis que le groupe a commencé son insurrection contre le gouvernement nigérian en 2009. En avril 2014, 276 lycéennes ont été kidnappées dans une école pour filles à Chibok, au sud de Maiduguri. L’affaire avait attiré l’attention de la communauté internationale sur le conflit, ce qui ne l’a pas empêché de se poursuivre.

"Les attaques font partie du quotidien ici"

D’autres habitants se disent plus confiants sur le rôle que pourrait jouer cette tranchée. Adam Bulama a crée la Ayimaba Charity Foundation, qui vient en aide aux Nigérians déplacés par le conflit. Il a été élève à l’université de Maiduguri et était sur le campus lors de plusieurs attaques menées par Boko Haram.

J’avais l’habitude d’étudier assez tard et je me souviens bien des différentes attaques, qui se passent la plupart du temps la nuit. Des gens débarquaient sur le campus, il fallait qu’on se couche au sol, où que nous soyons.

Les attaques font partie du quotidien ici ; Il y a un couvre-feu à partir de 10 heures du soir, tous les jours. Il y a des checkpoints partout. On ne sait jamais quand ça va se produire. Il faut être très prudent. On ne peut même pas faire confiance à sa famille.

Dans une précédente attaque, des combattants de Boko Haram lançaient des bombes sur les maisons des gens. C’était facile d’imaginer ma propre maison en train d’exploser. Mais je n’ai pas peur. J’accepte que c’est quelque chose qui existe ici.

La tranchée doit empêcher les assailants d'arriver avec des véhicules sur le campus (Photo : Adam Bulama)

“Quand la tranchée sera finie, l'université sera mieux protégée”

La tranchée n’est pas encore terminée mais quand elle le sera, elle permettra de mieux protéger l’université. La partie Est, c’est typiquement l’endroit où les gens de Boko Haram entraient sur le campus, au milieu de la nuit. La plupart des assaillants sont des femmes. Grâce à la tranchée, ces assaillants ne pourront plus arriver avec leur moto, seulement à pied, et il y a des soldats en poste devant l’université, qui pourront les abattre facilement s’ils essayent de venir.

Pour moi, le gouvernement du Borno a pris une très bonne décision.

Selon l'Université de Maiduguri la saison des pluies rend le sol plus friable et sableux, et les tranchées ont besoin d'un renforcemùent supplémentaire. (Photo : Adam Bulama)

"Nous sommes en pleine saison des pluies, c’est d’autant plus nécessaire"

Contacté par la rédaction des Observateurs de France 24 le porte-parole de l’université de Maiduguri, Danjuma Gambo, souligne la nécessité de ce projet.

Il y a déjà une barrière autour de l’université, mais sa partie Est n’a pas été renforcée de la façon dont nous l’aurions souhaité. Les tranchées permettront d’assurer la sécurisation complète de l‘université. Nous avons nous-mêmes commencé à les creuser, mais avons finalement reçu l’aide de l’État du Borno, et de l’État fédéral nigérian.

Le renforcement des tranchées est en cours. Comme nous sommes en pleine saison des pluies, et que le sol est mou et sableux, c’est d’autant plus nécessaire car il est plus facile de forcer le passage. L’université n’a jamais fermé depuis le début des attaques en 2009.