ITALIE

Hangar inondé et sans fenêtre : la pénible vie des migrants de Bolzano en Italie

Inondations et promiscuité dans ce centre de migrants du nord de l'Italie.
Inondations et promiscuité dans ce centre de migrants du nord de l'Italie.

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Près d'une centaine de migrants sont hébergés depuis plusieurs mois dans un grand hangar transformé en centre d'accueil dans la ville de Bolzano, dans la région autonome du Trentin-Haut-Adige, au nord de l'Italie. Photos et vidéos à l'appui, notre Observateur dénonce des conditions d'accueil honteuses : manque d'intimité, insalubrité et inondations.

Depuis le début de l'année 2017, l'Italie a enregistré plus de 83 000 arrivées de migrants sur son territoire. Ce chiffre est en hausse de près de 19 % par rapport à l'année précédente sur la même période. Et le pays peine à gérer la situation : de nombreux centres d'accueil sont saturés, inadaptés, voire complètement insalubres.

À Bolzano, les réfugiés n'en peuvent plus. Dans cette petite ville du nord de l'Italie, près des frontières suisse et autrichienne, un vieux bâtiment industriel a été transformé, à la demande des autorités provinciales, en centre d’accueil pour les réfugiés. Ahmed (pseudonyme), y est bloqué depuis près de trois mois. Pour interpeller sur ses conditions d'hébergement, il a envoyé plusieurs photos et vidéos à la rédaction des Observateurs de France 24.

Le confort dans ce centre est pour le moins rudimentaire : dans un grand hangar visiblement abandonné et sans fenêtres, des lits superposés ont été disposés les uns à côté des autres. L'une de ses vidéos montre même plusieurs hommes en train de tenter de nettoyer le bâtiment et de mettre à l'abri leurs affaires alors que la pluie a provoqué une inondation [en date du 25 juin dernier].

Les migrants doivent dormir dans un immense hangar. Photo de notre Observateur.

"Je ne comprends pas comment on peut cautionner nos conditions d'hébergement"

La situation inquiète d'autant plus notre Observateur que la promiscuité et l'agacement des migrants créent de nombreuses tensions.

Il commence à y avoir un sérieux problème dans ce camp. Nous sommes près de 300 personnes, de différentes nationalités, à être entassées dans ce hangar. C'est inhumain. Nous sommes complètement déconnectés de la société et du monde : ici, nous n'avons pas de divertissements, pas de télévision pour savoir ce qu'il se passe, et pour avoir Internet, il faut se débrouiller soi-même. Notre quotidien se résume à manger et dormir. Sur place, nous croisons des agents de la Croix-Blanche et de la Croix-Rouge. Mais je n'ai pas vraiment l'impression qu'ils s'occupent de nous. En tout cas, je ne comprends pas comment ils peuvent cautionner nos conditions d'hébergement.

Vidéo de notre Observateur.

"Parfois, c'est comme être dehors"

Nous avons un toit, mais nous n'avons aucune intimité. Pour se protéger et se sentir un peu mieux, nous sommes beaucoup à avoir mis des draps autour des lits, pour se créer un petit espace à soi.

La promiscuité est forte, comme le montre cette photo de notre Observateur.

Et encore, le toit n’est pas vraiment une protection, parfois, être ici c’est comme être dehors : dès qu'il pleut, l'eau s'écoule dans le hangar sur nos affaires et par terre. Je dors avec mes bagages dans mon lit pour ne pas qu'elles soient trempées par l'eau qu'il y a par terre quand le bâtiment est inondé. Heureusement qu'il ne pleut pas tous les jours, sinon, ce serait invivable. Cette situation a des conséquences sur le moral des uns et des autres et il arrive qu'il y ait des tensions ou des violences.

Vidéo publiée sur Facebook montrant une inondation au centre de Bolzano.

C'est d'autant plus compliqué de relativiser que l'on ne sait pas pour combien de temps on va rester ici. J'ai entamé mes démarches, je prends des cours d'italien... Les choses semblent avancer, mais la demande d'asile que j'ai déposé pourra prendre encore des mois. Et ici, les arrivées n'arrêtent pas. Une autre partie du hangar est en train d'être aménagée pour accueillir de nouveaux migrants.

En avril dernier, des règlements de comptes entre migrants dans le camp Alimarket avaient fait près d'une dizaine de blessés selon le quotidien local Alto Adige. Sur les 80 migrants impliqués dans les échauffourées, huit avaient été arrêtés.

Dans la province de Bolzano, l'accueil des migrants dans ce bâtiment, qui coûte 39 000 euros par mois à la province selon la presse locale, suscite des critiques.

"Il est inacceptable qu'une province riche comme Bolzano entasse autant de personnes dans ces conditions inhumaines" s'est ainsi alarmé au début du mois de juillet, Maria Teresa Fortini, conseillère municipale à Bolzano dans le journal Fatto Quotidiano.

Des conditions de vie "acceptables"

Contacté par la rédaction des Observateurs de France 24, Luca Critelli, chargé des affaires sociales pour la Province autonome de Bolzano, a confirmé qu'il s'agissait d'un local industriel transformé en centre d'accueil pour migrants.

"Le bâtiment est une structure de 'première étape' pour les demandeurs d'asile envoyés dans la province par le gouvernement italien. Ici, 300 personnes sont logées et le centre a ouvert en 2016 [au mois de novembre]", explique-t-il, précisant que trois organisations sont chargées de gérer le lieu : la Croix-Rouge, la Croix-Blanche et l'association Volontarius. "Les conditions de vie pourraient y être meilleures, mais pour une structure de cette taille et de ce genre, elles restent acceptables", fait également valoir Luca Critelli.