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Un Congolais peint des albinos "pour lutter contre leur stigmatisation"

Josué Valentia Mbanga Iloko réalise des peintures d’albinos pour lutter contre les discriminations dont ils sont victimes en RDC. Toutes les photos ont été envoyées par lui-même.
Josué Valentia Mbanga Iloko réalise des peintures d’albinos pour lutter contre les discriminations dont ils sont victimes en RDC. Toutes les photos ont été envoyées par lui-même.

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En République démocratique du Congo, les albinos sont régulièrement insultés, discriminés, voire victimes de violences physiques. Afin de défendre leur cause, un jeune artiste de Kinshasa a décidé de les représenter dans ses peintures. Ses œuvres suscitent une certaine controverse, comme il le raconte.

Les personnes albinos ont une particularité génétique qui se caractérise par un déficit de production de mélanine, ce qui affecte leur pigmentation. Elles sont donc particulièrement sujettes au cancer de la peau.

La prévalence de l’albinisme est particulièrement importante chez les populations africaines. Environ 1 personne sur 4 000 serait ainsi concernée en Afrique subsaharienne, selon certaines estimations. En comparaison, cette particularité toucherait 1 personne sur 20 000 à la naissance en Europe et aux États-Unis.

Une mère albinos avec son enfant.

Les albinos sont nombreux en Afrique subsaharienne.

"Je veux montrer que l’on peut très bien vivre ou se marier avec une personne albinos"

Josué Valentia Mbanga Iloko étudie les beaux-arts à Kinshasa. Ce jeune de 20 ans explique pourquoi il a décidé de peindre des personnes albinos :

Quand j’étais au collège, à l’âge de 15 ans, j’appréciais beaucoup une fille qui était albinos. Nous fréquentions la même église. Mais mes amis ne voulaient pas que je lui parle, en raison de sa différence. Petit à petit, j’ai réalisé que ce raisonnement était ridicule.

Par ailleurs, je me suis rendu compte que les albinos étaient discriminés et victimes de préjugés en RDC, comme dans d’autres pays. À Kinshasa, la naissance d’un albinos peut mener au divorce. De plus, ils n’ont généralement pas beaucoup d’amis à l’école et des difficultés à trouver du travail. Et la situation est encore plus préoccupante dans les zones urbaines périphériques et à la campagne, où ils peuvent être tabassés ou pire encore.

Dans certaines familles, la naissance d’un albinos peut mener au divorce.

Les enfants albinos ont souvent du mal à s’intégrer à l’école.

Tout cela fait que j’ai commencé à être sensible à leur situation. Afin de défendre leur cause, je me suis donc mis à peindre des albinos sur toile, il y a deux ans. Je les peins seuls ou à côté d’une personne à la peau noire : l’idée est de montrer que l’on peut très bien vivre ou se marier avec une personne albinos. Pour l’instant, j’ai déjà participé à une exposition dans une école.

Josué Valentia Mbanga Iloko a commencé à peindre des personnes albinos en 2015.

L’atelier de Josué Valentia Mbanga Iloko.

À travers ses peintures, cet artiste souhaite notamment montrer qu’il est possible de se marier avec une personne albinos.

"Certaines connaissances m’ont fui"

Généralement, les albinos qui voient mes peintures sont touchés et en profitent pour me parler de leur vie. Par exemple, une fille a pleuré et m’a dit qu’elle aimerait bien que plus de personnes s’intéressent à eux. Je crois en effet qu’il n’existe pas d’autres œuvres similaires. J’ai rencontré beaucoup d’albinos depuis que je fais ces peintures.

Du côté des non-albinos, certains trouvent mes peintures extraordinaires et d’autres trouvent ça bête. Certaines de mes connaissances m’ont fui : elles ne comprennent pas pourquoi je peins des albinos et je m’intéresse à eux. Pour eux, les albinos sont comme des animaux, même si je leur dis que ce sont des personnes comme les autres.

En dépit de leurs difficultés, la situation des albinos semble s’améliorer en RDC, notamment grâce à l’organisation d’événements destinés à changer le regard sur cette population. En 2015, une vingtaine d’hommes et de femmes albinos ont ainsi participé à un défilé de mode organisé par le réalisateur Yan Mambo, qui est lui-même albinos. Ce dernier a également lancé le festival "Fièrement Ndundu" ("albinos" en lingala), dont les deux premières éditions se sont déroulées en 2015 et 2016. Durant plusieurs jours, des concerts, des débats ou encore des ateliers ont été organisés, avec de nombreux artistes et intervenants albinos.

En Tanzanie, au Malawi ou encore au Burundi, les albinos sont régulièrement victimes de crimes rituels, en raison de la persistance de croyances selon lesquelles des parties de leurs corps seraient dotées de pouvoirs magiques.

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