Guinée Conakry

Un chef d’entreprise guinéen se ridiculise en s’autoproclamant "roi d’Afrique"

Aboubacar Camara dit Bobody (à gauche) le chef d'entreprise qui s'est fait surnommé "roi d'Afrique". À droite quelques parodies publiées sur les réseaux sociaux avec le hashtag #bobodychallenge.
Aboubacar Camara dit Bobody (à gauche) le chef d'entreprise qui s'est fait surnommé "roi d'Afrique". À droite quelques parodies publiées sur les réseaux sociaux avec le hashtag #bobodychallenge.

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Un homme d’affaires guinéen, Aboubacar Camara, dit Bobody, s’est vu remettre le 25 mai dernier un Prix africain pour le développement par des organisations privés burkinabè et ivoiriennes. Le soir même, il a défilé dans sa commune de Conakry, Kaloum, en costume traditionnel et accompagné d’un cortège, se faisant même appeler "Nana Kouassi Bobo 1er, Roi de l’Afrique". Le faste de la cérémonie a été la risée d’internautes qui ont lancé le #bobodychallenge, pour tourner en dérision sa mégalomanie.

"Je vous annonce que la population vient de me désigner roi de ma commune" : depuis le 30 mai, des dizaines de Guinéens publient sur les réseaux sociaux des photos d’eux, déguisés en roi et reine avec de fausses couronnes ou de faux sceptres, accompagnées du hashtag #bobodychallenge.

Ce nouveau défi humoristique est né quelques jours après la remise, le 25 mai, du prix Padev (prix africain pour le développement) pour le "meilleur artisan des œuvres sociales" au gérant d’une entreprise de pêche, Aboubacar Bobody Camara. Ce prix, qui existe depuis 2006, a été remis par deux organisations privées, l’une burkinabè et l’autre ivoirienne, qui expliquent dans un communiqué vouloir promouvoir des "personnes morales ou physiques" contribuant à "booster le développement des pays africains".

À gauche, Aboubacar Camara lors de la remise de son prix.

Il n’en fallait pas moins à Aboubacar Bobody Camara pour défiler dans les rues de Kaloum, une commune de Conakry, en habit traditionnel et saluant la foule depuis une voiture à toit ouvrant suivi d’un cortège. Les images de cette drôle de cérémonie ont rapidemment fait sensation sur les réseaux sociaux.

Voici la vidéo de sa majesté roi de kaloum nana 1er bobodi ????????????

Posted by Campel Gouverneur Bangoura on Tuesday, May 30, 2017

Quelques jours plus tard, le gérant d’entreprise a fait placarder dans la commune des affiches sur lesquelles il apparaît, toujours en tenue traditionnelle, et où il est écrit : "Sa Majesté Aboubacar Camara Nana Kouassi Bobodi 1er Roi de l’Afrique, élu meilleur artisan des œuvres sociales".

Des affiches collées devant le Palais du peuple à Conakry. Photo envoyée par notre Observatrice.

"C’est évidemment un moyen de critiquer sa mégalomanie…"

Contactés par France24, des internautes ayant participé au #bobodychallenge expliquent ce qui les a amusés. "C’est une façon de dire que si Aboubacar Camara se proclame roi, tout le monde peut être roi en son village" explique Aminata Pilimini Diallo, ajoutant qu’il s’agit aussi "de critiquer la mégalomanie" du chef d’entreprise.

Pour Thierno Maadjou Bah, un autre internaute dont la photo de "roi" a dépassé les 600 mentions "j’aime" en moins d’une journée sur Facebook, il faut rappeler que la démarche du gérant d’entreprise est avant tout "choquante". "Les institutions de la République doivent être respectées !" souligne-t-il, étonné que personne ne recadre ce nouveau "roi". "Il se fait le relais d'Alpha Condé à Kaloum, en posant à ses côtés sur des affiches par exemple, alors on ne lui dit rien" poursuit-il.

"À Kaloum, tout le monde se bat devant la porte de Bobody pour bénéficier de ses faveurs"

Ce n’est pas la première fois que l’homme d’affaires fait parler de lui à Conakry. Selon notre Observatrice Fatoumata Chérif, il s’était même déjà donné le titre fictif de "shérif".

Le nom "Nana Kouassi Bobodi" évoque celui des rois dans certaines tribus au Ghana ou en Côte d’Ivoire. Or, en Guinée, ce système n’existe pas du tout. Mais il faut dire qu’il agit de sorte à se faire appeler "roi" : à Kaloum, où il vit, il fait souvent des dons de vivres ou d’argent aux familles. Tout le monde se bat devant sa porte pour bénéficier de ses faveurs. Il suffit que sa voiture se gare et des gens accourent en criant "Bobody ! Bobody !".

Sur cette vidéo, des femmes se pressent devant chez "Bobody" dans l'espoir de recevoir des cadeaux. 

Avant le ramadan, il a distribué du poisson aux imams de Kaloum et pendant la distribution, un homme le ventilait – comme s’il était un roi. [En légende d’une vidéo de la scène publiée sur Facebook par l’un de ses soutiens, il est même surnommé "l’homme providence d’Alpha Condé", le président guinéen, NDLR].

À part ça, il est surtout connu en tant que gérant de la société de pêche Sabou Inter. Je crois que ce qui a fait le plus rire, ce sont les affiches qu’il a collées avec son nom de "roi". Il y a quelque temps, il s’était déjà fait appeler "shérif de Kaloum" ce qui est impossible, d’abord parce que la Guinée n’étant pas composée de comtés et ensuite parce qu’il n’occupe aucun poste politique.

"Les Guinéens devraient être fiers que le prix ait été remis à un chef d’entreprise de leur pays"

Contacté par France 24, Aboubacar Bobody Camara, visiblement amusé d’être la cible d’un nouveau buzz sur les réseaux sociaux guinéens, a assuré ne pas choisir les surnoms qu’on lui donne.

Je ne me suis jamais auto-proclamé roi. Ce sont ceux qui m’ont remis le prix qui m’ont appelé ainsi. Les affiches ont ensuite été réalisées par des jeunes de Kaloum, mais pour moi, il s’agit surtout d’informer ceux qui n’étaient pas à la cérémonie lorsque j’ai reçu le prix. Les Guinéens devraient être fiers que le prix ait été remis à un chef d’entreprise de leur pays. Il y a un peu de mauvaise foi derrière ces critiques. Pour ce qui est du terme "shérif", ce sont les habitants qui m’ont appelé comme cela. Mais on ne peut pas plaire à tout le monde et les critiques font partie de la vie !