Assiégée par les forces de sécurité, la ville chiite d’Al-Awamia dans la région de Qatif, en Arabie saoudite, est depuis deux semaines le théâtre de violents affrontements entre les forces de sécurité et des activistes armés. Effrayés, des centaines d’habitants ont fui le quartier, d’autres se sont terrés chez eux.

Tout commence le 11 mai quand des engins de démolition escortés par les blindés de la police pénètrent dans le quartier d’Al-Massoura, au cœur d’Al-Awamia. Les autorités veulent raser ce quartier sous prétexte d’y construire un nouveau projet urbanistique. Mais en réalité, Al-Massoura est un bastion des activistes chiites, et plusieurs d’entre eux, sous le coup d’un mandat d’arrêt, y sont retranchés. La ville est l’épicentre des mouvements de contestation chiite depuis octobre 2011.
Concernant les affrontements qui ont suivi, les versions divergent : le ministère saoudien de l’Intérieur a indiqué dans un communiqué que les ouvriers chargés de la démolition avaient "subi des tirs nourris" et avaient "été visés par des cocktails Molotov lancés par des terroristes qui vivent dans le quartier".

Contacté par France 24, Mustapha (pseudonyme), un habitant de la ville, assure lui que les blindés de la police sont entrés dans le quartier à l’aube et que "les policiers ont commencé à tirer dans tous les sens, de façon aléatoire".

La ville est depuis ce jour le théâtre d’affrontements quasi quotidiens entre les forces de sécurité et les activistes dont certains sont armés de Kalachnikov. Les images relayées sur les réseaux sociaux, impressionnantes, montrent des façades criblées de balles, des bâtiments réduits à un tas de ruines, des maisons incendiées.

Mustapha (pseudonyme) témoigne :

"Les forces de sécurité n’hésitent pas à tirer quand ils aperçoivent une personne à une fenêtre ou sur un toit"

La ville est théâtre d’une véritable guérilla. Les balles ne cessent de siffler autour de nous. Les forces de sécurité ont incendié des maisons et les véhicules des habitants. Des activistes retranchés dans le quartier Al-Massoura répliquent à la Kalachnikov.


Légende : Vidéo montrant les combats autour du quartier d’Al-Massoura.

Depuis hier, le théâtre des affrontements s’est élargi. Les forces de sécurité ont ordonné à des habitants des quartiers limitrophes Al-Qadih et Al-Buhari de quitter les lieux. Tout autour, elles ont installé des check-points et des murets en béton pour empêcher les voitures de circuler.

Légende : Vidéo montrant le quartier dévasté par les combats.

Les commerces sont fermés depuis plusieurs jours, et les rues noyées dans les détritus car les éboueurs ne peuvent plus effectuer le ramassage d’ordures depuis deux semaines. Même les pompiers ne peuvent plus pénétrer dans ces quartiers alors que des incendies se sont déclarés dans plusieurs immeubles. Ce sont les habitants qui se démènent comme ils le peuvent pour les éteindre.

Légende : Des habitants d’Al-Awamia tentent d’éteindre un incendie.

C’est réellement une ambiance de guerre civile. Les forces de sécurité ne font pas de quartier. Ils n’hésitent pas à tirer quand ils aperçoivent une personne à une fenêtre ou sur un toit. Certaines familles n’ont pas eu le temps de s’échapper à temps et sont toujours terrées chez elles. Elles sont terrorisées.

Légende : Les forces de sécurité évacuent des habitants d’Al-Awamia.

Je réprouve les actes de violences des deux côtés. Mais dans le même temps, j’estime que les forces de sécurité font usage d’une violence disproportionnée, sans considération pour les civils. Nous avons été victimes d’un déplacement forcé. Nos maisons, nos commerces et nos écoles ont été réduits en cendres. Nous sommes partis dans la précipitation avec nos vêtements pour seul bagage. Nous sommes aujourd’hui totalement démunis.

Depuis le début des affrontements le 11 mai, les autorités saoudiennes ont annoncé un seul bilan faisant état d’un policier décédé et de cinq autres blessés.

Al-Awamia est la ville natale de feu Cheikh Nimr, le plus important leader chiite en Arabie saoudite. Très critique à l’égard de la famille royale saoudienne, il a été condamné à mort notamment pour "incitation à la haine" et "prise d’armes contre les forces de l’ordre", puis exécuté en janvier 2016.

En octobre 2011, Al-Awamia avait été l’épicentre d’une vague de protestations menées par la population chiite qui réclamait plus d’égalité, notamment dans l’accès au travail. Depuis, la ville est devenue le théâtre d’émeutes sporadiques et fait régulièrement l’objet de raids policiers.