ÉTATS-UNIS

Après l’élection de Trump, résurgence d'un groupe extrémiste juif, classé comme terroriste

Capture d'écran de la vidéo montrant un professeur palestinien américain se faire agresser
Capture d'écran de la vidéo montrant un professeur palestinien américain se faire agresser

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Une vidéo montrant un professeur palestino-américain se faisant violemment tabasser à l’occasion d’une manifestation organisée lors de la conférence annuelle de l'AIPAC, le puissant lobby pro-israélien aux États-Unis, circule sur les réseaux sociaux. Cette vidéo, tournée le 26 mars, met en cause des membres de la Jewish Defense League (JDL), un mouvement juif extrémiste né aux États-Unis, classé comme terroriste par le FBI en 2001.

Les membres de la JDL étaient présents au milieu de plus de 1 000 manifestants, en majorité juifs américains, venus protester contre le rôle de l’AIPAC (American Israel Public Affairs Committee) dans le maintien de l’occupation israélienne dans les territoires palestiniens.

Vidéo de l'agression de Kamal Nayfeh

Dans la vidéo, un homme est à terre, recroquevillé sur lui-même. Il est passé à tabac par un groupe d’hommes qui l’encerclent et arborent drapeaux israéliens, américains, et de la Jewish Defense League, reconnaissables au dessin sur fond jaune d’un poing fermé noir dans une étoile de David. Alors que l’un d’eux se sert de son drapeau pour frapper l’homme à terre, la police intervient pour le stopper. On retrouve l’homme agressé, titubant, s’éloignant, au bras de la police.

"J’ai vu de la haine dans leurs yeux"

France 24 a pu joindre l’homme passé à tabac dans la vidéo. Il s’appelle Kamal Nayfeh, il est palestino-américain, professeur en Caroline du Nord et père de 4 enfants.

Nous rendions visite à ma fille, Danya, étudiante à l’université de Georgetown, à Washington D.C. Nous avons passé quelques jours en famille et étions sur le point de repartir. Elle souhaitait participer à la manifestation. Je l’ai déposée en voiture puis me suis inquiété. Je voulais m’assurer qu’elle allait bien. Alors que je m’approchais de la foule, j’ai commencé à parler avec une femme qui arborait un drapeau israélien. Elle scandait "La Palestine n’existe pas." Je lui ai affirmé qu’elle existait à travers moi. Je suis Palestinien, j’ai grandi au Koweït mais ma famille est originaire d’un village près de Tulkarem (une ville en Cisjordanie – NDLR).

"Je ne m’attendais pas à être victime d’une telle violence aux États-Unis."

Un groupe d’hommes m’a entendu dire que j’étais Palestinien et s’en sont pris à moi. Ils m’ont donné des coups dans la tête. J’étais à terre et tentais de me protéger. Je pouvais voir le mât du drapeau que l’un d’eux arborait venir vers moi. Il aurait pu me crever les yeux. Il m’a blessé à l’œil. J’ai 18 points de suture aux paupières, des bleus sur le crâne et tout le corps. Je n’ai pas pu marcher pendant deux jours. Deux hommes sont parvenus à me tirer de là, puis la police est intervenue et m’a emmené jusqu’à une ambulance. Ma fille, bouleversée par la scène, a voulu m’accompagner, mais elle est restée pour tenter d’identifier mes agresseurs. Je ne participe pas souvent aux manifestations. Je ne m’attendais pas à être victime d’une telle violence aux États-Unis. J’ai vu de la haine dans leurs yeux mais je refuse d’avoir peur. J’ai porté plainte.

Kamal Nayfeh après son agressio. Photo de notre Observateur.

"J’étais habitué à ces groupes en Israël mais ne m’attendais pas à les retrouver aux États-Unis"

Asaf Calderon est Israélien. Il réside aux États-Unis et est membre de If not now, organisation juive américaine contre l’occupation israélienne née au lendemain de la guerre de Gaza en 2014. Témoin de la scène, il est prêt à aider Kamal Nayfeh à documenter l’agression.

Je suis membre du mouvement If not now depuis août dernier. J’étais déjà actif en Israël, où j’étais habitué à ces groupes et familier de ce genre d’agressions. Ces groupes religieux extrémistes partagent l’idéologie kahaniste, inspirée des idées du rabbin Meir Kahane, fondateur de la Jewish Defense League. Ils sont profondément racistes, anti-arabes, prônent la suprématie juive, le nettoyage ethnique d’Israël. Ils vont aux manifestations qui dénoncent l’occupation en Israël et incitent à la violence et à la haine. Je ne m’attendais pas à les retrouver aux États-Unis.

"Ils étaient très organisés, prêts à attaquer."

Ils étaient très organisés, prêts à attaquer et très visibles avec les drapeaux qu’ils arboraient. Je débattais avec des partisans du lobby AIPAC quand j’ai vu un membre de la JDL pousser un homme au sol. C’était Kamal. Je l’ai connu après son agression. Des hommes ont commencé à le frapper avec leur pied et leurs drapeaux. J’ai essayé de l’aider mais j’ai été poussé par un membre de la JDL. J’ai vu ce jour-là une violence extrême déployée contre un homme sans défense. Je suis prêt à témoigner pour l’aider. Ils étaient nombreux à l’avoir agressé et seuls deux d’entre eux ont été arrêtés.

Selon un rapport de la police du District de Columbia, les deux hommes ont été accusés de crime de haine.

"Depuis l’élection de Donald Trump, ils sont de retour"

Yonah Liberman est membre fondateur de If not now. Il était également présent à la manifestation. Selon lui, ce n’était pas la seule agression.

C’est inquiétant de voir la résurgence de ce mouvement aux États-Unis. Ils étaient surtout actifs dans les années 70 et 80. Depuis l’élection de Donald Trump, ils sont de retour. Je ne les avais jamais vus auparavant. Ils sont des partisans de Trump. Leur slogan était clair : "Trump, Trump, Trump". Les membres de la JDL n’étaient pas nombreux comparé à nous, mais ils étaient organisés et prêts à en découdre. Nous sommes restés pacifiques même lorsqu’ils nous insultaient. Ils nous traitaient d’antisémites, parce que nous critiquons la politique d’Israël. L’un de nos membres, Ben, a même été violenté. Une vidéo le prouve.

Vidéo de l'agression d'un membre de If not now

"Nous appelons l'AIPAC à condamner l’agression"

Les membres de la JDL affirment qu’ils agissent pour défendre les juifs, mais ils n’hésitent pas à s’en prendre à nous qui sommes juifs. Je ne comprends pas pourquoi ils soutiennent Trump, alors que depuis son élection le nombre d’actes antisémites a augmenté. Nous appelons l'AIPAC à condamner l’agression. De nombreux membres du lobby ont serré la main aux membres de la JDL. Il s’agit pourtant d’un groupe terroriste, selon le gouvernement américain.

Sur son site, la JDL justifie son action au nom de la défense des juifs et le combat contre "l’antisémitisme rampant", dont il qualifie notamment le mouvement international BDS qui appelle au boycott, au désinvestissement et aux sanctions contre Israël pour mettre fin à l’occupation israélienne.