FRANCE

En Guyane, le collectif des 500 Frères "cagoulé pour interpeller les autorités"

Le collectif des 500 Frères contre la délinquance se fait remarquer en raison de la tenue de ses membres.
Le collectif des 500 Frères contre la délinquance se fait remarquer en raison de la tenue de ses membres.

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La Guyane – une collectivité territoriale française située en Amérique du Sud – est secouée par un mouvement de grogne sociale depuis la semaine dernière, qui a débouché sur un appel à la grève générale à compter de ce lundi. Bien que tous les secteurs soient mobilisés, un collectif fait particulièrement parler de lui : les 500 Frères, des habitants cagoulés et vêtus de noir, à la carrure musclée, qui disent vouloir interpeller les autorités au sujet de l’insécurité.

Créé après le meurtre d’un habitant d’un quartier populaire, le collectif des "500 Frères contre la délinquance" a commencé à se faire connaître le 15 février, en défilant dans les rues de Cayenne, le chef-lieu de la Guyane, afin de dénoncer l’insécurité.

Mais il s'est surtout fait remarquer le 17 mars, lorsqu’une quarantaine de ses membres ont fait irruption dans le bâtiment de la Collectivité territoriale de Guyane (CTG), où se tenait une conférence internationale sur la protection des fonds marins, pour demander à Ségolène Royal, ministre de l’Environnement, d’agir pour "arrêter la violence".

Les 500 Frères à la CTG, le 17 mars.

"On n'est pas méchants", ont crié les Frères dans l'enceinte de la CTG, le 17 mars.

Par la suite, les 500 Frères ont participé à différents blocages, aux côtés de divers syndicats et collectifs. La semaine dernière, ils ont ainsi réussi à bloquer l'accès au Centre spatial guyanais – d'où décollent les fusées Ariane – à Kourou, avec le collectif  des Toukans et des syndicalistes d’EDF.

Mobilisation près du Centre spatial guyanais, mardi 21 mars. Vidéo tournée par un habitant de Remire-Montjoly.

La Guyane est le territoire français où sont recensés le plus de meurtres : 42 homicides y ont été commis en 2016 pour 252 000 habitants (dont 60 % par arme à feu). En outre, le nombre de vols avec violence a récemment augmenté (passant de 1 694 en 2014 à 2 338 en 2016) et les cambriolages sont plus importants que dans le reste de la France (7,87 cas pour 1 000 habitants contre 5,38 cas).

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"Les Guyanais sont les oubliés de la République"

Mickaël Mancée, un ancien policier de 33 ans, est le porte-parole du collectif des 500 Frères.

Il y a une trentaine d’années, les gens pouvaient sortir sans fermer leur maison à clé. Mais aujourd’hui, on peut se faire tuer pour une chaîne en or. La délinquance n’a jamais cessé de croître, bien que plusieurs marches aient été organisées pour la dénoncer dans le passé. Nous avons donc créé ce collectif pour interpeller les autorités, car les Guyanais sont les oubliés de la République.

Afin de lutter contre l’insécurité, nous pensons que les autorités devraient davantage contrôler les frontières [avec le Suriname et le Brésil, NDLR], car tout le monde peut entrer en Guyane. En soi, ce n’est pas un problème, sauf que l’on est incapable de gérer les personnes "hors système", comme les délinquants.

De plus, nous souhaiterions qu’il y ait davantage de policiers et qu’une deuxième prison soit construite. Actuellement, il y a beaucoup trop de détenus dans l’unique prison de Guyane par rapport à sa capacité d’accueil. [Le taux de surpopulation carcérale y est de 143 %, NDLR] Par ailleurs, les juges d’instruction sont débordés...

Il faudrait également que la Guyane coopère avec ses voisins sur le plan policier et judiciaire, afin que l’on puisse renvoyer les étrangers ayant commis des crimes dans leur pays d’origine, puisque nous n’avons plus de place en prison et que la moitié des détenus sont des étrangers…

[En outre, le collectif souhaite l'éradication des squats, intensifier la lutte contre le trafic de drogues, etc., ]

Les 500 Frères, des "miliciens" ?

Bien que de nombreux Guyanais soutiennent le collectif des 500 Frères, ce dernier n’est pas exempt de critiques, notamment sur ses méthodes. À la suite de leur action du 17 mars, Rodolphe Alexandre, le président de la collectivité territoriale de Guyane, s’était ainsi plaint de l’image qu’ils avaient donnée de la Guyane, bien qu’ils ne se soient pas comportés violemment. "Les gens ont pensé que c'était un mouvement terroriste à cause des cagoules", avait-il déploré. Certaines délégations avaient d’ailleurs écourté leur séjour après l’incident.

Par ailleurs, certains les traitent également de "miliciens" ou les accusent d’être racistes, notamment en raison de leur volonté de mieux contrôler les frontières.

De nombreux Guyanais estiment que le collectif a permis d'attirer l'attention sur le mouvement social en Guyane...

... bien que leurs méthodes ne fassent pas l'unanimité.

"Nous portons des cagoules avant tout pour l’aspect symbolique "

Mickaël Mancée répond :

Nous ne sommes pas une milice : nous ne sommes pas armés, nous ne menons pas d’actions violentes et nous rencontrons les autorités à visage découvert.

Nous portons des cagoules lors de nos actions, avant tout pour l’aspect symbolique. C’est une manière de dire aux autorités de prendre leurs responsabilités, puisque ce sont les agents du RAID ou du GIGN qui sont cagoulés habituellement. Notre message est le suivant : "Faites votre travail, sinon nous le ferons à votre place, même si nous n’avons pas du tout envie de le faire." En outre, le fait d’être cagoulés nous permet d’éviter les représailles, puisque notre discours ne plait pas forcément aux délinquants.

On nous accuse parfois d’être racistes, mais notre collectif est composé de personnes ayant des origines différentes. Et surtout, nous insistons sur le fait que le problème, c’est la délinquance, et non l’origine des gens.

Mobilisation près du Centre spatial guyanais, mardi 21 mars.

Une mission interministérielle est arrivée à Cayenne samedi 25 mars pour tenter de résoudre la crise. Une réponse insatisfaisante pour les élus locaux et les 500 Frères, qui exigent de parler avec des ministres directement. L’arrivée de cette mission n’a d’ailleurs pas empêché l’entame d’une grève générale "illimitée" lundi, à l’appel de la principale organisation syndicale guyanaise.

Outre l’insécurité, les revendications portent sur l’accès aux soins, le système éducatif ou encore les problèmes économiques. À titre d’exemple, 23 % de la population active est au chômage – un taux s'élevant à 44 % chez les jeunes – une famille sur quatre vit sous le seuil de pauvreté et des milliers d’habitants n’ont pas accès à l’électricité.

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