IRAN

Pour les taxis de Téhéran, les VTC à l'iranienne sont des espions américains

Agacés, les chauffeurs de taxi portant des banderoles où est écrit “Oui à la technologie, non a la fraude" et scandent : “L'Américain Snapp doit être détruit”.
Agacés, les chauffeurs de taxi portant des banderoles où est écrit “Oui à la technologie, non a la fraude" et scandent : “L'Américain Snapp doit être détruit”.

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Agacés par la concurrence des services en ligne de VTC (voiture de transport avec chauffeur) en Iran, les chauffeurs de taxis accusent leurs nouveaux rivaux d'être... des espions américains. Mais si le but était à priori d'alerter les députés conservateurs habitués à critiquer les États-Unis, la démarche n'a pas suscité l'émoi espéré chez les citoyens iraniens.

Les membres du syndicat de taxis de Téhéran se sont réunis le 20 février devant le Parlement iranien pour demander l'interdiction de ces services en ligne qui, selon eux, détruisent leur métier.

Des start-ups iraniennes telles que Snapp et Tap30 ont attiré les internautes en proposant des services similaires à ceux de l'Américain Uber. Snapp, lancé en 2014, déclare que 30 000 chauffeurs sont inscrits pour proposer leurs services à  un million de clients dans l'agglomération de Téhéran. Ces chiffres n'ont pas pu être vérifiés de façon indépendante. Comme Uber, l'application mobile met en relation chauffeurs et passagers et permet à ces derniers de noter leur course sur cinq étoiles. 

L'application mobile Snapp met en relation chauffeurs et passagers, ces derniers peuvent attribuer une note à leur course, d'une à cinq étoiles.

Les taxis téhéranais ont déclaré aux médias locaux que ces services en ligne siphonnaient leur clientèle et les poussaient au bord de la faillite. Ils avancent par ailleurs que leurs anciens collègues désormais inscrits sur Snapp ou Tap30 gagneraient mieux leur vie qu'eux.

À la manifestation du 20 février, pourtant, leurs accusations étaient bien différentes. "Oui à la technologie, non à la fraude", était-il inscrit sur leurs bannières alors qu'ils scandaient les slogans suivants : "L'Américain Snapp doit être détruit" et "Les applications espionnes doivent être détruites". Snapp n'est pas connu pour avoir le moindre investisseur américain, mais le géant sud-africain des télécommunications MTN a mis 20 millions d'euros dans le projet. 

Les réactions en ligne ont été critiques, les internautes défendant les applications et se moquant des revendications des chauffeurs de taxis.

Des manifestants scandent "L'Américain Snapp doit être détruit" et "Les applications espions doivent être détruites".

"Les taxis facturent 25 000 Tomans [7 euros] un course qui coûterait 10 000 Tomans [2,85 euros] sur Tip30. Manifestez comme vous voulez, c'est de votre faute".

"Pour interdire les services en ligne, les chauffeurs de taxi évoquent un complot américano-sioniste. Ce qu'ils essaient de faire est évident". Tweet publié par Mohammad Ali Abtahi, ancien vice-président de l'Iran. 

"Ils sont intelligents : ils disent aux passagers que Snapp appartient aux Gardiens de la Révolution et disent ensuite devant le Parlement que c'est américain".

Les slogans des chauffeurs sont apparus comme un tentative de s'attirer le soutien du gouvernement et des députés conservateurs situés dans le bâtiment derrière eux. Mais aucun parlementaire n'a publiquement affiché son soutien au mouvement, bien que les taxis aient affirmé avoir été invités à rencontrer certains élus. Le ministre de l'Information et de la Technologie, Mahmoud Vaezi, a soutenu les applications telles que Snapp ou Tap30 en déclarant, le 7 janvier, que "les business démodés ne peuvent arrêter la technologie. Nous ne pouvons pas continuer à vivre comme il y a 20 ans".

Selon l'agence de presse conservatrice Fars, une réunion ministérielle tenue le 22 février a conclu qu'il n'y avait aucune raison légale de freiner l'activité de Snapp et de Tap30. 

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