Afrique du Sud

Afrique du Sud : des maisons et des commerces d’étrangers incendiés

Des maisons ont été incendiées à Rosettenville. Photo prise par @MichaelSun168.
Des maisons ont été incendiées à Rosettenville. Photo prise par @MichaelSun168.

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L’Afrique du Sud fait face à une flambée de violences xénophobes depuis le début du mois de février. Dans la province de Gauteng, des habitants ont pillé et incendiés des maisons et des commerces appartenant, notamment, à des Nigérians. Cette chasse aux étrangers vise, selon eux, à lutter contre l’insécurité.

Tout est parti de Rosettenville, un quartier pauvre au sud de Johannesburg, où plusieurs Sud-Africains en colère contre les Nigérians ont accusé ces derniers de trafic de drogue et de prostitution. Plusieurs habitations et commerces, appartenant à des étrangers ont alors été pris pour cibles. Les assaillants, qui dénonçaient la passivité des autorités, estimaient être intervenus pour mettre un terme à l’insécurité. La semaine suivante, la police de Johannesburg avait alors perquisitionné plusieurs lieux de prostitution tenus par des étrangers.

Le compte Twitter officiel de la ville de Johannesburg a relayé des photos des opérations de la lutte contre la prostitution et les trafics de drogue dans les quartiers périphériques. 

Mais cela n’a pas empêché les habitants de manifester à nouveau le dimanche suivant. Au moins quatre maisons ont été incendiées et une personne a été hospitalisée après avoir inhalé de la fumée. Pour tenter de mettre un terme à ces violences, la police a dispersé la foule à l’aide de gaz lacrymogène et de tirs de balles en caoutchouc.

Un habitant de Rosettenville a pris cette vidéo des manifestations devant la boîte de nuit sur Verona Street à Rosettenville. Les manifestants ont brûlé des ordures et des cartons devant l'entrée, affirmant que de la drogue était vendue dans l'établissement. La vidéo date du 5 février 2017.

Les incidents se sont ensuite propagés en banlieue de Pretoria le 18 février, où les habitants ont également ciblé des foyers et des commerces appartenant ou occupés par des étrangers également soupçonnés d’activités illégales. Le porte-parole de la police sud-africaine, Lungelo Dlamini, a confirmé à France 24 que plus de dix bâtiments avaient été attaqués à Rosettenville et à Pretoria depuis le début des manifestations. Selon lui, aucun blessé n’a été signalé et une enquête a été ouverte pour confirmer ou non les allégations selon lesquelles ces établissements servaient de bordels ou de lieux de stockage de drogues.

Vidéo prise par Lindiwe Sithole, montrant l'une des maisons incendiées à Pretoria par des manifestants qui estimaient qu'il s'agissait d'un lieu de prostitution et de vente de drogues. 

Pour certains, ces attaques xénophobes ont été alimentées par de récents discours politiques, notamment celui du maire de Johannesburg, Herman Mashaba. Il avait en effet provoqué une polémique en décembre 2016 en affirmant que les "immigrants clandestins sont arrivés ici comme des criminels et doivent être traités comme tels". "Vous voyez, quand j’appelle ces criminels ‘criminels’ je veux qu’ils se rendent bien compte… qu’ils sont des criminels" avait-il ajouté.

Correction, le 6/03/2017 : Une première version de cet article utilisait le témoignage d'un ressortissant de la République démocratique du Congo. Nous avons supprimé son compte puisque nous avons appris entre-temps qu'il n'habitait pas à Rosettenville au moment des attaques. 

"La communauté étrangère ne veut plus ouvrir de commerces, de peur d’être victime d’attaques"

Notre Observateur, originaire de la RDC, vit à Rosettenville depuis 16 ans avec sa femme et ses enfants. Pour lui, les discriminations que subissent les étrangers en Afrique du Sud sont quotidiennes.

Une des maisons incendiées et pillées à Rosettenville. Photo : Twitter

Le bureau du président nigérian a demandé l’intervention de l’Union africaine, affirmant, dans une déclaration, que la violence contre la communauté nigériane en Afrique du Sud était "inacceptable pour le peuple et le gouvernement du Nigeria".

Il est difficile de savoir combien de ressortissants étrangers vivent en Afrique du Sud, mais selon un sondage mené en 2016, 1,6 million de personnes vivaient dans le pays sans y être nées. Ce chiffre était plus élevé lors des recensements en 2011. Cette diminution pourrait être attribuable, selon l’enquête, à une "crainte de voir son origine divulguée".

"La police patrouille régulièrement, mais ne fait rien"

Harron Abramjee vit en banlieue ouest de Pretoria a été témoin des récents incidents.

Un groupe d’habitants a attaqué quelques maisons occupées par des étrangers, surtout des Nigérians et des ressortissants d’Afrique de l’Ouest et centrale. La raison de ces attaques, c’est que la plupart de ces maisons étaient des lieux de stockage de drogues ou de prostitution. Quand vous vous rendez à l’ouest de Pretoria, vous voyez bien que les trafics de drogue et la prostitution sont en plein essor. Vous pouvez par exemple voir des prostituées marcher dans la rue à la recherche d’un client.

Je ne me sens pas en sécurité ici. Il faut être vigilant tout le temps. Lorsque vous conduisez, vous devez être très prudents : parfois vous vous arrêtez à un feu et quelqu’un vous brise votre fenêtre et vous vole tout ce qu’il peut : téléphone, ordinateur, etc. C’est très courant ici, ça s’appelle le "smash and grab" [fracasser et saisir].

"Les manifestations n’étaient pas xénophobes"

La police patrouille régulièrement, mais ne fait rien. Nous pensons que c’est à cause de la corruption. Ils sont au courant de la situation : tout cela se passe sous leur nez. Cette frustration conduit les résidents à s’occuper eux-mêmes de leur sécurité.

Violences dans les rues de Pretoria. Vidéo : Gabi Mbele

Bien sûr, de nombreux étrangers ne posent aucun problème. Je ne pense pas que les gens ont un souci avec les Nigérians en tant que tels. Les manifestations n’étaient pas xénophobes. Mais il faut plutôt penser à l’insécurité : malheureusement, les gens qui mènent des opérations criminelles sont souvent des étrangers.

Un comité de police a admis que la confiance entre habitants et agents de police devait être renforcée."Nous ne pouvons pas permettre que la confiance de citoyens dans les organismes d’application de la loi se dégrade davantage" a déclaré le président de la commission des finances de la police, François Beukman.

Ce n'est pas la première fois que des ressortissants de certains pays africains sont victimes d'attaques xénophobes en Afrique du Sud, où ils sont régulièrement accusés de plusieurs délits ou crimes. Un contexte favorisé par les conséquences de la crise économique que traverse le pays, principalement dans les quartiers populaires.