NIGERIA

Nigeria : Les habitants de Port-Harcourt couverts de suie à cause de la pollution

Une maman essuie la moustiquaire sous laquelle dort son bébé et montre l'épaisse couche de suie qui la recouvre. Capture d'écran d'une vidéo publiée sur Facebook.
Une maman essuie la moustiquaire sous laquelle dort son bébé et montre l'épaisse couche de suie qui la recouvre. Capture d'écran d'une vidéo publiée sur Facebook.

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Une couche de suie et un épais nuage de fumée noire recouvrent la ville côtière de Port-Harcourt, au Nigeria, depuis le mois de novembre 2016. Exaspérés et très inquiets pour leur santé, les habitants se sont mobilisés ces dernières semaines, aussi bien dans la rue que sur les réseaux sociaux. Ils pointent du doigt, entre autres, les raffineries illégales de pétrole installées dans le delta du Niger.

Jusqu’en novembre 2016, la suie et ces fumées noires empoisonnaient habituellement les communautés rurales du delta du Niger, au sud du Nigeria, selon notre Observatrice Florence Kayemba, activiste environnementale. Aujourd’hui, le centre urbain de Port-Harcourt, où vivent plus d’un million de personnes, est aussi victime d’un pic de pollution sans précédent, dont l’origine n’est pas encore clairement identifiée.

"J’ai de la suie dans les narines et sur les pieds tous les jours"

Florence Kayemba est directrice des programmes de l’association Stakeholder Democracy Network, elle habite Port-Harcourt depuis 12 ans. 

Depuis le mois de novembre, j’ai de la suie dans les narines et sur les pieds tous les jours. Ma maison se salit très vite et je sens que l’air est étrange. C’est très inconfortable et beaucoup de personnes ont décidé de porter un masque pour se protéger. Dans l’association où je travaille, nous en avons distribué au personnel. Personnellement je n’en porte pas mais je fais attention. Je n’achète plus mes fruits et légumes au marché parce qu’ils sont exposés à la pollution, par exemple.

"C'est mon bébé et ma moustiquaire. Regardez bien ce mouchoir, il est bien blanc. Et là regardez ! Il devient noir quand je le passe sur la moustiquaire. [...] C'est ce que nous respirons ! [...] Personne ne fait rien, le gouvernement ne fait rien ! [...] Je ne sais pas combien de temps ce problème va durer ...", raconte l'auteure de la vidéo tout en filmant.

Un phénomène ancien dans le delta du Niger

Plusieurs communautés rurales du delta du Niger souffrent de ce problème depuis des décennies. Ces personnes ne peuvent plus pêcher ou cultiver la terre parce que le sol et l’eau sont contaminés par les hydrocarbures.

Aujourd’hui, le phénomène attire l’attention parce qu’il se produit dans une zone urbaine très densément peuplée. Les gens ont commencé à s’inquiéter, ils ont fait campagne sur les réseaux sociaux, ont témoigné sur les ondes des radios locales et demandé au gouvernement d’agir.

"Ma voiture ce matin. Je ne cuisine pas au feu de bois et mes voisins non plus", raconte un internaute sur Twitter. 

Une pétition lancée le 10 février 2017 a recueilli plus de 300 signatures et plusieurs dizaines de personnes se sont rassemblées le lendemain dans les rues de Port-Harcourt pour demander au gouvernement d’agir. Inquiets pour leur santé et celles de leurs enfants, ils ont été nombreux à prendre la suie en photo et à partager les images via le hashtag #StopTheSoot.

Ceci n'est pas une "manifestation", c'est une campagne de sensibilisation. A PH (Port Harcourt), notre environnement a terriblement besoin d'aide. #Stoplasuie", peut-on lire sur le compte Twitter d'activistes locaux.

Une pollution aux origines incertaines

Le gouvernement a fermé trois usines mais nous n’avons aucune certitude sur les origines de la suie. Je pense qu’il faudrait mener une enquête scientifique indépendante pour comprendre précisément d’où elle vient. Les gens ne font pas confiance au gouvernement, ils ne pensent pas qu’il soit capable de fournir des preuves solides. Il nous faudrait des experts internationaux.

Un internaute filme une épaisse colonne de fumée noire dans la ville de Port Harcourt, le 15 février 2017. Vidéo publiée sur Twitter.

Les autorités ont décidé de fermer une fabrique d’asphalte, jugée directement responsable des dégagements de suie. Dans un communiqué publié le 14 février, le ministère de l’Environnement a décrété une "situation d’urgence" et confirmé que la qualité de l’air s’était détériorée depuis plus de huit semaines. Selon lui, la suie viendrait de "la combustion incomplète et en plein air d’hydrocarbures, d’ordures, de végétaux et de pneus, de la production d’asphalte et des raffineries artisanales illégales de pétrole".

Que ce soit entre locaux ou au ministère de l’environnement, les raffineries artisanales et illégales de pétrole reviennent toujours au centre de la conversation. C’est un problème grave qui a commencé il y a longtemps, parfois plus de dix ans à certains endroits du delta. Ces raffineries sont toutes petites et gérées par des petits groupes qui vandalisent les oléoducs pour voler du pétrole, le raffiner et le revendre.

Selon plusieurs activistes locaux contactés par France 24 les 20 et 21 février 2017, l’air semble plus respirable depuis que le gouvernement a fermé la fabrique d’asphalte. Néanmoins, tous confirment que la suie continue de polluer la ville.