Royaume-Uni

Des policiers anglais tasent en plein visage leur propre collaborateur antiraciste

Judah Adunbi allongé sur le sol après avoir reçu un coup de pistolet électrique. (capture d’écran de la vidéo, voir dans l’article).
Judah Adunbi allongé sur le sol après avoir reçu un coup de pistolet électrique. (capture d’écran de la vidéo, voir dans l’article).

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Une enquête a été ouverte au sein de la police britannique après la diffusion, la semaine dernière, d’une vidéo montrant une officière tirer au taser sur un homme noir âgé de 63 ans, à Bristol. La victime, que les agents ont confondu avec un suspect recherché, était en plus… un défenseur des minorités ethniques, chargé de travailler avec la police.

L’altercation entre les deux officiers de police et Judah Abundi, filmée par un voisin remonte au samedi 14 janvier et s’est déroulée à Bristol, dans le sud-ouest de l’Angleterre. La vidéo circule en ligne depuis quelques jours.

Ce que montre la vidéo

Dans la vidéo, on peut voir Judah Abundi, un homme noir, être approché par deux policiers qui lui demandent à plusieurs reprises son nom. Il refuse de leur dire, les accusant de racisme. Il essaie ensuite de rentrer chez lui, mais l’un des officiers l’agrippe pour l’en empêcher. L’autre agent lui tire alors en plein visage à l’aide d’un pistolet électrique avant d’essayer de le rassurer : "Taser, taser, taser, vous venez juste de vous faire taser, d’accord ?".

Allongé par terre, Judah Abundi demande alors aux policiers de l’emmener à l’hôpital. Il a confié plus tard à la presse britannique s’être senti “paralysé” par la décharge électrique. L’un des officiers essaie de le menotter, mais il proteste et lui jette son portefeuille, où se trouve sa carte d’identité, afin que les deux fonctionnaires puissent vérifier son identité.

Après le tir de taser, le voisin intervient, s’offusquant de ce geste "inutile". L’un des agents lui répond : "Il essayait de s’en prendre à nous", une fausse justification pour le témoin qui leur rétorque que la victime essayait seulement "d’entrer dans sa maison". "Vous avez commencé […] et il y a une vidéo" ajoute le voisin à l’adresse des policiers.

Capture d'écran de la vidéo.

Une victime "humiliée"

Interrogé par ITV News, Judah Abundi a déclaré s'être senti "humilié". "D’abord, on n’accuse pas quelqu’un d’être une autre personne. [...] Ils sont venus en m’accusant, ce n’est pas correct" a-t-il dit.

Le chef de la police a tenté de calmer le jeu en assurant qu’une plainte avait été déposée à la commission, qui fait office de police des polices. La scène a également été filmée par les caméras portées par les policiers.

La policière tire à l'aide d'un taser. Capture d'écran de la vidéo.

"Il n’était pas menaçant physiquement ou verbalement"

Tom Cherry, 39 ans est le voisin qui a pu filmer la scène.

[Judah] est quelqu’un de très sympathique, nous avons de bonnes relations de voisinage. C’est un rasta très calme, sain, qui prend soin de lui. Je trouve que la police a été très agressive. J’ai commencé à filmer parce que je voyais bien qu’ils essayaient de l’interpeller et je savais que ce n’était pas la bonne personne. Je me suis dit qu’il allait sûrement être arrêté pour rien. Je sentais que quelque chose allait arriver… mais je ne m’attendais pas au taser, c’était un vrai choc.

Je comprends pourquoi il [Judah Adunbi] a réagi comme ça. Il avait déjà eu un problème avec la police dans le passé. Sa réaction n’était pas forcément utile… mais c’était légitime. Il n’était pas menaçant physiquement ou verbalement. Je ne pense pas que les policiers seront inquiétés, la police n’est jamais vraiment sanctionnée.

Judah Adunbi allongé par terre après avoir été tasé. Capture d'écran de la vidéo.

Déjà interpellé à tort en 2009

La police a confirmé qu’en 2009 Judah Abundi avait déjà été interpellé à tort, mais n’avait alors pas reçu de coup de taser. Ces incidents à son encontre sont d’autant plus insolites que celui-ci travaille en tant que conseiller chargé d’améliorer les liens entre la police et la communauté noire de Bristol.