Un étudiant turc, un brin téméraire mais pas forcément malin, a escaladé à mains nues la pyramide de Khéops en Égypte, le 16 janvier. Il a non seulement enfreint la loi égyptienne qui protège l’une des Sept Merveilles du monde, monument particulièrement fragile, mais a mis sa vie en danger, à 137 mètres au-dessus du sol, avant d’être arrêté par la police qui l'avait repéré…

Fatih Körmücü est étudiant à l’université des Beaux-Arts Mimar Sinan à Istanbul. Il est parti en vacances en Égypte au mois de janvier et, passage obligé, a visité le site des pyramides antiques de Gizeh, près du Caire, dont la plus imposante est celle de Khéops. Et c’était visiblement impossible pour lui de se contenter d’admirer le monument : il a décidé de l’escalader à mains nues.

L'étudiant en art, adepte des voyages à sac à dos, a gravi le 15 janvier la petite pyramide de Mykérinos en toute tranquilité, selon lui grâce à des pots de vin versés aux policiers. 

"Quand j’ai vu les pyramides de près, quand j’ai vu ces structures construites avec des milliers de pierres, je ne pouvais pas m’empêcher de m’imaginer tout en haut", raconte le jeune homme de 23 ans sur sa page Facebook. Bouleversé par la beauté du lieu, il dit avoir voulu faire quelque chose d’"exceptionnel" en escaladant l’édifice. Il a cependant pris le soin… de vérifier qu’aucun Turc avant lui n’avait escaladé le monument avant de se lancer.

Le "selfie" de Fatih depuis le sommet de Khéops, où il raconte avoir vu les noms de ces prédecesseurs gravés sur la pierre, ce qui l'a rendu "très triste".

Le moment venu, au pied de l’édifice, il dit s’être précipité sur les grandes pierres du socle de la pyramide. "J’ai entendu les sifflets et les cris des policiers dès que j’ai commencé à courir", raconte-t-il, précisant ne pas avoir "abîmé les pierres […] qui sont de toute façon grandes et solides" et assurant encore que plusieurs touristes l’avaient applaudi.

Descente périlleuse

Mais la descente de la pyramide s’est avérée bien plus difficile que l’ascension, avec une inclinaison très forte. "Si j’étais tombé à ce moment-là je ne pourrais pas écrire tout ça aujourd’hui", ajoute-t-il. Une fois arrivé en bas, il a été accueilli sans violence par les policiers, qui l’ont emmené au commissariat.

L’étudiant turc a eu la chance d’être relâché après un jour et une nuit de détention dans un commissariat égyptien, décrit comme insalubre et très exigu dans son témoignage. En contrepartie, le procureur a supprimé sous ses yeux les preuves de son escalade aventureuse. Le jeune homme, alors auditionné au parquet, a pleuré et supplié ce dernier de lui laisser au moins une photo souvenir. Sans succès.

L'étudiant turc devant la pyramide, peu de temps avant l'escalade, filmé par son ami Ferdi.

Fatih est rentré chez lui et a finalement utilisé un logiciel de récupération de fichiers qui lui a permis de retrouver six photos de lui au sommet de Khéops, ainsi que le film de sa tentative d'ascension d'une autre pyramide, Mykérinos. Il s’est empressé d’envoyer les images à ses amis sur WhatsApp.

Escalades interdites et dangereuses

L’escalade des pyramides est formellement interdite par les autorités égyptiennes, qui prévoient dans ce cas une peine pouvant aller jusqu’à trois ans d’emprisonnement.

Fatih Körmücü n’est ceci dit pas le premier à avoir eu cette idée stupide. Un touriste allemand de 18 ans, féru d’escalade, avait déjà filmé son ascension en janvier 2016 et s’était lui aussi fait arrêter par la police.

Le jeune homme aurait aussi pu se contenter, comme bien d'autres, d'une pose classique devant les pyramides. 

Le site des pyramides de Gizeh souffre beaucoup des visites touristiques. Certains visiteurs pillent ou abîment les monuments et l’humidité à l’intérieur des tombeaux fragilise les parois.

Pour préserver ce trésor architectural et historique, les autorités ont imposé un quota de 300 touristes maximum par jour et prévu une entrée spéciale pour les visiteurs étrangers. De plus, une des trois pyramides est toujours complètement fermée pour que les monuments puissent se "reposer" à tour de rôle.