GAMBIE

Scènes de liesse à Banjul : "Même les militaires nous ont dit de faire la fête"

Le chef d’état-major de la Défense, Ousman Badji, a participé à la fête dans les rues de Banjul après l'investiture du nouveau président gambien. Photo envoyée par notre Observateur.
Le chef d’état-major de la Défense, Ousman Badji, a participé à la fête dans les rues de Banjul après l'investiture du nouveau président gambien. Photo envoyée par notre Observateur.

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Peu après l’investiture du président élu Adama Barrow hier jeudi 19 janvier, des centaines de Gambiens sont descendus dans les rues de la capitale Banjul pour célébrer le changement de chef d'État, après 22 ans de dictature.

Comme le président sortant Yahya Jammeh refuse toujours de céder sa place, le président élu le 1er décembre dernier, Adama Barrow, a prêté serment jeudi à l’ambassade de Gambie à Dakar. La cérémonie a été accueillie par des scènes de liesse à Banjul. Dans les rues de la capitale, jusque-là désertées, des centaines de manifestants se sont réunis pour fêter cette alternance politique, qui semblait encore irréaliste il y a deux mois.

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Ces derniers jours, 45 000 personnes ont fui la Gambie, selon l’ONU, par crainte d’affrontements armés en raison de la tension politique qui règne dans le pays. Mais jeudi soir, les militaires positionnés dans la ville de Banjul ne sont pas intervenus pour disperser la foule. Ils ont même… participé à la fête.

Alors qu’en parallèle des troupes militaires mandatées par la Cédéao (Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest) et menées par le Sénégal, entraient en Gambie, pour forcer le président sortant au départ.

La rédaction des Observateurs de France 24 a reçu ces images exclusives :

"La peur était partie"

L’un de nos Observateurs, qui souhaite garder l’anonymat pour des raisons de sécurité, raconte ce moment "historique".

Dans la matinée, c’était très calme, il n’y avait personne dans les rues. Quelques militaires étaient déployés, mais pas en grand nombre. Mais le soir, c’était une ambiance de fête. On a eu la surprise de voir le général des armées qui s’est présenté avec un haut-parleur, il s’est même mis à danser au-dessus d’une voiture. Il disait que même l’armée "avait décidé". [En référence au slogan des partisans d'un changement de régime "Gambia has decided", "la Gambie a pris sa décision", NDLR]. Et les militaires nous disaient : "Ne vous inquiétez pas, nous aussi on a décidé, restez et faîtes la fête".

Les militaires positionnés dans la ville de Banjul ne sont pas intervenus pour disperser la foule, mais ont participé à la fête jeudi 19 janvier. Photo envoyée par notre Observateur.

J’étais content, comme tout le monde. Si même l’armée avait basculé de l’autre côté, on s’est dit qu’il n’y avait pas de risque que l’armée intervienne… La peur était partie. Mais après mûre réflexion, on s’est dit que c’était peut-être un jeu. Comment le général Badjie [le chef d’état-major, longtemps considéré comme un pilier du régime de Yahya Jammeh] pourrait-il passer comme cela d’un camp à l’autre ? Enfin, finalement, c’était quand même la fête. C’était historique : il n’y avait personne dans les rues et là, en l’espace de 30 minutes, tout le monde était dehors, avec les militaires.

La crise post-électorale n’est pas terminée pour autant. Ce vendredi, le président guinéen Alpha Condé se rend en Gambie pour une médiation de la dernière chance auprès de Yahya Jammeh, qui refuse toujours de quitter le pouvoir. En cas d’échec des négociations, la Cédéao aura recours à la force.

Yahya Jammeh avait, dans un premier temps et à la suprise générale, reconnu sa défaite électorale, le 1er décembre dernier, avant de se rétracter une semaine plus tard.

En 22 ans à la tête de l'État, le régime de Jammeh, arrivé au pouvoir en 1994 lors d’un putsch, est devenu de plus en plus répressif, multipliant les arrestations arbitraires d'opposants et de journalistes.