Un attentat a fait plusieurs dizaines de victimes, mercredi matin, dans un camp militaire à Gao, dans le nord du Mali. Sur place, nos Observateurs racontent la panique et déplorent le manque de sécurité autour de l'enceinte.

Tôt mercredi matin, un kamikaze a fait au moins 37 morts et plusieurs blessés dans une attaque à la voiture piégée, menée contre le camp du Mécanisme Opérationnel de Coordination (MOC). Ce camp réunit à la fois des ex-rebelles et des membres de groupes armés pro-gouvernement, sous la supervision de la Minsuma, la mission de l'ONU au Mali. Il est donc un symbole des pourparlers de paix au Mali.

Les soldats et les miliciens étaient rassemblés pour la cérémonie du lever des drapeaux avant leur départ en patrouille.

Les Observateurs de France 24 ont pu se procurer deux photos prises par un habitant.




Quelques photos diffusées sur les réseaux sociaux montrent de la fumée s’échapper du camp et les secours intervenir. D’autres, que nous avons choisies de ne pas diffuser, témoignent de la violence de l’attaque - on y voit des corps démembrés.


"Dans le camp, c’était la panique générale"

Amadou Moussa [pseudonyme] travaille régulièrement avec les personnels du camp MOC. Il est arrivé sur place peu de temps après l’explosion.

Quand je suis arrivé dans le camp, c’était la panique générale. Il y avait des corps partout, éparpillés à cause de l’explosion, au moins une trentaine. Certains soldats tiraient dans tous les sens. Les responsables du camp m’ont indiqué qu’il s’agissait d’un 4x4 qui a forcé le portail puis a explosé.

Il était aux couleurs du MOC, ce qui peut expliquer qu’il a réussi à entrer. Mais, moi qui me rend régulièrement dans le camp, je sais que le dispositif de sécurité n’était pas du tout au point. On peut entrer et sortir comme on le souhaite. Les combattants appartiennent à des groupes différents et se connaissent mal ce qui n’arrange pas le problème.



"Il n’y avait pas assez d’ambulances pour soigner tout le monde"

Youssoufou [pseudonyme] travaille pour une ONG sur place. Il n’a pas pu approcher les lieux de l’attaque, mais s’est immédiatement rendu à l’hôpital.

Tout le monde à Gao a entendu l’explosion, même si le camp est situé en dehors du centre-ville. La situation était très confuse, et il n’y avait pas assez d’ambulances disponibles pour transporter tous les blessés. J’ai vu beaucoup de gens porter à bout de bras des blessés en sang pour qu’elles reçoivent les premiers soins. J’ai vu au moins une vingtaine de personnes blessées. À la mi-journée, la situation était calme, mais toutes les artères de la ville étaient bouclées, et il était impossible de sortir de Gao pour nous

Un de nos Observateurs nous a par ailleurs fait parvenir ces photos à l'extérieur de l'hôpital de Gao : des familles de victimes mais aussi des volontaires pour le don de sang s'y pressaient mercredi après-midi selon lui.

Images prises à Gao par Abdoulbacki Touré.

Le nord du Mali est tombé en mars 2012 sous la coupe de groupes djihadistes liés à Al-Qaida après la déroute de l’armée gouvernementale face à la rébellion. L’intervention militaire internationale, lancée en 2013, a permis de chasser plusieurs de ces groupes, mais certaines zones sont encore régulièrement visées par des attaques meurtrières, notamment autour des villes de Kidal et de Gao.

Peu de temps après l’attaque, qui n’a pas encore été revendiquée, le président malien Ibrahim Boubacar Keita a décrété un deuil national de trois jours.