BENIN

Contre les engrais chimiques, un compost "magique" pour les paysans béninois

Les feuilles utilisées dans la préparation du compost "magique".
Les feuilles utilisées dans la préparation du compost "magique".

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Il fertilise, fait germer les graines et repousse les insectes … Le compost développé par l’association Jevev ONG est un mélange de déchets verts présents à proximité immédiate des exploitations agricoles béninoises. Alors que celles-ci utilisent massivement des engrais polluants, ce projet est un espoir de développer des pratiques agricoles écologiques et durables.

Un astucieux mélange de déchets verts, de plantes sauvages jugées nuisibles, de fumier et d’insecticides naturels permettent aux agriculteurs des villages de Yokon et Agbodo de cultiver la terre sans détériorer l’environnement. Ce projet, porté par notre Observateur Henri Totin, s’inspire de techniques agricoles ancestrales désormais délaissées au profit des engrais chimiques.

Le mélange est composé de quatre couches de différents déchets verts qui sont arrosés puis recouverts de feuilles de bananiers. 

Dans les deux villages témoins choisis dans la vallée du fleuve Ouémé, qui traverse le pays du nord au sud, l’association développe depuis 2014 son compost à la recherche des meilleures proportions possibles, mais forme déjà des paysans à l’utilisation de son produit actuel. Car le succès est au rendez-vous avec des cultures florissantes. Un beau pied de nez aux produits phytosanitaires massivement utilisés dans la région.

Autrefois largement subventionnés par le gouvernement, ces derniers sont d’autant plus nocifs qu’ils sont mal utilisés par les paysans. Selon notre Observateur, les agriculteurs béninois seraient, pour la plupart, analphabètes et donc incapables de déchiffrer les notices d’utilisation. S’en suivraient des intoxications alimentaires à la consommation, en raison de surdosages ou confusions entre les produits chimiques.

Les déchets verts sont aplatis pour une fermentation optimale.

"Rien n'est laissé au hasard"

Henri Totin propose une alternative simple avec deux demi-journées de formation.

Nous expliquons le principe du compostage lors de la séance de formation : les différentes couches, les trois fosses de compost, le temps de fermentation etc. Ensuite, nous partons tous ensemble dans la nature pour récolter les déchets verts et nous empilons les tiges, les feuilles, les jacinthes d’eau et le fumier selon un ordre précis. Rien n’est laissé au hasard et c’est là qu’est le secret de notre réussite.

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La récolte des jacinthes d'eau, aussi appelées langues de chat, avec les paysans. Cette plante aquatique invasive est très utile au compost mais pèse lourd. 

L'ingrédient "magique" contre les insectes

Une des propriétés importantes de ce compost est son caractère insecticide. Nous utilisons le neem [un arbre aussi appelé margousier, NDLR], ses graines, ses feuilles et ses branchages. Nous pilons le tout pour faire une sorte de poudre que nous mélangeons au compost. Cet arbre, jugé nuisible à cause de ses fortes racines, a en réalité de très bonnes propriétés contre les insectes. Il rend en quelque sorte notre compost "magique" parce que pluriactif .

Dans la région de l’Ouémé, terre connue pour ses maraîchers, le succès est au rendez-vous : le taux de germination des graines a atteint les 90 % selon l’association. Henri Totin, basé à Dangbo, a choisi cette vallée parce qu’il estime que c’est dans ce type de zone humide que les engrais font le plus de dégâts environnementaux. C’est donc là qu’il pourra faire la meilleure démonstration de l’utilité de son projet, assure-t-il.

Le compost passe d'une fosse à l'autre, au total trois, pendant une période de six à neuf semaines. 

Essentiellement financé et aidé par l’ONG belge Anama, l’association aimerait pouvoir renouveler son centre, son matériel rudimentaire et distribuer le compost dans ses propres emballages. Aujourd’hui elle doit, pour ce faire, récupérer d’anciens sacs de ciment.

Notre Observateur reste cependant optimiste : le nouveau gouvernement a déjà supprimé les subventions aux engrais chimiques pour la filière coton. Il espère donc que les initiatives comme la sienne prendront bientôt le pas sur les méthodes industrielles.

LIRE SUR LES OBSERVATEURS >> Les déchets d’un abattoir transformés en biogaz et en engrais naturels

Vous voulez être mis en contact avec l’Observateur porteur de ce projet ? Contactez-nous à obsengages@france24.com !