Des violences ont éclaté en marge des manifestations qui se sont déroulées au Mexique cette semaine, organisées pour protester contre la hausse des prix du carburant. Des pillages ont notamment été répertoriés dans différentes villes du pays. Et dans le chaos, certains policiers n’ont pas hésité.. . à se servir eux-mêmes dans les magasins, notamment à Ecatepec, une ville voisine de Mexico, ce qui leur a valu d’être révoqués.

Le 1er janvier, le prix de l’essence a augmenté de 20,1 % et celui du diesel de 16,5 % dans l’ensemble du Mexique. Cette hausse est liée à la libéralisation des prix prévue dans le cadre d’une réforme énergétique approuvée en 2014, ayant mis fin au monopole de la compagnie publique Pemex sur le pétrole mexicain.

Tout au long de la semaine, des manifestations se sont déroulées dans plusieurs villes, souvent accompagnées de blocages de routes et de stations-services, voire de violences. Mardi, l’entreprise Pemex a d’ailleurs réagi en indiquant que la fourniture de carburant serait "très affectée" si les blocages et les agressions contre certains de ses salariés persistaient.

Des scènes de vandalisme et de pillage ont ainsi été répertoriées à différents endroits. Selon l’ANTAD, une association regroupant notamment des supermarchés, plus de 300 magasins ont été saccagés au cours des derniers jours. En outre, plus de 700 personnes ont été arrêtées en lien avec ces pillages, et trois civils et un fonctionnaire ont été tués, selon les autorités.

Pillages dans le nord de Mexico.

Pneus brûlés à Ecatepec, une municipalité limitrophe de la capitale.


Policiers hors-la-loi à Ecatepec

Très rapidement, des Mexicains ont accusé la police d’avoir laissé faire des pilleurs, bien qu’il soit difficile de prouver quoi que ce soit dans la plupart des cas. En revanche, les autorités ont reconnu que des policiers s’étaient comportés de manière illicite mercredi à Ecatepec, une municipalité limitrophe de Mexico, comme le montre la vidéo ci-dessous, abondamment relayée sur les réseaux sociaux.


Sur ces images, on voit des policiers transporter des objets, notamment à bord de caddies, et les mettre dans les coffres de leurs véhicules, garés à côté d’un supermarché qui a été pillé et d’une station-service. La scène s’est déroulée sur l’avenue Via Morelos, dans le secteur Altavilla, comme en attestent les images de Google Street View.

Images de Google Street View.

À la suite de la diffusion de cette vidéo, les autorités ont indiqué que quatre agents avaient été révoqués de leurs fonctions et qu’ils avaient été présentés devant le procureur général, afin de "déterminer leur probable responsabilité" dans cette affaire. Elles ont également fait savoir qu’elles ne toléreraient pas d’actes "illégaux".

D’autres policiers au comportement suspect dans la capitale

Une autre vidéo tournée mercredi par le journaliste Juan Rivas, au nord de la capitale mexicaine cette fois-ci, a également fait couler beaucoup d’encre. On y voit notamment des policiers transporter des cartons.

"Policiers de l’unité DF569-145 du secrétariat de la Sécurité publique de la ville de Mexico, en train de charger des écrans à bord de leur véhicule, à GAM [le secteur Gustavo A. Madero, NDLR], après un pillage. Les gens se sont plaints."

Contacté par France 24, Juan Rivas a indiqué :

Deux choses m'ont interpellé quand j'ai assisté à cette scène. Tout d'abord, lorsqu’un délit est commis à un endroit – si un magasin est pillé par exemple – rien ne doit être touché en théorie, pour que les preuves ne disparaissent pas. Ces règles n’ont clairement pas été respectées par les policiers dans ce cas précis. Par ailleurs, les policiers ont donné des coups aux gens, lorsque ces derniers leur ont crié : "Pourquoi vous emmenez tout ça ?"

Une fois la vidéo publiée sur Twitter, les autorités m’ont indiqué que les objets emportés par les policiers avaient été présentés au procureur général, en guise de preuves [contre les personnes ayant pillé le magasin, NDLR]. Mais quand je les ai interpellés concernant le fait que les policiers avaient donc altéré la scène, ils ne m’ont plus répondu...

Pour l’heure, ces policiers n’ont donc pas été inquiétés à ce sujet.


Attention aux fausses images !

Tout au long de la semaine, de nombreuses vidéos faisant état de violences et de pillages ont ainsi été relayées sur les réseaux sociaux. Si la majorité de ces scènes sont bien réelles, certaines images diffusées n’ont pourtant rien à voir avec les événements actuels.

Contrairement à ce qui est indiqué par cet internaute, aucun tank n’a circulé à Ecatepec cette semaine. En réalité, cette vidéo a été tournée à
Ankara, la capitale de la Turquie, en juillet 2016, en marge de la tentative de coup d'État.
 
La photo de gauche, censée illustrer le chaos des derniers jours au Mexique, a été prise au Venezuela, en octobre dernier.


>> LIRE SUR LES OBSERVATEURS : Comment vérifier les images des réseaux sociaux ?



Article écrit en collaboration avec
Chloé Lauvergnier

Chloé Lauvergnier , Journaliste francophone