Pas 2 Quartier

De Molenbeek à Clichy : échange entre deux villes aux réputations "pas très glorieuses"

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Des élus et militants de Molenbeek, commune bruxelloise, ont été reçus les 19 et 20 décembre par leurs homologues franciliens. Cette visite fait suite à une première rencontre qui avait eu lieu en mai, à Molenbeek. L’objectif est de collaborer face aux difficultés communes que rencontrent les deux villes.

La délégation, composée d’une dizaine de personnes, s’est rendue dans plusieurs villes symboliques de la Seine-Saint-Denis (93) : Clichy-sous-Bois, La Courneuve, Sevran et Saint-Denis. Différents acteurs locaux étaient présents, comme l’association sevranaise El Baraka, le collectif ACLEFEU, dont fait partie Nawufal, ou encore l’Institut Catholique de Paris.

Pour Pas 2 Quartier, Nawufal, habitant de Clichy-sous-Bois, a assisté à certains moments de cette rencontre.

"Nous avons été dans le Haut-Clichy, récemment rénové dans le cadre d’un large plan de rénovation urbaine mis en place après les émeutes de 2005. Nous avons également visité le centre social L'Orange Bleue à Clichy-sous-Bois et le Chêne Pointu. Ils ont découvert les barres Ladrette et Védrine, sans ascenseur depuis plusieurs années. Pour eux, c'est inhabituel."

"Les Belges ont été surpris par notre dynamique"

Pour Nawufal, cet échange a été l’occasion de réfléchir ensemble sur des problématiques qui touchent les deux villes, même si "certains élus locaux ont pointé les problèmes au niveau national et négligé les préoccupations locales, comme si tout allait bien. Mais échanger, ça donne des idées." Alors chacun a partagé ses expériences de terrain.

"De notre côté, nous avons présenté les actions que nous menons depuis plusieurs années sur le terrain à Clichy, comme l’accompagnement social, l’aide aux devoirs, la bourse "Coup de pouce" (de 300 € à 500 € destinés aux habitants de Clichy qui poursuivent des études supérieures, NDLR) ou encore le travail du collectif ACLEFEU, qui a parcouru la France pour recueillir les doléances des Français. Les Belges ont été surpris par la dynamique qui existe dans les banlieues françaises."

Nawufal nous fait visiter les nouveaux locaux du centre social L'Orange Bleue, inaugurés le 3 octobre 2016. On y découvre 900m² équipés de mobilier neuf. Une association spécialisée dans le jeu a été chargée d’aménager une partie des locaux et de former les animateurs.

Barrière géographique

Molenbeek, ville de 95 000 habitants, est une ancienne cité ouvrière belge située à un kilomètre de la Grand-Place de Bruxelles. Là-bas, la barrière est surtout sociale et psychologique quand à Paris, la barrière géographique s’ajoute aux autres obstacles : "À Paris, nous sommes séparés par le boulevard périphérique."

"Islamistes ", "émeutiers"… Nawufal et des membres de la délégation échangent sur les étiquettes données à leur ville. "Comme Clichy, on a une réputation qui n'est pas très glorieuse, mais c’est une chouette ville. Vous, vous êtes très à l’écart de Paris. Mais nous on est à 5 minutes du centre-ville. C’est un quartier sympa et populaire où tu peux manger un tajine en buvant une bière", souligne une membre de la délégation de Molenbeek.

Molenbeek s’est rendue tristement célèbre pour avoir abrité certains des auteurs des attentats de Paris et de Bruxelles. Le 20 mai dernier, quelques semaines après l’arrestation de Salah Abdeslam dans la commune bruxelloise, certains médias avaient désigné Saint-Denis en titrant "Molenbeek-sur-Seine : à Saint-Denis, l'islamisme au quotidien." Cet article a provoqué la colère des habitants et amené le maire de la ville à porter plainte.

"Dans la banlieue, nous vivons la mixité au quotidien"

"On aime notre ville. Clichy a été une ville d’ouvriers composée d’une forte population immigrée. Elle a bien changé en dix ans : il y a plusieurs sièges d’entreprises, beaucoup d’associations, tout ça, ce n’est pas rien."

 

Un autre atout de sa ville, selon Nawufal, est la mixité : "Au niveau national, la mixité, qu’elle soit sociale ou ethnique, n’est pas toujours présente. En banlieue, c’est quelque chose que nous vivons : les origines, les croyances, les opinions se côtoient au quotidien". Mais pour lui, le chômage des jeunes est un des points noirs communs aux deux villes. Et pour les diplômés comme lui, c'est la double peine car ils doivent vivre avec la déception : "On nous dit de nous engager, de faire des études, d’acquérir des compétences, mais aujourd’hui avec mon Bac + 5, on ne me donne pas l’occasion de mettre en pratique ce que j’ai appris." À Clichy, le chômage atteint une moyenne de 25 %, selon les derniers chiffres de l’Insee, en 2013, soit bien au-dessus de la moyenne nationale. Les jeunes sont ceux qui en pâtissent le plus, puisque plus de 35 % des 15-24 sont touchés par le chômage. À Molenbeek, la situation n’est guère meilleure. Un jeune sur deux est au chômage. C’est une des communes les plus pauvres de Belgique.