Brésil

Animaux morts, seringues, déchets : à Rio, un habitant veut sauver sa plage

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La plage de São Conrado, à un vingtaine de kilomètres au sud-ouest de Rio de Janeiro, offre une vue imparable sur la Pedra da Gávea, la plus haute montagne de la ville. Mais, derrière la carte postale, se cache une réalité bien plus rude. Polluée par les eaux usées qui s’y déversent, São Conrado est abandonnée des services publics, des touristes et exclue des compétitions de surf. Vidéos chocs, séances de sensibilisation et collectes de déchets : notre Observateur tente de sauver sa plage.

Tous les jours, Marcelo Farias, un barman de 40 ans, documente la pollution de la plage en photos et vidéos qu’il publie sur sa page Facebook "Salvemos São Conrado" ["Sauvons São Conrado"].

Ses images sont choquantes : certaines montrent des chats et des chiens, des seringues et des amas de détritus jonchant la plage. En 2015, pour la deuxième année consécutive, la page était si polluée qu’elle avait été exclue de l’Oi Rio Pro, une compétition de surf internationale.

Une seringue sur la plage. Photo : Marcelo Farias, Salvemos São Conrado.

La page Facebook, lancée en 2012, a permis à cet habitant de la favela de Rocinha, située à quelques mètres de la plage, de mobiliser une communauté de bénévoles qui mène des actions de ramassage des déchets et des séances d’éducation environnementale dans les écoles.

"Les déchets jetés dans les caniveaux se retrouvent directement sur la plage"

Les égouts de la favela de Rocinha, située dans les hauteurs du quartier de São Conrado, se déversent directement dans la mer, au niveau de la plage. Donc l’eau de cette plage est systématiquement polluée par les eaux usées. Il s’ajoute à cela un autre problème : dans la favela, comme dans beaucoup de quartiers populaires, il n’y a pas de système de ramassage des ordures. Du coup, les habitants jettent tout dans les caniveaux. Quand il pleut, tous les déchets accumulés descendent les caniveaux et se déversent dans la mer. Les vagues les ramènent ensuite sur la plage.

Cette plage n’est pas fréquentée par les touristes, c’est un endroit où se retrouvent les habitants de la favela et les surfeurs habitués. Les habitants du quartier huppé de São Conrado ne s’y rendent pas non plus. Donc peu de gens s’intéressent à cette pollution.

"J’espère que l’afflux touristique dans ce quartier poussera les autorités à agir"

Depuis plusieurs années, j’essaie d’interpeller les autorités. Je pense qu’il faudrait d’abord qu’un vrai système de ramassage des déchets soit mis en place dans la favela de Rocinha. Mais en attendant que les services publics s’intéressent à cette plage, nous ne restons pas les bras croisés. Avec plusieurs bénévoles, j’organise au moins une fois par mois une collecte de déchets sur la plage avec les habitants.

Collecte de déchets sur la plage. Photo : Salvemos São Conrado.

Ensuite, nous tentons d’intervenir autant que nous pouvons dans les écoles pour expliquer aux élèves les conséquences de la pollution et leur apprendre des astuces pour recycler leurs déchets.

Atelier recyclage dans une école. Photo : Salvemos São Conrado.

Je me rappelle avoir vu certains élèves très émus devant la photo d’un dauphin mort sur la plage de São Conrado. J’espère que ces jeunes générations nous aideront à améliorer la situation. J’essaie également d’avoir des partenariats avec des entreprises qui souhaitent récupérer certains déchets, comme ceux en plastique, pour les recycler.

Un dauphin échoué sur la plage. Photo : Marcelo Farias, Salvemos São Conrado.

Mais nous faisons tout cela bénévolement et nous manquons parfois de matériel pour nos séances de sensibilisation, par exemple des projecteurs. Récemment, un nouveau maire a été élu à Rio, j’espère qu’il sera plus réceptif à nos revendications. Il y a aussi un nouvel hôtel en construction non loin de la plage : j’ai bon espoir que l’afflux touristique dans ce quartier pousse les autorités à rendre l’endroit plus fréquentable.

En juillet dernier, peu avant le coup d’envoi des Jeux olympiques de Rio, plusieurs activistes brésiliens avaient dénoncé la pollution des eaux de la ville, en particulier celle de la baie de Guanabara, où se déroulaient les épreuves nautiques.

Pour sensibiliser les autorités municipales au nettoyage du littoral avant la tenue des J.O., le biologiste Mario Moscatelli avait alors organisé un "enterrement symbolique de la baie" sur la plage de Botafogo, l’une des plus polluées par les déchets et les eaux usées.

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