VENEZUELA

Au Venezuela, la suppression des billets de 100 bolivars sème la pagaille

Capture d'écran de la deuxième vidéo ci-dessous, tournée par Jesus Medina Ezaine, à San Antonio del Táchira, à la frontière avec la Colombie, mercredi.
Capture d'écran de la deuxième vidéo ci-dessous, tournée par Jesus Medina Ezaine, à San Antonio del Táchira, à la frontière avec la Colombie, mercredi.

Publicité

Dimanche 11 décembre, le gouvernement vénézuélien a décidé de retirer de la circulation les billets de 100 bolivars, afin de lutter contre les "mafias internationales", accusées d’en détenir des quantités astronomiques. Les Vénézuéliens ont eu 72 heures pour se débarrasser de leurs coupures. Et l’urgence a généré des scènes de confusion totale devant les banques.

ACTUALISATION (lundi 19 décembre 2016) : Samedi, Nicolás Maduro a décidé de prolonger la validité des billets de 100 bolivars jusqu'au 2 janvier, au lendemain de manifestations et de scènes de pillage dans différents endroits du pays. De nombreux Vénézuéliens n'avaient pas pu échanger leur billets, en raison d'un retard dans la livraison des nouvelles coupures.

Jusqu'à présent, les billets de 100 bolivars étaient les plus grosses coupures en circulation au Venezuela. Mais ils correspondaient à une somme dérisoire – entre 0,14 et 0,40 euro sur le marché officiel – en raison de l’inflation galopante qui affecte le pays (180 % en 2015 et probablement 475 % cette année, selon le FMI).

Le président de la République, Nicolás Maduro, a donc décidé de retirer ces billets de la circulation, en signant un "décret d’urgence économique" dimanche. Pour justifier cette mesure, il a accusé des "mafias", qui seraient orchestrées "depuis la Colombie" notamment, d’en détenir des quantités considérables – l’équivalent de "300 milliards de bolivars" – alors que le pays est confronté à un sévère manque de liquidités depuis quelques semaines et à une grave crise économique depuis plusieurs années. L’objectif de ces mafias, selon Nicolás Maduro : "Déstabiliser l’économie et la société."

Les Vénézuéliens ont donc été contraints d’aller échanger ou déposer leurs coupures de 100 bolivars à la banque entre mardi et jeudi. Durant ces trois jours, la frontière avec la Colombie a également été fermée pour lutter contre la "contrebande" de billets.

"On peut toujours retirer des billets de 100 bolivars : c’est absurde"

Francisco Jimenez est un étudiant vivant à Puerto Ordaz, dans l’État de Bolívar, dans le nord-est du pays.

Pour déposer mes billets, j’ai dû faire la queue devant la banque plus de cinq heures, car il y a avait énormément de monde. Certains avaient leur argent dans des sacs et des caisses. C’était un peu chaotique.

Mais après avoir déposé nos billets de 100 bolivars, il était toujours possible d’en retirer dans les distributeurs automatiques. Du coup, je n’ose plus retirer d’argent, car je n’ai pas envie d’avoir des billets qui ne valent plus rien désormais. En revanche, il est encore possible d’utiliser les plus petites coupures, ce qui est un peu absurde.

Dans les prochains jours, je vais plutôt réaliser mes achats via Internet ou en utilisant une carte bleue.

Depuis mardi, de nombreuses images montrant de longues queues devant les banques ont circulé sur les réseaux sociaux. Certains internautes ont notamment signalé que des personnes âgées s’étaient évanouies dans les files d’attente.

Par ailleurs, à l’image de notre Observateur, de nombreux Vénézuéliens ont ironisé sur le fait qu’il était toujours possible de retirer des billets de 100 bolivars.

"Beaucoup de gens ont encore des billets de 100 bolivars parce que les distributeurs automatiques, même ceux des banques publiques, continuent à en donner. Absurde !", écrit cet internaute, se présentant pourtant comme un partisan du gouvernement sur Twitter.

Des policiers hors-la-loi ?

En outre, plusieurs vidéos montrant des fonctionnaires arriver à la banque avec d’importantes sommes d’argent, hués et accusés de détenir ces sommes de la corruption, ont été tournées à différents endroits.

Plusieurs d’entre eux ont été destitués à la suite de la diffusion de ces images, non pas pour corruption, mais pour abus de pouvoir. Leurs supérieurs leur ont ainsi reproché de se rendre à la banque en uniforme et au volant de véhicules appartenant à l'État, sans faire la queue, pour apporter des coupures appartenant à des commerçants.

Vidéo tournée par Jesus Medina Ezaine, à San Antonio del Táchira, à la frontière avec la Colombie, mercredi. Les policiers que l’on voit dans cette vidéo ont été destitués par leur directeur national le jour même.

Les trois agents de la Garde nationale bolivarienne (GNB) que l'on voit dans cette vidéo, tournée mardi à Barquisimeto (nord-ouest), ont été destitués jeudi, accusés d’avoir aidé des commerçants chinois. Sur ces images, on entend notamment une dame hurler : "Vous feriez mieux de vous occuper du peuple !"

"Tout le monde n’a pas pu déposer ses billets : certains vont donc perdre de l’argent"

Francisco Jimenez poursuit :

Tout le monde n’a pas eu le temps de déposer ses billets durant ces 72 heures : certains vont donc perdre de l’argent. Par exemple, la plupart des commerçants qui se trouvent de l’autre côté de la frontière, en Colombie, et qui ont vendu des produits aux Vénézuéliens, n’ont pas pu traverser la frontière pour aller échanger leurs billets, puisqu'elle a été fermée. [Face à la pénurie des biens de première nécessité, de nombreux Vénézuéliens s’approvisionnent en effet à l’extérieur du pays, NDLR ]

>> LIRE SUR LES OBSERVATEURS : Des Vénézuéliennes forcent la frontière colombienne… pour faire leurs courses

La décision de Nicolás Maduro est liée à celle de mettre en circulation de nouveaux billets, ayant une valeur plus grande que les coupures actuelles, qui ne valent plus rien : avec 100 bolivars, on peut à peine acheter un bonbon. L’objectif est de faciliter les transactions, pour que l’on n’ait plus à transporter plein de billets à chaque fois. Cela dit, ça sera efficace uniquement si l’on parvient à contrôler l’inflation…

Depuis jeudi, six nouveaux billets de 500, 1000, 2000, 5000, 10000 et 20000 bolivars sont censés être introduits de manière progressive dans le pays. Par ailleurs, dix jours supplémentaires ont été accordés pour que la population puisse déposer ses coupures dans les banques.