Un soldat faisant le marchepied à une femme pour l’aider à descendre d’un camion : cette photo a été présentée mardi par l’ambassadeur de la Syrie à l’ONU, Bachar Jaafari, comme la "preuve" de la bienveillance de l’armée syrienne envers les civils d’Alep-Est. Mais cette photo a été prise en Irak.

Lors de cette réunion du Conseil de sécurité de l’ONU, tenue en urgence mardi à New York, plusieurs délégations ont accusé le gouvernement syrien de massacres à l’encontre des civils à Alep-Est. Bachar Jaafari a rejeté ces accusations en bloc. Puis a brandi cette photo en déclarant : "Voilà ce que fait l’armée syrienne à Alep. Un soldat syrien qui fait un marchepied avec son corps pour qu’une femme puisse descendre d’un véhicule qui la ramenait de la zone est d’Alep."


Le problème, c’est que cette photo a été prise et publiée en juin 2016 lors de la reprise de Falloujah par l’armée irakienne. Cette ville du centre de l’Irak était jusque-là contrôlée par les combattants de l’organisation État Islamique.

L’image montre en fait un soldat de l’armée irakienne qui aidait une femme fuyant les combats à Falloujah. Elle avait été relayée par plusieurs médias irakiens à l’époque.

La même photo avait été publiée par le site irakien alrafidayn en juin 2016, et présentée comme celle d'une femme fuyant les combats à Falloujah.

La photo publiée en juin 2016 par le site alrafidayn.

Lors de la réunion du Conseil de sécurité, Bachar Jaafari a présenté d’autres photos censées prouver que l’armée syrienne n’a pas commis d’exactions contre les civils d’Alep-Est.

L’une de ces images montre un soldat portant une vieille femme blessée à la cheville sur son épaule. Elle a été publiée par l’agence syrienne de presse officielle SANA, et il ne nous est pas possible de la vérifier.

L’armée syrienne et ses alliés, l’armée russe, le Hezbollah libanais, des milices afghanes et iraniennes, ont lancé le 15 novembre une offensive massive sur les quartiers est d’Alep aux mains des insurgés et où vivent des dizaines de milliers de civils.

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Un accord prévoyant l’évacuation de civils et d’insurgés de la ville syrienne a été "suspendu" ce mercredi après des objections du régime de Bachar al-Assad.

Des centaines de civils ont péri alors que près de 130 000 ont pris la fuite depuis l'offensive du régime et ses alliés pour reprendre la ville.