PHILIPPINES

Meurtres en série pour lutter contre le trafic de drogue aux Philippines

Sur cette image de vidéo surveillance, un homme en scooter tire avec un pistolet sur des personnes dans un quartier de Makati aux Philippines.
Sur cette image de vidéo surveillance, un homme en scooter tire avec un pistolet sur des personnes dans un quartier de Makati aux Philippines.

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Depuis que le gouvernement philippin a lancé une vaste opération anti-drogue, plus de 5 000 personnes sont mortes en cinq mois. Les images de corps gisant dans les rues sont devenues monnaie courante aux Philippines explique notre Observatrice.

ATTENTION, CERTAINES IMAGES SONT CHOQUANTES

Les très nombreuses images de vidéo-surveillance qui émergent sur les réseaux sociaux montrent la violence de la purge anti-drogue lancée par le président philippin, Rodrigo Duterte. Élu le 30 juin dernier, le nouveau chef de l'État a promis de "débarrasser les Philippines des criminels" et n’a pas hésité à se comparer à Adolf Hitler expliquant "il y a 3 millions de drogués aux Philippines, je me ferai un plaisir de les massacrer un par un".

Officiellement, au moins 3 841 personnes ont été tuées dans des affaires liées à la drogue entre juin et novembre. Sur cette même période, 2 086 avaient été tuées lors d'opérations de police, selon les chiffres officiels de la police des Philippines.

Exemples de photos circulant sur les réseaux sociaux montrant des assassinats ciblés de toxicomanes présumés.

Selon les derniers rapports, les Philippines compteraient environ 1,8 millions de personnes dépendantes à la drogue. Les opérations de police pour débusquer les dealers se finissent régulièrement en bain de sang : selon Reuters, lorsqu'ils ouvrent le feu, les policiers tuent dans 97 % des cas les dealers qu’ils tentent d’interpeller.

La police n’est pas la seule à agir : des milices privées chargées d’éliminer les présumés "criminels" ou "drogués" entrent également en jeu. La plupart du temps, ils agissent en scooter, pour tirer sur leurs cibles. La méthode donne lieu au surnom de "Salita ng Taon", qu’on peut traduire en français par "ceux qui roulent en tandem".

Sur la vidéo ci-dessous, on peut voir l’action d’une de ces milices. En scooter, des hommes s’approchent un groupe de personnes assis sur le bord de la route. Un homme sur le deux-roues sort alors un pistolet et tire sur le groupe, avant qu’un second, également en scooter, ne tire sur ceux qui essaient de s’enfuir.

Difficile d’affirmer que ces milices travaillent de concert avec la police, si elles agissent sur commande ou de leur propre chef pour suivre la volonté du président Duterte. Mais pour Phelim Kine, directeur de la branche Asie pour Human Rights Watch, la situation laisse entendre que "les responsables de ces tueries ciblées n’ont rien à craindre pour leurs crimes abominables".

"C’est une chasse aux sorcières"

Marcy Venezuela est une femme d’affaires basée à Manille, la capitale des Philippines. Elle estime que la situation est devenue banale.

Je connais quelqu’un dont la fille a été tuée parce qu’elle était suspectée d’être une dealeuse pour des personnalités du show business. Un jour, dans une zone résidentielle, à 3 heures du matin, un van a débarqué, la porte s’est ouverte. Il y avait dedans cette jeune fille, les mains et les yeux bandés. Des hommes l’ont jetée à terre et ont tiré à bout portant sur elle. Puis ils l’ont laissée morte par terre et ont pris la fuite. Ils ont juste laissé une pancarte à côté d’elle où on pouvait lire "Cette personne est un dealer, ne faites pas la même chose qu’elle" en flipino.

On voit également des photos circuler sur les réseaux sociaux montrant que certaines personnes ont été tuées dans leur sommeil. Parfois, il y a même des dégâts collatéraux et des personnes qui ne sont pas visées meurent également. Personne ne sait vraiment qui est à l’origine de ces tueries. Il semblerait que la police a eu carte blanche pour utiliser toutes les tactiques possibles.

Il existe aussi un réseau informel de milices. Mais si quelqu’un est identifié comme en faisant partie, les gens ferment les yeux sur cette découverte. Je n’ai personnellement jamais assisté à un meurtre sous mes yeux. Mais les images de vidéosurveillance montrant ces meurtres sont régulièrement postées sur les réseaux sociaux. Personne ne sait si des enquêtes sont menées sur chaque cas.

“On prie pour ne pas être confondu avec un dealer "

Imaginez : un banquier, plutôt aisé, bien habillé, avec une vie de famille et trois enfants, et qui a juste été vu en train de fumer un joint ? Va-t-il être considéré comme un drogué ? Personne ne connaît les critères, on prie juste pour ne pas être confondu avec un dealer, et être victime de cette chasse aux sorcières.

Très peu de manifestations pour dénoncer ces tueries ont eu lieu. Pour moi, c’est parce que les tueries se déroulent majoritairement dans les banlieues pauvres où des amphétamines bon marché sont produites. Les familles qui sont victimes de ces assassinats ont souvent très peu d’argent, pas de recours possible devant la justice car ils ne peuvent pas payer d’avocat. Les plus riches, issues des quartiers plus huppés, sont beaucoup moins affectées.

Malheureusement, on s’est fait à la situation, car cela arrive chaque semaine. Cela fait partie aujourd’hui de notre réalité aux Philippines, dont on s’informe via internet avec toutes ces images. J’espère que ça changera un jour.