Après l’arrestation de dizaines d’étudiants de l’université de Buéa qui manifestaient lundi, des photos chocs circulent depuis jeudi montrant certains de ces jeunes entassés à l’arrière de camions sous le regard des forces de l’ordre. Nos Observateurs nous ont aidés à authentifier cette image glaçante en reconnaissant certains des visages.


Lundi, de nombreuses vidéos amateur avaient émergé montrant la violente répression de manifestation des étudiants de l’Université de Buéa, le chef-lieu de la région du Sud-Ouest, majoritairement anglophone. Les étudiants réclamaient notamment l’annulation de pénalités financières en cas de retard dans le paiement des frais de scolarité.

Jeudi après-midi, des photos ont circulé sur les réseaux sociaux montrant des jeunes femmes et hommes entassés dans un camion, choqués, sous le regard de policiers. Sur d’autres clichés, des jeunes hommes ont les mains en l’air. Selon les informations récoltées par France 24, ces derniers étaient acheminés vers un poste militaire à Limbe, pour les garder en détention, avant de les présenter devant le tribunal de grande instance de Buéa. Nous diffusons ces photos ci-dessous, mais en floutant les visages.

Les trois photos ont été authentifiées par les Observateurs de France 24 qui ont pu reconnaitre certains des visages. France 24 a flouté les visages sur ces trois photos.

"Pour moi, c’est comme si on traitait ces étudiants comme des criminels ou des animaux"

Nos Observateurs à Buéa ont formellement identifié certaines personnes sur les photos comme étant des camarades de classe, dont ils n’ont plus de nouvelles depuis lundi, date de leur arrestation. Notre Observateur, Max (son nom a été changé), qui a réussi à s’échapper et à se mettre à l’abri après l’intervention de la police lundi, nous explique :

J’ai été en classe avec une des personnes qu’on voit sur la photo. Je sais que cette personne avait manifesté lundi, et s’était réfugiée dans sa chambre. Malgré cela, les policiers sont venus jusque là pour l’arrêter. Je n’avais pas de nouvelle de cette personne, jusqu’à ce que je voie cette image. Je ne peux pas mettre de mot sur ce que j’ai ressenti. Pour moi, c’est comme si on traitait ces étudiants comme des criminels ou des animaux.


Une porte cassée dans la chambre d'un étudiant de l'université de Buéa suite à l'intervention de la police anti-émeute.

J’ai 13 amis dont je n’ai plus de nouvelle depuis maintenant cinq jours. Beaucoup d’entre eux ont eu leur téléphone détruit ou confisqué par la police. J’en ai également six qui ont été libérés après leur passage devant le tribunal de grande instance hier. La personne que j’ai identifiée sur la photo en fait partie. Elle est actuellement traumatisée.

Pour le gouvernement, les "étudiants ont agressé les forces de l’ordre"

Contacté par France 24 pour réagir à ces photos, le maire de Buéa a indiqué avoir œuvré à la libération d’un peu plus d’une centaine d’étudiants. Il explique :

À ma connaissance, il n’y a aujourd’hui plus d’étudiant de l’université en détention [une information démentie par nos Observateurs, qui affirment que des étudiants sont toujours introuvables]. J’ai même reçu des coups de fil d’étudiants et de parents d’élèves pour me remercier d’être intervenu.

Vendredi après-midi, le porte-parole du gouvernement camerounais, Issa Tchiroma, a été interrogé lors de la conférence de presse hebdomadaire sur ces photos montrant le traitement réservé aux étudiants. Il a alors expliqué que "les étudiants avaient agressé les forces de l’ordre".

Pourquoi les étudiants manifestent-ils ?

Les étudiants de Buéa réclamaient notamment la suppression d’une pénalité de 10 000 francs CFA (15 euros environ), qu’ils doivent payer s’ils règlent les frais de scolarité en retard, une pratique n’existant nulle part ailleurs dans le pays. Ils exigeaient également le versement de la prime d’excellence aux étudiants de l’Université, d’un montant de 50 000 francs CFA (76 euros environ). Celle-ci avait été instituée par le président de la République en 2010, afin de récompenser les meilleurs étudiants.

Par ailleurs, ils souhaitaient afficher leur soutien aux avocats et aux enseignants anglophones, qui sont actuellement mobilisés pour protester contre la "francophonisation" des systèmes législatif et éducatif en vigueur dans les régions anglophones.

>> À lire sur les Observateurs de France 24 : Au Cameroun, les anglophones dénoncent leur "marginalisation" face aux francophones

Dimanche dernier, les autorités ont annoncé qu’elles annulaient la pénalité financière de 10 000 francs CFA. Aucune annonce n’a toutefois été faite concernant les autres revendications des étudiants, qui ont décidé de rester mobilisés tant qu’ils n’obtiendraient pas gain de cause.

Article écrit en collaboration avec
Alexandre Capron

Alexandre Capron , Journaliste francophone