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GUINEE CONAKRY

À Conakry, les handicapés sortent de la mendicité grâce à la cordonnerie

Dans l'atelier Wakilare à Conakry. Photo : page Facebook de Wakilare.
Dans l'atelier Wakilare à Conakry. Photo : page Facebook de Wakilare.
5 mn

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En Guinée Conakry, la plupart des personnes en situation de handicap sont rejetées par la société. Près de 80 % d’entre elles sont analphabètes et la majorité survit grâce à la mendicité, faute de pouvoir trouver un travail. Bernard Tinkiano, lui-même handicapé moteur, a donc décidé de lancer Wakilaré, une entreprise sociale de réinsertion par la cordonnerie.

Scolarisé jusqu’au lycée, Bernard Tinkiano a ensuite eu la chance de bénéficier d’une formation en cordonnerie. Conscient que sa situation fait figure d’exception en Guinée, il milite depuis plusieurs années pour la réinsertion des personnes handicapées en situation de grande précarité.

En avril dernier, il créé Wakilaré, qui veut dire "courageux" en langue locale, une petite entreprise de fabrication de sandales dont les neufs salariés sont tous en fauteuil roulant. Pour acheter les équipements nécessaires, matières premières et machines, Bernard a bénéficié de l’appui de deux mécènes étrangers, Sergio Portatadino, italien, et Karolina Lagiewka, polonaise, qui ont investi 5 000 dollars au total.

"L’entreprise a pour but de sortir les personnes handicapées de la misère et les alphabétiser"

Bernard Tinkiano est le président de Walikaré. 

Wakilaré a pour but de former les handicapés à un métier, les sortir de la misère et les alphabétiser. Ils ont bien sûr des cours de cordonnerie, mais je leur apprends aussi à lire et à écrire afin qu’ils soient autonomes. Les personnes qui travaillent actuellement avec moi, je les ai recrutées sur le bord de la route, alors qu’elles mendiaient près du Marché Niger, le plus grand de Conakry.

"J’espère que cette initiative fera changer le regard sur les personnes handicapées"

Nous travaillons également avec un maître cordonnier, deux agents commerciaux et des bénévoles, qui nous aident à transporter le matériel. Nous avons un petit local qui nous est prêté gracieusement dans un centre culturel à Conakry, appelé Bluezone et appartenant au groupe Bolloré. Chaque jour, nous fabriquons environ 30 paires de chaussures, que nous vendons ensuite sur Internet ou dans l’atelier. Chaque paire est vendue environ 4 euros. Les recettes nous permettent de payer nos employés et de leur offrir les repas quotidiens. En revanche, certains sont encore sans-abris. [Pour le moment, le salaire dépend des ventes, mais l’entreprise espère pouvoir offrir un revenu alignant le salaire moyen guinéen d’ici cinq ans; en Guinée celui-ci s'élève à 35 euros par mois, NDLR].

J’aimerais désormais que nous puissions ouvrir notre propre boutique et embaucher plus de monde. Mais pour nous développer, nous avons besoin de soutien financier de la part du gouvernement ou d’ONG, ce qui n’est pas le cas pour le moment. J’espère aussi que cette initiative fera changer le regard sur les personnes handicapées dans la société guinéenne.

"Les handicapés sont fréquemment vus comme des personnes maudites"

Ce projet a été repéré par notre Observatrice à Conakry Fatoumata Chérif, qui s’est rendue sur place pour réaliser une série de vidéos qu’elle a envoyées à la rédaction des Observateurs de France 24.

Ce projet m’a vraiment touché, parce qu’à Conakry, rien n’est fait pour sortir les personnes handicapées de la misère. On ne s'intéresse vraiment pas à elles parce qu’il y a toujours eu un rejet du handicap dans notre société. La plupart du temps, les personnes handicapées sont abandonnées par leur famille dès l’enfance parce que les parents n’ont pas les moyens de s’occuper d’eux. Mais ce n’est pas la seule raison, il y a aussi certaines superstitions qui sont encore fortes : les handicapés sont fréquemment vus comme des personnes maudites, ou proches du diable…

"Les personnes handicapées ne peuvent pas se déplacer"

Quasiment aucune entreprise n’embauche des handicapés. D’abord parce que la plupart n’ont aucune formation, mais aussi parce que certains employeurs ne savent pas qu’ils sont capables de travailler. Par ailleurs, beacoup ne peuvent pas se déplacer parce qu’aucun transport ou trottoir n’est adapté aux fauteuils roulants ou aux personnes à mobilité réduite. C’est un vrai problème pour se rendre au travail ou à l’école.

L’entreprise Wakilaré espère devenir rentable et multiplier par 6 le nombre de personnes handicapées salariées les cinq prochaines années.

Vous voulez aider Wakilare ? Écrivez-nous à obsengages@france24.com et nous vous mettrons en contact !

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