Iran

Des Iraniens interdits d’accès à un match… de futsal féminin

Des supporters de l'équipe de Amir Noshahr accueillent des joueuses en chantant... ils n'ont pas pu rentrer dans le gymnase pour voir le match.
Des supporters de l'équipe de Amir Noshahr accueillent des joueuses en chantant... ils n'ont pas pu rentrer dans le gymnase pour voir le match.

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Ils n’ont rien de hooligans, et pourtant, ils se sont fait interdire l’accès à un stade de foot… Vendredi 11 novembre, à Noshahr, une ville du nord de l’Iran, une dizaine d’hommes a tenté d’assister à un match de futsal féminin. Leur objectif : protester contre l’interdiction faite aux hommes de faire partie du public lors d’événements sportifs féminins... Et c’est une première en Iran.

Le match opposait l’équipe locale, Amir Noshahr, à l’équipe d’Esteghlal Sâri. Les hommes ont voulu rentrer dans le gymnase où avait lieu le match mais sont restés bloqués à l’extérieur. Loin d’être décontenancés, ils ont scandé des chants habituellement entonnés dans les stades de football masculins, en adaptant les paroles au nom de l’équipe féminine de leur ville. Les hommes sont restés là jusqu’à la fin du match, qui s’est terminé sur le score de 1-1.

Le club d’Amir Noshahr n’a pas eu de réaction à cette manifestation de supporters masculins, le sujet étant sensible en Iran : récemment, de nombreux cas montrant des femmes iraniennes tentant d’entrer dans des stades où se déroulaient des compétitions sportives masculines ont attiré l’attention des médias. Mais que ce soit pour des compétitions de football ou de volley, deux des sports les plus populaires en Iran, c’est la première fois que des hommes se manifestent publiquement pour tenter d’aller voir un match féminin.

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"Mon père, mon frère ou mon petit-ami ne m’ont jamais vu jouer, ni à la télévision ni au stade"

Farnoush (pseudonyme) est une joueuse professionnelle de futsal pour le club "Amir Noshahr".

C’est la première fois que des hommes viennent et nous supportent. En général, ils se contentent de suivre les résultats. Ça faisait chaud au cœur de voir ça, et j’espère que ça ne sera pas un cas isolé. Lorsque nous jouons, nous portons un voile, qui nous recouvre des pieds à la tête, en respect avec la loi islamique. Donc je ne comprends pas pourquoi les hommes se voient interdits d’assister à nos matchs. Mon frère, mon père ou mon petit-ami ne m’ont jamais vu jouer, ni à la télévision ni au stade. C’est de la folie !

Le futsal féminin en Iran est en pleine expansion. L’Iran a gagné le championnat d’Asie en septembre 2015. contre le Japon. La première division féminine est d’un très haut niveau [14 équipes y participent, NDLR].

"Beaucoup d'équipes de première division ne peuvent pas payer leurs joueuses"

Mais malgré tout ce succès, personne n’investit dans le futsal féminin. Il n’y a pas beaucoup de supporters dans les stades, puisque les hommes ne peuvent pas y rentrer, et les femmes iraniennes ne sont pas nombreuses à aimer regarder les événements sportifs, ça ne fait pas partie des divertissements très appréciés pour la plupart d’entre elles.

Comme les chaînes de télévision n’ont pas le droit de diffuser les matchs, financièrement, ce n’est pas logique pour des sponsors d’investir dans le futsal féminin, car ils n’auraient aucune visibilité. La plupart des équipes sont en crise financière. Beaucoup d’équipes en première division ne peuvent pas payer leurs joueuses, et remboursent seulement les frais logistiques.

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Ces dernières années, de nombreuses iraniennes ont été arrêtées devant des stades ou des gymnases pour avoir manifesté contre l’interdiction faite aux femmes d’assister à des événements sportifs masculins. Ghoncheh Ghavami, la plus célèbre d’entre elles, avait tenté, avec d’autres femmes, de rentrer dans un match de volleyball masculin entre l’Iran et l’Italie durant l’été 2014. Elle est restée 129 jours en prison, alors que les autres femmes avaient été libérées immédiatement.

Pour l’heure, aucune information ne fait état de l’arrestation d’hommes qui auraient tenté d’assister à une compétition sportive féminine en Iran.