Elles multiplient les actions en vidéo et les postent sur YouTube et leur page Facebook : entre témoignage, provoc et expérience sociale, les féministes mexicaines de "Las Morras" ("les jeunes femmes") veulent dénoncer une société qu’elles jugent machiste.

"Putes", "tu veux m’épouser ?", "hé poupées !"…. La plus célèbre vidéo de Las Morras est un ramassis d’insultes et de remarques déplacés et pour cause : pour dénoncer le harcèlement de rue qu’elles subissent tous les jours, les quatre jeunes Mexicaines se sont filmées, en caméra cachée, marchant dans les rues de Mexico, la capitale. Tournée en mai 2016, elle continue de circuler, et les féministes la présentent même lors de conférences.

Intitulée "Las Morras face à leurs agresseurs", la vidéo a été vue plus d’un million de fois. Celle-ci a été réalisée grâce à une caméra Go Pro cachée dans un sac à dos porté par un complice devant elles. Portant une jupe et un top noirs moulants, Las Morras marchent deux par deux dans les rues de Mexico. En préambule, elles expliquent : "Nous sommes quatre jeunes femmes qui habitons à Mexico. Comme d'autres, on nous harcèle, interpelle, offense dans la rue. Nous avons décidé de demander aux harceleurs ce qu'ils ont à nous dire".

Dès les trente premières secondes de la vidéo, plusieurs personnes se mettent à siffler et une dizaine d’insultes et d’interpellations fusent : "Putes", "Vous allez à un enterrement ?". Certains hommes s’arrêtent même pour les regarder de façon insistante tout en souriant.

Elles décident alors de ne plus se laisser faire et d’interroger les hommes qui les apostrophent : "Que se passe-t-il ? Tu as quelque chose à me dire ?". Sans surprise, la plupart d’entre eux semblent interloqués et font profil bas. "Bon, et bien si tu n’as rien à me dire, ne me parles pas, ok ?", "Tu ne me parles pas dans la rue si tu ne me connais pas !" répondent-elles notamment à leurs harceleurs.

Elles affirment aussi avoir été suivies par un homme alors qu’elles allaient acheter de l’eau. Celui-ci les a, selon elles, attendues à l’entrée du magasin, puis s’est masturbé devant elles – on le voit dans la vidéo.

Des transports réservés aux femmes

Avec plus de 5 000 commentaires, la vidéo a suscité un vrai débat, certains internautes dénonçant une vidéo exagérée et tournée uniquement dans les quartiers les plus populaires de la capitale.

Ce n’est pas la première fois qu’une vidéo met en lumière la problématique du harcèlement à Mexico. En mai dernier, un homme avait baissé la culotte d'une Américaine de 27 ans qui marchait dans la capitale. Celle-ci avait alors récupéré la vidéo de surveillance et l’avait diffusée sur les réseaux sociaux. Avec deux autres femmes, elles avaient alors lancé la campagne #notecalles ["ne te tais pas"] sur les réseaux sociaux, pour inviter les victimes d’agressions à porter plainte.

LIRE SUR LES OBSERVATEURS : "Ne te tais pas" : la campagne de victimes d’agressions sexuelles au Mexique

Le harcèlement et les agressions faites aux femmes dans les espaces publics sont si importants à Mexico que, dès 2000, la municipalité a mis en place des lignes de métro uniquement réservées aux femmes. Cette mesure a été appliquée dans le métro à partir de 2008, comme cela se fait également en Égypte ou en Inde.

Dans d’autres vidéos, les Morras donnent la parole aux transsexuelles, notoirement stigmatisées au Mexique, interrogent des femmes sur leurs peurs, ou encore critiquent les mesures du gouvernement censées améliorer la sécurité des femmes.


LIRE SUR LES OBSERVATEURS :
Au Mexique, les transsexuelles ne veulent plus se faire assassiner