MADAGASCAR

Opération cache-misère et intox à Madagascar pour le sommet de la Francophonie

Plusieurs opérations baptisées "cache-misère" par la presse à Madagascar ont eu lieu à l'approche du sommet de l'Organisation de la Francophonie.
Plusieurs opérations baptisées "cache-misère" par la presse à Madagascar ont eu lieu à l'approche du sommet de l'Organisation de la Francophonie.
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Le sommet annuel de la Francophonie s’ouvre la semaine prochaine à Antananarivo. À son approche, les autorités malgaches ont pris un certain nombre de mesures qui visent indirectement à tenir les plus pauvres à l’écart des lieux que fréquenteront les officiels… Et qui donnent également lieu à toute sorte de fausses informations circulant sur les réseaux sociaux.

Dès ce mardi 22 novembre, Antananarivo accueillera deux réunions préparatoires du XVIe Sommet de la Francophonie, lequel se tiendra les 24 et 25 novembre dans la capitale malgache. En tout, 80 États seront représentés.

Mais depuis plusieurs jours, ce ne sont pas les sujets concernant le monde francophone qui animent les débats : une série de mesures visant à occulter certaines facettes de la capitale, considérées comme peu présentables, sont pointées du doigt par la presse locale car elles viseraient les plus démunis. De nombreuses fausses informations circulent également. Nous faisons le point avec nos Observateurs.

SDF délogés, routes retapées : ce qui est vrai

La plus emblématique de ces mesures : une opération de police débutée le 14 novembre et qui concerne les sans-domicile fixe dans plusieurs quartiers d’Antananarivo. Des photos d’une de ces opérations mercredi soir montrent des personnes démunies embarquer dans des camions et se faire conduire vers un centre d’accueil en périphérie de la ville.

Sur ces images, une opération de police le 14 novembre à Analakely, un quartier du centre-ville.

Pourquoi a-t-on subitement décidé d'embarquer les SDF, alors que leur nombre augmentait dans le quartier ?

Pamela (pseudonyme) ,une habitante du quartier Analakely, a assisté à une de ces opérations :

J'étais outrée de voir comment ces personnes ont été transportées en pleine nuit, entassées dans un camion. Les SDF ne pouvaient pas vraiment refuser l’offre faite, les policiers leur ont proposé des vivres et des couvertures. Mais dès le lendemain matin, quelques-uns sont revenus à la case départ expliquant que le lieu ne leur convenait pas. Pourquoi a-t-on laissé le nombre de SDF s'accroître dans ce quartier, pour subitement décider de les embarquer, quelques jours avant ce sommet ?

De leur côté, les autorités malgaches affirment que le déménagement de ces personnes n’a rien à voir avec le sommet de la Francophonie, et serait un "projet de longue date".

Deux autres mesures phares ont prêté à discussion : un arrêté du ministère des Transports et de la Météorologie interdisant nuit et jour la circulation des pousse-pousse et des charrettes, et restreignant drastiquement la circulation des motos avec une plaque d’immatriculation non valide. Cette mesure vise indirectement les travailleurs les plus pauvres, et notamment les petits commerçants, qui utilisent beaucoup ces moyens de transports pour travailler.

Plusieurs photos comme celles-ci, montrant des pousse-pousse ou des calèches, sont postées sur les réseaux sociaux. Cet internaute commente : "Hélas tireur de pousse-pousse, tu ne pourras pas te plaindre, tu n'as pas d'autre boulot et pourtant on t'interdit de travailler à partir de la semaine prochaine et pendant plusieurs jours. Courage, toujours, ne désespères pas car le matin viendra, un jour..."

Par ailleurs, plusieurs photos circulent, qui montrent les travaux entrepris sur des routes non goudronnées du centre-ville, allant de l’aéroport jusqu’au centre de conférence où aura lieu le sommet de la Francophonie. Selon nos Observateurs malgaches, de nombreux travaux "cosmétiques" ont ainsi été entrepris ces dernières semaines dans des axes clés entre les quartiers Ivato-Tsarasaotra et jusqu’au village de la Francophonie basé à Ambodihady.

Dans ce post, des travaux dans une banlieue non loin de l'aéroport, sur la roumet menant au village du Sommet de la Francophonie.

Des rénovations bienvenues pour certains, mais qui interrogent : l’Observatoire de la vie publique à Madagascar a pointé du doigt les dépenses engendrées par ces opérations – officiellement de 20 Milliards d’ariarys (57 millions d’euros) – estimant qu’elles ne profiteraient qu’à une "petite minorité ".

Semaine de vacances, sandales interdites : ce qui est faux

En parallèle de ces mesures, beaucoup de rumeurs ont circulé. Notre Observateur, Layandri, en détaille certaines, plutôt surprenantes :

Concernant les "cache-misère "ça a été un peu n’importe quoi : beaucoup ont affirmé qu’on ne pourrait plus porter de sandales, ni de vêtements usés dans les rues, pour ne pas exposer la pauvreté à tous les conférenciers. D’autres ont même affirmé qu’on ne pourrait plus étendre son linge sur les balcons, ou même que les bus délabrés seraient mis hors de circulation. Aucune de ces mesures n’a cependant été confirmée par les autorités, ce ne sont que des intox.

Dans le fond, cela montre bien que les internautes malgaches voient ces dépenses faramineuses alors que le pays vit dans la pauvreté. Ils pensent aussi, à raison, qu'il y a des bénéficiaires, comme les hôteliers ou les transporteurs et que les plus faibles sont lésés.

Lorsque le gouvernement a annoncé offrir une semaine de vacances pour les écoliers de Madagascar lors de la semaine de la Francophonie, beaucoup ont pensé que l’ensemble de la semaine allait être fériée [à tel point que le président a dû temporiser sur la question avant de répondre par la négative, NDLR ]

Selon les études, entre 80 et 90 % de la population malgache vivrait sous le seuil de pauvreté. Madagascar est considéré comme le cinquième pays le plus pauvre au monde.