GABON

Sans électricité, des étudiants gabonais craignent "l’année blanche"

De nombreux bâtiments de l’USTM, à Franceville, sont privés de courant depuis des semaines. Toutes les photos ont été prises par des amis de notre Observateur.
De nombreux bâtiments de l’USTM, à Franceville, sont privés de courant depuis des semaines. Toutes les photos ont été prises par des amis de notre Observateur.

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Depuis deux mois, les bâtiments de l’Université des sciences et techniques de Masuku (USTM), située à Franceville dans l’est du Gabon, sont plongés dans le noir à la nuit tombée, en raison d’une panne d’électricité. La panne empêche la tenue des cours ; les étudiants et les enseignants s’inquiètent, d’autant plus que l’année universitaire précédente n’avait déjà pas été achevée en raison d'une grève.

L’USTM forme les étudiants aux matières scientifiques. C'est pourquoi de nombreux cours et travaux pratiques nécessitent l'utilisation de vidéoprojeteurs et d'appareils électriques. Des enseignements ont donc été suspendus, et ce n’est qu’un des désagréments, explique notre Observateur.

"Les lieux restent assez désertiques"

Gilles étudie à l’USTM.

Le manque d'électricité paralyse l'administration : sans courant, il est impossible de concevoir les emplois du temps hebdomadaires, de les imprimer, de sortir une note d'information ou encore d'échanger avec les autres établissements. Le manque d'électricité nous rend également vulnérables la nuit face aux reptiles qui peuvent roder sur le campus. Par ailleurs, en ce moment, le restaurant universitaire est fermé, donc la majorité des étudiants utilisent des plaques chauffantes électriques pour se faire à manger. Donc là encore, nous sommes pénalisés.

Sans électricité, le campus reste plongé dans le noir.

Le 8 mars 2016, les enseignants-chercheurs de l’USTM avaient par ailleurs entamé une grève pour réclamer notamment le paiement d’heures supplémentaires et une augmentation de leur budget. Les cours avaient donc été suspendus, alors que le premier semestre de l’année universitaire 2015-2016 n’était pas encore achevé pour tous les étudiants.

La grève avait cessé trois mois plus tard, après l’obtention d’une réponse favorable des autorités concernant les heures supplémentaires. Mais les cours n’avaient pas repris pour autant, en raison des grandes vacances. Problème : certains étudiants n’ont donc jamais terminé le premier semestre, et personne n’a validé le deuxième semestre.

Afin de rattraper ce retard, il aurait fallu que la nouvelle année universitaire commence début octobre – comme tous les ans – pour ne pas perdre davantage de temps. Mais depuis la mi-septembre, la panne d’électricité affecte les trois quarts des locaux de l’USTM, notamment le bâtiment administratif, des bâtiments prévus pour les cours et des pavillons où sont logés les étudiants.

Par ailleurs, la reprise des cours a longtemps été conditionnée à la libération de plusieurs syndicalistes, arrêtés au cours des dernières semaines, notamment à la suite de l’élection présidentielle. Cette revendication n’est toutefois plus à l’ordre du jour, puisqu’ils ont tous été relâchés. Mais cette grève a eu un impact conséquent sur le déroulement de l'année universitaire, comme l'explique Gilles :

Au moment de la grève, beaucoup d’étudiants sont rentrés chez eux, puisqu’il n’y avait plus cours. De mon côté, je suis retourné chez mes parents en juin. Et comme les cours n’ont toujours pas repris, nous sommes nombreux à ne pas être revenus sur le campus pour l’instant. Les lieux restent donc assez désertiques.

Nous craignons l’année blanche, il ne sera pas possible de rattraper tous ces mois de retard comme ça… De plus, aucune sortie de crise ne semble envisageable pour l’instant.

Le campus de l’USTM reste désert.

"Les installations électriques sont les mêmes depuis 30 ans"

Notre jeune Observateur n’est pas le seul pessimiste. C’est également le cas de Benjamin Musavu, le secrétaire général de la section du Syndicat national des enseignants-chercheurs (SNEC) au sein de l’USTM :

D’après les bruits de couloir, le problème serait "à l’étude au ministère". Mais aucun ouvrier ne travaille pour réparer la panne actuellement et nous n’avons aucune information concrète. Du coup, il est impossible de s’organiser. La rentrée administrative était pourtant prévue le 13 septembre et la reprise des cours le 4 octobre…

Dans le passé, il y avait déjà eu des petites pannes d’électricité. En février, un quart de l’USTM avait ainsi été touché, mais le problème avait été résolu. Mais là, c’est la première fois qu’il y a une panne aussi importante. Je pense que c’est lié à l’ancienneté des installations électriques : ce sont les mêmes depuis 30 ans, et elles n’ont jamais été entretenues.

Des problèmes de maintenance en cause

Contactés par France 24, le Secrétaire général du ministère de l’Enseignement supérieur, Guy-Serge Bignoumba, et le recteur de l’USTM, Isaac Mouaragadja, ont confirmé que la panne était liée à des problèmes de maintenance.

Le premier a indiqué que tout était "mis en œuvre pour la réparer" et que des travaux étaient "prévus dans les prochains jours". Il a ajouté que le fonctionnement des universités était "régulièrement perturbé" et que tout était fait "pour rattraper le temps perdu à chaque fois".

En revanche, le second a tenu un discours bien différent : "Nous avons déjà tenté de réparer la panne à deux reprises, ce qui nous a coûté 10 millions de francs CFA (soit plus de 15 000 euros). Mais ça n’a pas marché. On a donc redemandé de l’argent à l’État pour cela, mais on n’a pas encore eu de réponse. L’État n’a tout simplement pas l’argent pour l’instant. Cela dit, il est possible de travailler sans électricité et dans les bâtiments, qui ne sont pas touchés par la panne. Pour moi, cette panne est utilisée comme prétexte par les enseignants pour ne pas reprendre le travail."

Environ 3 000 personnes étudient à l’USTM, qui est composée de trois établissements : la faculté des sciences, l'école polytechnique et l'Institut national d'agronomie et de biotechnologie.