NIGERIA

Les lycées rouvrent à Maiduguri, après deux ans de fermeture due à Boko Haram

Ces jeunes filles se rendent dans leur lycée, à Maiduguri. Toutes les photos ont été envoyées par l'un de nos Observateurs.
Ces jeunes filles se rendent dans leur lycée, à Maiduguri. Toutes les photos ont été envoyées par l'un de nos Observateurs.

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Il y a deux ans, les autorités ont fermé tous les lycées dans l’État de Borno, par crainte des attaques du groupe terroriste Boko Haram. Mais les lycéens ont finalement pu retourner en classe début octobre, grâce à l’amélioration de la situation sécuritaire. Un professeur de Maiduguri, la capitale de l’État, a confié à France 24 sa joie de revoir ses élèves, même si certaines difficultés persistent.

Le groupe terroriste Boko Haram – dont le nom signifie "l’éducation occidentale est interdite" – a commencé à attaquer des écoles dans le nord du Nigeria en 2009. Depuis cette date, les islamistes ont ciblé de nombreux établissements scolaires à Maiduguri en particulier, où ce mouvement radical est néen 2002.

Les attaques du groupe ont été particulièrement violentes au printemps 2014. Ses combattants ont ainsi massacré des dizaines d’élèves du Federal Government College (État de Yobe), en février, puis kidnappé des centaines de filles du lycée de Chibok (État de Borno), en avril. Craignant de nouvelles attaques, les autorités de Borno ont finalement décidé de fermer tous les lycées en mai 2014.

La situation sécuritaire s’est ensuite améliorée petit à petit, notamment à Maiduguri. La réouverture des treize lycées de la ville a néanmoins été repoussée à plusieurs reprises, puisque de nombreux bâtiments avaient été utilisés pour accueillir les personnes déplacées en raison des attaques de Boko Haram. La plupart d’entre elles ont finalement pu être relogées ailleurs cette année, rendant possible la réouverture des lycées début octobre.

Des élèves en uniforme se rendent dans leur école, à Maiduguri.

Des élèves du même établissement.

"Il était impossible de demander aux élèves de venir à l’école : nous ne pouvions pas assurer leur sécurité et nous pouvions être attaqués à n’importe quel moment"

Moussa (pseudonyme) est professeur au sein d’un lycée de jeunes filles, à Maiduguri.

Mon école a été fermée le 14 mars 2014. Ce jour-là, Boko Haram avait attaqué la caserne militaire de Giwa, à Maiduguri. Toute la ville avait été bouclée. Nous pouvions entendre les combats depuis l’école, donc nous avions gardé les élèves confinées. Le lendemain, nous les avions finalement renvoyées chez elles…

Initialement, nous pensions rouvrir un mois plus tard. Mais la situation sécuritaire n’a cessé de se détériorer par la suite, et les attaques d’écoles ont été de plus en plus violentes. Donc le gouvernement de l’État de Borno a décidé de fermer tous les lycées. C’était le bon choix : nous ne pouvions pas assurer la sécurité des élèves et nous pouvions nous faire attaquer à n’importe quel moment. Il était impossible de demander aux élèves de revenir.

"On a envie d’enseigner quand on est professeur"

Pendant deux ans et demi, nous avons attendu que les écoles rouvrent. Durant tout ce temps, mes collègues et moi-même avons continué de nous rendre au lycée chaque lundi et jeudi, dans l’espoir d’avoir de bonnes nouvelles. Ça a été une vraie torture, car on a envie d’enseigner quand on est professeur. Nous avons continué de toucher nos salaires, tout en étant bloqués, sans rien pouvoir faire. Et tout le monde avait peur.

L’an dernier, le gouvernement de l’État a pourtant annoncé que les écoles allaient rouvrir. Mais ça a sans cesse été repoussé, puisque la plupart des écoles étaient utilisées pour loger des déplacés. Ensuite, ils ont été logés ailleurs, mais de nombreux bâtiments ont dû être réparés, car ils avaient été sérieusement endommagés.

En ce qui concerne mon école, nous avons finalement rouvert début octobre. Elle est dans un état correct, mais elle a été cambriolée et vandalisée. Une bonne partie de notre matériel a donc été perdu. Par exemple, j’ai besoin de produits chimiques pour enseigner ma matière, mais la plupart de mes produits sont désormais périmés.

"Il y a trois ans, beaucoup de mes élèves étaient encore des petites filles. Maintenant, ce sont des femmes"

Le jour de la rentrée, nous avons accueilli seulement 73 élèves. Mais actuellement, nous en avons 1558, sachant qu’il y avait 1983 élèves en 2014.

Quand nous avons repris les cours, j’ai eu l’impression que les élèves étaient plutôt en forme. Mais moi, j’étais un peu amer… Nous avons en effet perdu la trace de nombreuses élèves. Nous ne savons pas si elles ont été déplacées ou si elles ont changé d’école. Par ailleurs, il y a deux ans, la majorité de mes élèves étaient encore de petites filles. Maintenant, ce sont de vraies femmes. Bien sûr, je suis content qu’elles soient là, mais également triste, car elles devraient être à l’université. Il a fallu que je fasse attention à contrôler mes émotions en classe au début… Nous avons repris là où nous nous étions arrêtés, il y a plus de deux ans. Comme mes élèves n’ont pas été en classe duranttout ce temps, il y a beaucoup de choses à revoir.

Il n’y a pas assez de mots assez forts pour décrire tout ce que Boko Haram a fait. Nombre d'élèves ont été témoins d’atrocités. Certaines ont vu leurs parents se faire tuer. Leurs vies ont été presque détruites, mais désormais elles sont de retour dans le système. Je leur ai dit qu’il fallait qu’elles parviennent à oublier le passé, afin de se concentrer sur le futur. Je dois leur donner de la confiance et du courage pour avancer.

La situation à Maiduguri demeure toutefois instable. Le 29 octobre, sept personnes ont été tuées et au moins 24 autres personnes ont été blessées lorsque deux kamikazes se sont fait exploser dans la ville.