Au Mali, l’homosexualité est un tabou difficile à aborder. Dans un court-métrage, un jeune réalisateur tente de montrer à quoi ressemble le quotidien d’un jeune homme gay à l’école, fait de violences morales et physiques, et sensibiliser aux épreuves qu’il traverse.


Le film dure 5 minutes, comme une traversée de l’enfer pour le protagoniste principal, Fayçal, un jeune élève malien effeminé, perçu comme homosexuel par ses camarades. Le court-métrage, empreint de silences et d’une atmosphère lourde, montre son quotidien, fait de moqueries à l’école mais aussi de violence physique à cause de son orientation sexuelle. Le jeune-homme se fait notamment tabasser par d’autres élèves qui lui urinent dessus. La fin tragique du court-métrage laisse les autres protagonistes sans-voix, face à leur responsabilité.


Le film a été réalisé en partenariat avec les Ateliers du regard, une association d’élèves de la Fondation européenne des métiers de l'image et du son (Femis), une école de cinéma à Paris. Fasséry, 19 ans, le jeune acteur-réalisateur du film baptisé "Dix-sept", a expliqué à France 24 "avoir saisi cette opportunité pour parler d’une communauté de personnes qui souffrent, qui sont martyrisées à cause de leur différence".

"Faire ce court-métrage est un acte courageux que nous soutenons"

Bouna Chérif Fofana est un réalisateur malien. Il a été le référent des Ateliers du regard, lors duquel le court-métrage "Dix-sept" (l’âge auquel il a écrit le scénario) a été réalisé.

Au Mali, il n’y a pas d’école de cinéma, et de nombreux jeunes attirés par cette discipline doivent se former sur le tas et profiter de formations comme celle-là pour s’exprimer.

Les élèves ont réalisé une trentaine de court-métrages avec des cinéastes maliens, allant des problèmes dans le nord du Mali à l’immigration. Les tabous autour de l’homosexualité étaient un thème qui fait également partie intégrante de notre société, et que nous avons voulu traiter de la même façon que les autres.

"Certains spectateurs ont applaudi dans la salle de cinéma lorsque le jeune homme homosexuel se fait taper dans le film"

Lors de la diffusion de ce court-métrage à l’Institut français, il y a eu des réactions très mitigées. Beaucoup étaient contents qu’on traite le sujet, et ouverts d’esprit. Mais d’autres ont eu des réactions très négatives. Par exemple, lorsque dans le film, le jeune homme homosexuel se fait taper par deux autres, certains ont carrément acquiescé et applaudi.

Fasséry a reçu des intimidations, mais c’est un acte courageux et nous le soutenons. L’homosexualité fait partie de notre société, fermer les yeux ou avoir des réactions hostiles n’arrangera rien. Par ce film, on veut créer une réflexion positive et favoriser le dialogue.

Au Mali, aucune loi ne pénalise les relations homosexuelles, mais aucune loi ne protège particulièrement les gays, lesbiennes ou transgenres victimes d’agressions pour leur orientation sexuelle.

La communauté homosexuelle est d’ailleurs régulièrement accusée de tous les maux : lors de l’attaque de l’hôtel Radisson Blu, le chef des musulmans du Mali, l’imam Dicko, avait estimé qu’il s’agissait d’un "châtiment divin […] pour nous punir de la promotion de l’homosexualité" faite selon lui au Mali.

Article écrit en collaboration avec
Alexandre Capron

Alexandre Capron , Journaliste francophone