KENYA

Dans les zones reculées du Kenya, des médecins délivrent les soins en bateau

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Manque d’infrastructures de transports, précarité et violences liées à la présence du groupe islamiste Al-Shebab : pour les habitants des îles de l’archipel de Lamu, dans l’est du Kenya, il est compliqué d’accéder aux centres de santé. Une Kényane a décidé de les aider : sur un bateau, elle voyage de village en village avec une équipe de médecins volontaires.

Dans les années 70, l’archipel de Lamu attirait de nombreux touristes occidentaux. Mais la région, cible d'attaques et d'enlèvements depuis 2011, est désormais associée à la violence des islamistes shebab, un groupe terroriste somalien lié à Al-Qaïda qui a notamment revendiqué l’attaque de l’université de Garissa l’an dernier. Touristes et organisations humanitaires ont aujourd’hui déserté cette zone proche de la frontière somalienne.

C’est en 2014, qu’Umra Omar, 33 ans, prend conscience de la situation. La jeune femme, partie vivre aux États-Unis, décide de rentrer dans sa région d’origine et fonde son organisation, les Safari Doctors, dont le but est de faire venir en bateau des médecins dans les villages reculés de l’archipel et de mener des campagnes de vaccination et d’apporter des médicaments. En peu de temps, l’opération est un succès.

Les Safari Doctors à l'approche d'une île.

L'équipe sur son bateau.

"Tous les mois, nous nous rendons dans une dizaine de villages et, au total, nous délivrons des soins à environ 10 000 personnes"

Pour le moment, notre organisation n’a pas de bateau, nous en louons un à chaque fois que nous nous déplaçons, et nous devons également rémunérer l’équipe qui le pilote. Pour cela, nous avons quelques partenariats, mais l’essentiel de nos fonds proviennent de financements participatifs en ligne. Nous avons aussi un partenariat avec le ministère de la Santé. Grâce à cette collaboration, nous pouvons nous fournir en matériel médical, en médicaments et en vaccins dans l’hôpital de district. Les médecins qui embarquent sur le bateau travaillent également dans cet hôpital, mais lorsqu’ils sont en mission avec nous, ils sont bénévoles. Je suis moi-même bénévole et je gagne ma vie en faisant des missions en tant que consultante à côté.

Une livraison de médicaments.

L’archipel est constitué de sept îles habitées, mais il n’y a pas de centres de santé sur toutes, et il n’y a un hôpital que sur la plus grande des îles. Pour traverser d’une île à l’autre, il faut prendre un bateau, mais c’est très cher. Ainsi, louer un bateau pour rejoindre l’île principale peut coûter jusqu’à 300 dollars. Or le revenu moyen n’excède pas les deux dollars par jour.

Je connaissais une famille française dans cette région qui se déplaçait dans les différents villages pour délivrer des soins et des médicaments, mais il y a trois ans, ils ont quitté la zone, devenue trop dangereuse pour eux.

"Notre principal objectif est de mener des campagnes de vaccination"

Tous les mois, nous rendons dans une dizaine de villages et au total, nous délivrons des soins à environ 10 000 personnes. Notre principal objectif est de mener des campagnes de vaccination. Nous sommes aussi régulièrement confrontés aux épidémies de choléra, en raison de la mauvaise qualité de l’eau. Nous faisons face également à des problèmes dermatologiques et aussi des problèmes respiratoires. Une partie de notre travail, c’est aussi d’informer les gens : beaucoup ne se sont que très peu rendus – voire jamais – voir des médecins, et n’ont parfois aucune notion des bons comportements de base pour surveiller sa santé. Nous faisons à ce titre notamment beaucoup de suivi des femmes enceintes et des enfants.

Intervention dans un village.

Cargaison de médicaments sur le bateau des Safari Doctors.

Bien que des groupes armés et militaires soient présents dans la région, il n’y a pas de danger pour les Safari Doctors. Ils ne menacent pas ce genre d'activités.

Je suis née et j’ai grandi au Kenya, puis j’ai fait mes études de communication et travaillé aux États-Unis. Mais je voulais aller sur le terrain, me rendre utile. Je me suis donc installée avec ma famille sur l’île principale de l’archipel de Lamu.

Le Kenya n’est pas le seul pays d’Afrique subsaharienne à être confronté à la problématique de l’accès au soin dans les zones reculées. Dans le cadre des "Observateurs s’engagent ", notre équipe a déjà mis en avant de nombreux projets similaires, comme les cliniques mobiles qui parcourent la région du Lac, au Tchad, où les besoins sont immenses en raison de l’afflux de déplacés, fuyant les attaques de Boko Haram. Ou encore au Cameroun où, pour lutter contre la mortalité maternelle et infantile, un jeune ingénieur a développé une application permettant de bénéficier de conseils médicaux à distance.

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