BIRMANIE

L’armée birmane incendie des maisons dans un village peuplé de Rohingyas

Capture d'écran de la vidéo ci-dessous, tournée à Kyet Yoe Pyin (État d'Arakan), jeudi 13 octobre.
Capture d'écran de la vidéo ci-dessous, tournée à Kyet Yoe Pyin (État d'Arakan), jeudi 13 octobre.

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Des maisons incendiées et en partie détruites : c’est ce que montre une vidéo tournée jeudi à Kyet Yoe Pyin, un village situé dans l’ouest de la Birmanie où vivent de nombreux Rohingyas, une minorité musulmane persécutée. À l’origine de cette attaque : l’armée birmane selon notre Observateur dans la zone, où les tensions sont vives depuis l’attaque de trois postes de police le week-end dernier.

Dans cette vidéo, on voit des maisons encore fumantes et quelques flammes ici et là. Des habitants errent au milieu des décombres, de même que l’auteur de la vidéo, qui vit dans ce village.

Vidéo tournée par un habitant de Kyet Yoe Pyin, jeudi 13 octobre.

Kyet Yoe Pyin se trouve dans l’Arakan, un État où vivent de nombreux Rohingyas. Ce village se trouve à une vingtaine de kilomètres de la ville de Maungdaw, à la frontière avec le Bangladesh.

"Kyet Yoe Pyin n’est pas le seul village ayant été attaqué par l’armée dans la zone"

Rahim est un Rohingya vivant à Maungdaw. Il a pu échanger avec l’auteur de la vidéo.

D’après ce qu’il m’a dit, une centaine de maisons ont été incendiées jeudi par l’armée birmane. Certains habitants ont eu des brûlures et d’autres ont été blessés par balles, car les soldats auraient tiré dans leur direction afin de les faire fuir. Plusieurs personnes ont aussi été arrêtées. Par ailleurs, une centaine d’autres maisons auraient été brûlées ce matin dans le village.

Kyet Yoe Pyin n’est pas le seul endroit dans la zone ayant été attaqué par l’armée cette semaine : les villages de Wa Baik, Pharr Wut Chaung, Kyauk Pyin Seik et le hameau de Pyaung Paik, rattaché au village de Nga Sa Kyuu, ont également été incendiés. Et des magasins ont été pillés.

D’après ce que m’a dit l’auteur de la vidéo, les soldats ont fait ça pour rechercher les "rebelles" rohingyas qui se seraient cachés dans ces villages, à la suite de l’attaque des postes de police situés à la frontière avec le Bangladesh. Les autorités les accusent d’être responsables de ces attaques. Comme il y a beaucoup de Rohingyas dans ces villages, l’armée semble penser qu’ils les soutiennent forcément, alors qu’on ne connaît même pas l’identité des assaillants…

Dimanche 9 octobre, trois postes-frontières ont en effet été attaqués par des dizaines d’assaillants non identifiés. Bilan : neuf policiers et huit agresseurs tués, des munitions volées et deux hommes arrêtés, selon les autorités.

Dans un communiqué de presse, la présidence birmane affirme que cette attaque aurait été "perpétrée par l'organisation Aqa Mul Mujahidin, [...] liée à l’Organisation pour la solidarité rohingya (OSR)". Cette dernière – un groupe armé lié aux Rohingyas – était active dans les années 1990, mais n’a plus fait parler d'elle depuis plusieurs années. Les autorités n’ont toutefois fourni aucune véritable preuve permettant d’incriminer l’OSR, bien qu’elles aient récemment affirmé avoir découvert des munitions, des drapeaux de l’organisation et arrêté l’un de ses membres. Des représentants de cette mouvance ont démenti toute responsabilité dans l’attaque.

Depuis dimanche, de nombreux soldats et policiers ont été envoyés autour de Maungdaw, afin de retrouver les assaillants, et des dizaines de personnes ont déjà péri dans cette riposte militaire. Mercredi, les soldats birmans ont ainsi annoncé avoir tué dix hommes armés dans des affrontements près de Kyet Yoe Pyin.

Plusieurs organisations birmanes se trouvant à l’étranger ont dénoncé le fait que des civils soient directement visés. Des milliers de personnes fuient d’ailleurs la zone actuellement.

Il s’agit de la vague de violences la plus meurtrière dans l'État d'Arakan depuis 2012. Cette année-là, des violences opposant bouddhistes et musulmans avaient fait plus de 100 morts et des dizaines de milliers de déplacés, principalement des Rohingyas. Depuis, les tensions sont restées très vives entre les deux communautés.

>> Lire notre article sur les violences de 2012 : Birmanie : témoignages exclusifs sur les heurts entre bouddhistes et musulmans