GHANA

Maladies, puanteur : au Ghana, le manque de WC crée de l’insalubrité

WC publics à Cape Coast, au Ghana. Toutes les photos ont été prises dans cette ville par Evariste Yapi.
WC publics à Cape Coast, au Ghana. Toutes les photos ont été prises dans cette ville par Evariste Yapi.

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Environ 85 % des Ghanéens n’ont pas accès à des toilettes correctes à leur domicile. Nombre d’entre eux sont donc contraints de se soulager dans des WC publics, à l’air libre ou encore chez eux, en utilisant des seaux, avant d’emballer leurs déchets dans des sacs plastiques. Des pratiques à l’origine d’odeurs nauséabondes, voire de maladies, déplore notre Observateur.

Un tiers de la population mondiale ne dispose pas de WC corrects chez elle (toilettes "classiques" ou sèches, latrines à fosse ventilée, etc.), selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’Unicef, bien que l’accès de tous à l’assainissement soit l’un des Objectifs de développement durable de l’ONU.

La situation est particulièrement critique en Afrique subsaharienne, où il est plus courant de posséder un téléphone portable que d’accéder à des toilettes hygiéniques. Dans cette région, environ 70 % des gens n’ont pas accès à des WC corrects chez eux. C’est d’ailleurs là que se trouvent les dix pays où l’accès aux toilettes est le plus problématique dans le monde, dont le Ghana.

"Tout est encore plus compliqué la nuit : beaucoup de gens sont contraints de déféquer chez eux en utilisant des seaux ou des sacs plastiques"

Evariste Yapi est un enseignant vivant à Cape Coast, une ville située sur la côte ghanéenne.

J’ai la chance d’avoir des WC fonctionnels chez moi, mais ce n’est pas le cas de la majorité des gens. Beaucoup de foyers n’ont pas de toilettes du tout. D’autres en ont, mais elles ne marchent pas toujours, notamment en raison du manque d’eau, ce qui empêche la chasse d’eau de fonctionner.

Par conséquent, beaucoup de gens utilisent les WC publics, même si ça sent très mauvais. [Il s’agit de la solution privilégiée par la plupart des Ghanéens, selon l’OMS et l’Unicef, NDLR.] Je pense qu’il y en a une bonne dizaine dans la ville. Certains vont également se soulager en brousse.

Une partie des Ghanéens sont contraints d'aller faire leurs besoins en brousse.

Source : Ghana: estimates on the use of water sources and sanitation facilities (1980 - 2015) – WHO / UNICEF Joint Monitoring Programme for Water Supply and Sanitation.

Mais tout est plus compliqué la nuit, notamment pour ceux qui vivent loin des WC publics ou qui ne veulent pas aller en brousse, de peur de se faire mordre par un serpent par exemple. Certains se retiennent, ce qui cause des maux de ventre, tandis que d’autres défèquent dans des seaux ou dans des sacs plastiques. Ils sont ensuite obligés de mettre leurs déchets dans un petit sachet, qu’ils balancent souvent dehors, pour ne pas le laisser trainer chez eux.

Certains déposent aussi ces petits sachets sur la route, comme le reste des ordures. Le problème, c’est que leur contenu se répand sur le sol une fois que les véhicules ont roulé dessus. Cela dégage une odeur très désagréable pour les passants, sans compter que ça ne plait à personne de marcher dans les excréments. Et surtout, cela favorise le développement de maladies, comme le choléra. [Cette maladie entraine de fortes diarrhées, menant à une sévère déshydratation, qui peut causer la mort, NDLR.]

Certains Ghanéens abandonnent leurs sachets remplis d'excréments dans la rue, ce qui provoque de mauvaises odeurs.

Outre le choléra, le manque de WC est associé à la transmission de maladies comme la diarrhée, la dysenterie, l’hépatite A, la typhoïde ou encore la poliomyélite. Ces maladies peuvent notamment être contractées en raison de la contamination des cours d’eau et des nappes phréatiques par les matières fécales, lorsque de la nourriture est préparée avec des aliments contenant des traces de déchets humains… Un gramme de matière fécale peut en effet contenir jusqu’à cent œufs de parasites, 10 000 virus ou un million de bactéries.

"Beaucoup de Ghanéens ne savent pas qu’il existe un lien entre le manque de WC et le développement des maladies"

Le problème, c’est que beaucoup de gens n’ont pas forcément conscience du lien qui existe entre le manque de WC et le développement des maladies. Ou alors ils savent qu’il y a un problème, mais ils ne font rien pour le résoudre.

D’une manière générale, comme les gens sont habitués à ne pas avoir accès à des toilettes fonctionnelles, j’ai l’impression que ça ne pose pas de problèmes à la majorité d’entre eux. Quand ils construisent leur maison, beaucoup ne cherchent même pas à y installer des WC : ils se disent qu’ils pourront toujours aller en brousse ou dans les toilettes publiques. Cela dit, beaucoup de personnes âgées préfèreraient avoir des WC chez elles, lorsqu’elles commencent à avoir du mal à se déplacer…

Des WC publics à Cape Coast.

Pour que les gens changent de mentalité et qu’ils construisent des WC chez eux par exemple, il faudrait des campagnes de sensibilisation. Mais je n’en ai jamais vues ces dernières années. J’ai l’impression que nos dirigeants ne se soucient pas vraiment de ce problème, car ils ne sont pas directement concernés. Du coup, la situation ne s’est guère améliorée ces dernières années.

En février 2008, le Ghana et 31 autres pays africains avaient signé la déclaration de Thekwini en Afrique du Sud, s’engageant à consacrer au moins 0,5 % de leur PIB à l’assainissement et à l’hygiène.