BOTSWANA

Pourquoi ces vaches botswanaises ont-elles des yeux dessinés sur les fesses ?

Des yeux sur les fesses des vaches, une démarche qui peut paraître curieuse, mais qui a porté ses fruits au Botswana. Photo Ben Yexley.
Des yeux sur les fesses des vaches, une démarche qui peut paraître curieuse, mais qui a porté ses fruits au Botswana. Photo Ben Yexley.

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L’initiative lancée par un chercheur australien au Botswana  a de quoi faire sourire. Mais en quelques semaines, Neil Jordan a permis à des vaches de ne plus être attaquées par des lions en leur dessinant des yeux sur le postérieur. Cette technique fait d’une pierre deux coups, car elle évite également aux prédateurs d’être tués par les fermiers botswanais.

Il y aurait environ 1 800 lions présents dans les trois réserves que le Botswana partage avec le Zimbabwe et l’Afrique du Sud. En 20 ans, leur population a chuté d’environ 500 individus selon les estimations de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), principalement dans la réserve du delta de l'Okavango, partagée entre le Botswana et le Zimbabwe. La cause principale : les prédateurs qui chassent les troupeaux de vaches sont souvent abattus à coups de fusil par des fermiers excédés.

Le Botswana fait ainsi partie des pays où l’extinction des lions est jugée comme “possible” selon les rapports de l'UICN.

Les fermiers découvrent souvent des carcasses de veaux ou de vaches dans la forêt (à gauche). A droite, un fermier botswanais armé en cas d'attaque de lions. Photos : Neil Jordan.

Pour éviter l’hécatombe, le chercheur australien Neil Jordan s’est inspiré d’une idée d’apparence saugrenue et pourtant très sérieuse : peindre des yeux sur les fesses des vaches dans les troupeaux pour dissuader les lions qui souhaiteraient les attaquer. Les premiers résultats, obtenus après des tests en 2015 réalisés avec l’association "Botswana Predator Conservation Trust", montrent des signes encourageants.

Dans ce diaporama, vous pourrez découvrir les différentes étapes du processus élaboré par l'équipe de Neil Jordan. Photos Elsa Liljeholm et Neil Jordan.

"Au début, ça me paraissait ridicule… mais ensuite, c’est devenue une évidence biologique"

Neil Jordan est doctorant en Sciences environnementales et biologiques de l’université de Nouvelle-Galles du Sud en Australie et travaille pour le "Taronga Western Plains Zoo". Il s’est engagé pour trouver des solutions aux problèmes des fermiers dans les zones rurales du Botswana.

Pour être honnête, j’étais très réticent à parler de cette idée au départ, car ça paraissait totalement ridicule. Mais plus j’y pensais, plus je me disais qu’il y avait une évidence biologique. Des études ont montré que les papillons qui ont des taches ressemblant à des yeux sur leurs ailes effraient les oiseaux ou même que des humains peuvent dissuader des animaux de les attaquer en portant un masque avec des yeux au dos de leur tête. Alors pourquoi pas sur le postérieur des vaches ?

L’année dernière, nous avons travaillé avec un fermier botswanais, dont les terres sont situées dans une zone encerclée par deux réserves naturelles. Il est donc davantage exposé à des risques de prédation de son bétail. Nous avons peint des yeux sur le postérieur de 23 vaches d’un troupeau de 62. En trois mois, il y a eu trois attaques de lions et trois vaches ont été tuées. Aucune de celles auxquelles nous avions peint des yeux n’a été attaquée.

Le projet a en tout cas intrigué beaucoup d’internautes qui ont financé une première campagne d’appel aux dons sur Internet à hauteur de 6 323 dollars (5 684 euros). Pour en savoir plus, vous pouvez voir cette vidéo explicative sous-titrée en français par France 24, avec l'autorisation de Neil Jordan.

"Si des communautés avec des problèmes similaires en Afrique francophone ou ailleurs veulent me contacter, c’est avec plaisir !"

Pour vérifier l’interaction entre les vaches et les lions, nous essayons d’équiper les deux animaux de colliers GPS, afin de vérifier si les lions qui approchent les vaches avec des yeux peints ont bien tendance à ensuite s’en éloigner.

Neil Jordan et son équipe utilisent des GPS pour pouvoir suivre les mouvements des vaches et des lions. Photo Neil Jordan.

Beaucoup de gens sont sceptiques sur ce travail, et je l'étais aussi, mais je dois dire que ces premiers résultats sont très surprenants. Nous cherchons maintenant à faire des tests sur des troupeaux un peu plus importants, d’abord au Botswana. On cherche à vérifier si cette méthode fonctionne, ou si nous avons simplement eu de la chance. Je reste très prudent : je ne veux pas donner de faux espoirs à des fermiers en quête de solution.

Une lionne avec le collier GPS fixé. Photo Krystyna Golabek.

Nous travaillons pour le moment avec un tout petit budget qui ne permet pas d’avoir d’équipes dédiées. Ceux qui voudraient nous aider par des dons sont les bienvenus. À terme, on souhaite expérimenter la technique avec les jaguars, les tigres et aussi les pumas. Et si des communautés avec des problèmes similaires sont intéressées pour travailler avec nous, en Afrique francophone ou ailleurs, ce serait un plaisir !

Vous voulez contacter Neil pour l’aider ou pour expérimenter son projet chez vous ? N’hésitez pas à nous écrire à obsengages@france24.com et nous vous mettrons en relation avec lui !

Ce projet fait partie de nos rubrique "Les Observateurs s'engagent". Cliquez sur l'image ci-dessous si vous voulez vous aussi participer !