En Iran, de nombreux animaux sauvages meurent de faim et de soif à cause de la grave sécheresse qui frappe le pays. Pour leur venir en aide, un garde-forestier iranien a lancé un appel via sa page Instagram. Son initiative a remporté un franc succès et suscité un élan de solidarité chez les Iraniens, et ce notamment chez les agriculteurs.

La sécheresse est si grave en Iran que le gouvernement a récemment demandé l’aide de la communauté internationale. L’Australie et le Japon se sont ainsi engagés à aider l’Iran à sauver le lac Ourmia, qui s’assèche à un rythme alarmant.

Plusieurs régions à travers le pays sont touchées, mettant en danger de mort des milliers d’animaux sauvages. Mais un garde-forestier iranien, Amhad Bari, a décidé de se mobiliser et de tenter de les sauver. Il a ainsi lancé une campagne solidaire via son compte Instagram, où il relaie les photos de son travail.

Tout commence l’an dernier, quand, après avoir relayé plusieurs photos des animaux affamés et déshydratés de la province du Khorosan, il publie un message invoquant le "nadhr". Dans l’islam, ce concept religieux est un "vœu", un engagement à faire le bien. 


Il explique également que le bébé ours a perdu sa mère, et incite les internautes à l'aider à acheter du lait spécial.Très vite, de nombreux Iraniens, dont de nombreux fermiers, se sont mobilisés et ont envoyé des dons. Certains ont donné de l’argent, d’autres, notamment les agriculteurs, ont offert leur foin ou une partie de leur réserve en eau. Bari s’occupe ensuite de distribuer les dons dans les zones où les besoins sont les plus importants.Certains agriculteurs font don de leur foin pour le donner aux animaux sauvages.

Photo publiée par Amhad Bari sur son compte Instagram.

Dans le pays, d’autres garde-forestiers se sont inspirés de cette campagne pour faire de même. Notre Observateur Farhad (pseudonyme) est un défenseur de l’environnement, il travaille sur un projet similaire dans la région de l’Isfahan, dans le centre de l’Iran.

"Des agriculteurs donnent des tonnes et des tonnes de foin, puis les garde-forestiers s’occupent de les distribuer aux bons endroits"

Le projet a débuté dans deux régions de la province de Khorasan, dans l’est du pays. Là-bas, les animaux n’avaient rien à manger, et certains ont commencé à entrer dans les fermes et manger les récoltes et le bétail. Certains activistes ont commencé à s’inquiéter : ils avaient peur que les agriculteurs se mettent à tuer ces animaux sauvages. Mais quand Ahmad Bari a lancé sa campagne, les agriculteurs se sont rapidement impliqués, comme ce fut le cas dans ma région, l’Isfahan.

Un garde-forestier distribue le fourrage offert par des agriculteurs. Photo publiée sur le compte Instagram d’Amhad Bari.

Les fermiers donnent des tonnes et des tonnes de foin, puis les garde-forestiers volontaires les distribuent aux bons endroits. Certains agriculteurs prêtent aux gardes leurs camions gratuitement.


D’autres font don d’une partie de leur réserve en eau. Il y a même de jeunes ingénieurs qui ont mis au point une fontaine à eau simple d’utilisation pour les animaux sauvages.


“Cette initiative sauve des milliers d’animaux : des cerfs, des béliers, des antilopes, et même des guépards”

 
Cette initiative ne résout pas le problème de la sécheresse et du changement climatique. Mais elle permet de sauver des centaines d’animaux : des cerfs, des béliers, des antilopes, et même des guépards, qui survivent grâce aux donations. Avec une simple fontaine coûtant à peu près 900 euros, on peut sauver toutes les espèces animales dans un rayon d’environ 120 hectares.

Jusqu’alors, la plupart des Iraniens ne savaient pas comment aider ces animaux en période de sécheresse. Maintenant, avec ce projet, ils peuvent aider directement les garde-forestiers, qui connaissent mieux que quiconque les endroits où les animaux meurent de faim et de soif.

C’est aussi un bon moyen de faire évoluer les mentalités. Les gens ont désormais compris que s’ils veulent préserver la faune de leur pays, ils ne peuvent plus simplement attendre que le gouvernement s’occupe de tout : ils doivent faire leur part.

Photo publiée par Amhad Bari sur compte Instagram.

Selon une
étude publiée en 2013 par l’Institut des ressources mondiales (WRI), l’Iran était le 24e pays au monde le plus exposé aux pénuries d’eau.

Selon le responsable du centre national iranien pour les sécheresses et les catastrophes, Shahrockh Fatehi, cité dans la presse locale, 30 % du pays est actuellement touché par une sécheresse modérée, et 11 % par une grave sécheresse.
Article écrit en collaboration avec
Alijani Ershad

Alijani Ershad , Journaliste