AFRIQUE

Quand des internautes font "visiter l’Afrique" autrement

Sur Instagram, Snapchat et les réseaux sociaux, le site "Visiter l'Afrique" continue de grandir et se veut comme une alternative au tourisme classique en Afrique.
Sur Instagram, Snapchat et les réseaux sociaux, le site "Visiter l'Afrique" continue de grandir et se veut comme une alternative au tourisme classique en Afrique.

Publicité

Qui connaît le dernier restaurant branché à Kinshasa ? Quels sont les lieux cachés à découvrir à Ouarzazate ? Ou les bons plans pour "s’enjailler" à Cotonou ? Le projet "Visiter l’Afrique", un concept 100 % collaboratif, permet à des internautes-voyageurs de répondre à ces interrogations en publiant leur carnet de route, parfois directement sur Snapchat ou Instagram.

Le concept "Visiter l’Afrique" regroupe depuis juin 2014 une communauté d’internautes-voyageurs qui ont fait le pari de partager leur carnet de bord pour faire découvrir des aspects méconnus du continent africain. Le site compte aujourd’hui 85 000 collaborateurs. Il se veut contributif : n’importe quel voyageur dans un pays africain peut soumettre ses récits et faire part de ses découvertes, en récit ou en photos. Ces dernières sont ensuite sélectionnées par l’équipe d’édition qui met en valeur les contenus les plus pertinents.

Au-delà des belles photos de nourriture alléchante ou de beaux paysages diffusées sur le compte Instagram, ce sont des conseils directement à la source, de voyageurs à voyageurs, qui sont transmis par les 25 "ambassadeurs" du concept – les contributeurs les plus réguliers – basés dans 38 pays africains. Ces derniers rédigent des articles, contre une petit rétribution, sur le site Internet ou peuvent faire partager leur expérience en direct sur le compte Snapchat ou via Instagram. Sur le site, une carte ainsi que le détail de chaque contributeur permet d'en savoir plus sur le profil des participants au projet.

Certains de ces contributeurs ont partagé avec les Observateurs de France 24 leur vidéo, comme celle-ci où Hermann Wilfried Boni, le contributeur pour la Côte d'Ivoire, parle de son café préféré à Abidjan.

Hermann Boni se filme en selfie pour parler d'un lieu où il aime passer du temps à Abidjan, et donner des idées aux futurs visiteurs.

"Grâce à cette plateforme, je me sens très africaine"

Oumaima Aurag est une étudiante en commerce et gestion à Rabat. Elle est l'une des ambassadrices du concept basée au Maroc. Sa participation se fait grâce à son compte Instagram.

J’aimais bien l’idée d’un compte Instagram pour toute l’Afrique. Il existe des comptes pour le monde arabe, mais pas de compte qui avait vocation à unifier l’ensemble du continent. Souvent, on fait la séparation entre l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne. J’ai parfois le sentiment qu’on a un peu oublié qu’on appartient tous à un même continent. Je suis Amazigh [berbère, NDLR] et je me sens très africaine.

Mon voyage dans le sud du Maroc, et Draâ-Tafilat, sont jusque-là ma plus belle découverte : j’ai aimé rencontrer les gens, rapporter leur histoire, et montrer des lieux culturels méconnus. Grâce à cette plateforme, j’ai le sentiment d’être utile, car beaucoup de gens me contactent pour avoir des conseils.

Oumaima Aurag, l'ambassadrice de "Visiter l'Afrique" au Maroc, s'est rendue à Draâ-Tafilat, dans le sud du pays, et a réalisé cette vidéo relayée sur les réseaux de "Visiter l'Afrique".

"Je peux montrer ce que le Bénin a de meilleur"

À Porto-Novo au Bénin, Trésor Adognon, un coach en entreprise, est également ambassadeur du projet.

Dans mes récits, j’aime mettre en avant les jeunes Béninois qui se bougent, mais aussi faire découvrir des objets culturels sacrés ou des œuvres d’art très anciennes qui font partie de notre histoire. Récemment, je me suis rendu à Aguégués, une commune qui vit comme en lévitation au-dessus de l’eau, dans des maisons sur pilotis… Une découverte dans mon propre pays !

Pour moi, cette plateforme est l’opportunité de mettre en avant ce que le Bénin a de meilleur, loin des clichés qui le résument simplement aux clichés autour du vaudou par exemple. J’apprécie le fait qu’il n’ y ait pas besoin d’être un professionnel pour faire ça. C’est une occupation qui me prend beaucoup de temps, environ trois jours par article, mais je vois ça comme une grande famille.

"Ce projet donne lieu à des échanges intra-africains entre nos contributeurs"

Le projet, qui a soufflé ses deux bougies durant l’été 2016, tente de se présenter comme une alternative au tourisme classique. Diane Audrey Ngako, une de ses fondatrices, espère pouvoir aller plus loin.

Le tourisme, c’est quelque chose de très large, et on ne souhaite pas seulement se limiter aux endroits à visiter ou où il faut manger : nos contributeurs s’attèlent à dénicher des bons plans, par exemple sur le cordonnier local ou l’artisan textile à ne pas rater, ou des endroits où il est possible de laisser ses affaires de façon sécurisée.

Certains récits sont très émouvants, comme celui de Wilfried Essomba, qui est retourné dans son village du centre du Cameroun après dix ans sans y avoir mis les pieds. Il a raconté son histoire, les pratiques culturelles de l’éthnie Beti. Je suis moi-même camerounaise et ça m’a donné envie d’aller là-bas ! C’est très intéressant de voir que ces articles donnent lieu à des échanges intra-africains entre nos contributeurs.

On espère, dès 2017, lancer des tours touristiques participatifs avec nos ambassadeurs, car on a remarqué que certains de nos lecteurs cherchent souvent un contact sur place avant de sauter le pas. Et nous espérons pouvoir lever des fonds pour développer notre plateforme, et devenir à terme une plateforme de guide locaux et d’endroits où dormir en étant au contact direct de nos ambassadeurs.

Selon l'Organisation mondiale du tourisme, le continent africain a reçu la visite de 53 millions de touristes en 2015, un chiffre en légère baisse par rapport à 2014 (-3 %).  Dans le sillon de "Visiter l’Afrique" de nombreux concepts similaires comme "African Trip" ou "EveryDay Africa" se sont développés pour montrer une image différente de l’Afrique ou attirer de nouveaux touristes en quête d’échanges directs.

Si vous souhaitez aider le projet "Visiter l’Afrique ", vous pouvez les contacter sur leur site Internet ou leur envoyer vos contributions de voyageur en herbe !