GHANA

Le président ghanéen qui donne de l’argent à la foule, la vidéo qui secoue le Ghana

Dans une vidéo amateur, le président du Ghana a été aperçu en train de donner de l'argent dans un marché. Capture d'écran vidéo "MyJoyOnline".
Dans une vidéo amateur, le président du Ghana a été aperçu en train de donner de l'argent dans un marché. Capture d'écran vidéo "MyJoyOnline".

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Une vidéo amateur montrant le président Mahama distribuant de l’argent a été l’objet de toutes les discussions depuis la semaine dernière au Ghana. Après plusieurs jours passés à nier les faits, le président a été obligé de confirmer qu’il avait donné de l’argent, expliquant cela avec une belle histoire. Mais cette justification pose problème, selon notre Observateur.

Publiée la 20 septembre, la vidéo filmée d’un balcon montre le président du Ghana, John Dramani Mahama, traverser dans son 4x4 le quartier d'Abossey Okai, à Accra. Près d’un marché et sous les hourras de la foule, le président désigne alors quelqu’un dans la foule, et lui tend un bout de papier, provoquant l’exclamation populaire. Quelques secondes plus tard, il tend à nouveau quelque chose à une autre personne, entraînant de nouveaux cris.

À 1'10 puis à 1'50, le président ghanéen distribue un billet à deux personnes différentes. La vidéo a d'abord été publiée sur Facebook puis éditée par "MyJoyOnlineTV".

Vingt-quatre heures de confusion et plusieurs versions 

Après la diffusion de la vidéo sur les réseaux sociaux, plusieurs membres de l’opposition ghanéenne, ainsi que des médias, ont sommé le président de s’expliquer sur son geste : John Dramani Mahama a-t-il distribué de l’argent, alors que les élections présidentielles et législatives se profilent le 7 décembre prochain ?

Vingt-quatre heures après la diffusion des images, c’est le directeur de campagne de John Dramani Mahama qui a été le premier à donner sa version : pour lui, le président avait probablement distribué des "prospectus" à la foule, rien de plus, ajoutant même qu’il était "impossible qu’un président se balade avec de l’argent".  Beaucoup de soutiens du président ont également commenté la vidéo, expliquant tantôt que les auteurs de la vidéo étaient des personnes "dérangées" ou bien que ce geste était un "signe de bonté".

"J’ai donné de l’argent à une jeune fille qui avait perdu sa marchandise"

Sous pression, John Dramani Mahama s’est exprimé vendredi soir dernier sur le média Daily Post News, confirmant qu’il avait bien distribué de l’argent, mais plaidant la bonne cause. Selon le média, le président ghanéen a expliqué avoir vu une petite fille qui vendait des œufs bouillis et qui pleurait, parce que la foule avait renversé son plat. Il aurait alors ordonné à son convoi de s’arrêter, et tendu un billet de 50 cedis (11 euros) à la personne qu'il pensait être sa mère. Mais la jeune fille a continué de pleurer, et lui a indiqué que cette dame n’était pas sa mère. Alors le président lui a tendu directement un autre billet de 50 cedis.

Cette explication a été corroborée par plusieurs reportages, comme celui de Atinkaonline.com, qui a rencontré plusieurs vendeurs. Ces derniers ont affirmé que le président les avait dédommagé chacun de 50 cedis après que la foule a endommagé leurs marchandises lors de la cohue.

Le président a affirmé avoir fait stopper son convoi pour dédommager une jeune fille qui avait perdu sa marchandise lors de la cohue à son passage. Capture d'écran de la vidéo ci-dessus.

"La version du président me met mal à l’aise, c’est comme s’il minimisait ce geste"

Le président aurait donc éteint l’incendie in extremis ? Pour notre Observateur, Kenn Car, un entrepreneur digital qui s’est rendu à Abossey Okai, la justification de John Dramani Mahama pose problème :

D’un côté, le président sort de cette épisode avec une image positive, celle d’un bienfaiteur. Mais de l’autre, ça soulève plusieurs questions : je ne crois pas qu’un président soit supposé se balader avec de l’argent sur lui lors d’un rassemblement, et encore moins qu’il soit supposé donner de l’argent à un enfant qui travaille dans un marché. Pourquoi n’est-il pas juste descendu de sa voiture pour consoler l’enfant, et lui dire que sa place, c’était à l’école ? Indirectement, c’est comme s’il encourageait le travail des enfants. D’autant plus que la gestion de la communication autour de ce cas a été très mauvaise, car l’équipe de campagne n’a cessé de se contredire.

J’ai déjà vu des partis politiques, de la majorité comme de l’opposition, distribuer de l’argent ou des petits cadeaux pour acheter des voix. Mais au Ghana, le faire publiquement, c’est très mal admis. Je suis mal à l’aise avec la version du président, car c’est comme s’il minimisait ce geste, en le cachant derrière un geste de compassion. Mais sincèrement, je ne crois pas que cela aura une influence sur l’élection de novembre.

Le Ghana n’est pas le seul pays où une controverse autour d’une vidéo amateur montrant un politicien distribuer de l’argent a émergé ces derniers mois : en Guinée Conakry, le président Alpha Condé avait été filmé en train de distribuer des billets dans une ville de province. La présidence avait expliqué parfaitement assumer ce geste faisant "parti du patrimoine culturel du pays".