FRANCE

Un fusil à la main devant leur ancien lycée, des ados font scandale en Guyane

Un ancien élève d'un lycée de Cayenne s'est filmé sur Snapchat en exhibant un fusil à canon scié. Capture d'écran Vidéo WhatsApp Antilles flouté par France 24.
Un ancien élève d'un lycée de Cayenne s'est filmé sur Snapchat en exhibant un fusil à canon scié. Capture d'écran Vidéo WhatsApp Antilles flouté par France 24.

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Des jeunes Guyanais ont publié cette semaine une vidéo sur Snapchat dans laquelle ils exhibent un fusil à canon scié devant un lycée de Cayenne. La scène fait beaucoup parler dans le département français, alors même que les mesures de sécurité ont été renforcées aux abords des établissements scolaires.

Les vidéos sont courtes, mais l’impact est grand à Cayenne et en Guyane. Dans plusieurs brèves séquences diffusées le 20 septembre sur Snapchat, un réseau social où les vidéos sont éphémères, au moins cinq jeunes garçons exhibent un fusil à canon scié, puis une cartouche, tout en éclatant de rire [un fusil à canon scié est un fusil de chasse dont le canon a été scié en un point, augmentant sa puissance]. Dans les vidéos suivantes, on les voit regarder les passants comme pour les surveiller. La scène a d’autant plus choqué qu’elle se déroule à quelques mètres du lycée Max Joséphine.

La vidéo originale a été diffusée par WhatsApp Video Antilles et floutée par France 24.

Selon la chaîne de télévision Guyane 1ère, les adolescents, mineurs, ont été identifiés, mais n’avaient pas encore été interpellés 48 heures après la diffusion de la vidéo. Le garçon manipulant le fusil serait un ancien élève de l’établissement. Contacté par France 24, le commissariat de police de Guyane n’avait pas d’autre élément à transmettre.

Mais selon la rédaction du quotidien France-Guyane, les forces de l’ordre auraient laissé jusqu’au lundi 26 septembre aux parents pour emmener leurs enfants au commissariat, et prévoient de les interpeller s’ils ne le font pas avant cette date.

"Banale situation" ou "craintes pour leurs enfants" selon des parents d’élèves

Cette vidéo a été diffusée alors même que la préfecture de Guyane vient de renforcer ses dispositifs de police autour des établissements scolaires après plusieurs agressions : depuis la rentrée de ce mois de septembre, à Cayenne, un documentaliste a été agressé devant le lycée Félix Eboué et des collégiens ont été agressés devant le collège Gérard Holder, rapporte le site de Guyane 1ere.

Contactés par France 24 pour connaître leur sentiment sur cette vidéo, certains parents d’élèves guyanais expliquent que la situation est devenue "banale" et avouent ne "pas être particulièrement inquiétés par cette vidéo". D’autres expliquent "craindre pour leurs enfants" et affirment "avoir à plusieurs reprises pensé à partir dans un autre département".

"En Guyane, c’est assez banal de voir quelqu’un en possession d’un fusil"

Dasinga est un musicien originaire de Guyane. Il vit aujourd’hui à Tours, mais retourne régulièrement sur place. Il a produit plusieurs projets musicaux et a travaillé auprès de jeunes pour les sortir du petit banditisme. Il participe au programme des "Grands frères" via la Compagnie de danse Adami à Cayenne.

C’est la deuxième fois en quelques mois qu’une vidéo où on voit des jeunes exhiber fièrement des armes circule à Cayenne. La dernière était dans une boîte de nuit où deux jeunes brandissaient des armes à feu. Mais il faut être clair : ces jeunes qui s’exhibent sont une minorité.

Ça peut paraître impressionnant pour certains, mais en Guyane, c’est assez banal de voir quelqu’un en possession d’un fusil. Tout le monde, à condition d’être majeur en théorie, peut acheter un fusil de chasse et le scier.

Dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux en juin, des jeunes hommes s'étaient vanté d'avoir fait rentrer des pistolets dans une discothèque. Capture d'écran de la vidéo de Guyane 1ère.

En Guyane, il est effectivement assez facile de se procurer une arme de chasse de calibre 12, à condition de présenter une pièce d’identité et d’avoir plus de 18 ans. Cela ne nécessite pas de permis de chasse. C’est une exception législative propre à ce département d’outre-mer français, justifiée par des pratiques coutumières ou de subsistance. Fin 2014, la Préfecture de police avait enregistré 13 671 armes dont 10 412 armes de chasse, et révélait que 80 % des braquages étaient commis avec des fusils à canon scié.

Pour autant, les faits impliquant des mineurs dans des délits ou crimes à mains armés ne sont pas nouveaux : en 2009, un adolescent de 15 ans avait été inculpé pour le meurtre d’un pompiste à Cayenne lors d’une tentative de braquage.

"Retourner devant leur lycée et faire ça, c’est un peu comme narguer le système éducatif"

Selon notre Observateur, ces images sont avant tout un message envoyé par ces jeunes :

Dans le cas de la vidéo, et dans la majorité des cas, ce sont des jeunes hommes qui retournent sur les lieux de leur ancien établissement scolaire pour faire ce qu’on appelle ici les BadBay [mauvais garçon en argot jamaïcain, NDLR] : ils veulent paraître, montrer qu’ils appartiennent à un groupe. Retourner devant leur lycée, c’est un peu comme s’ils narguaient le système éducatif. Mais ce sont leur vie qu’ils détruisent, et celles de leurs proches. La Guyane ce n’est pas ça, et ça m’énerve de voir que quelques jeunes renvoient une mauvaise image du département.

Quand je rencontre ces jeunes, je fais face à des personnes en manque de repères, qui, selon la formation qu’ils ont eue, ont très peu de débouchés. Si leurs parents n’ont pas les moyens de leur payer un billet pour la France métropolitaine ou ailleurs, ils sont vite sans solution.

La situation de l’emploi est en effet préoccupante pour les jeunes Guyanais : selon l’INSEE, le taux de chômage pour les moins de 25 ans en Guyane est passé de 40 % en 2014 à 46,7 % en 2015. Le taux de chômage global en Guyane était de 21,9 % en 2015, plus du double de la France métropolitaine.