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De Bangalore à Londres : 14 000 kilomètres à bord d’un tuk-tuk solaire

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De Bangalore à Londres en passant par l’Iran ou la Hongrie, un jeune Indien a parcouru plus de 14 000 kilomètres en sept mois… à bord d’un tricycle roulant à l’énergie solaire qu’il a lui-même mis au point.

Depuis son enfance, Navee Rabelli rêvait de prendre la route pour faire le tour du monde. Quelques années plus tard, il est devenu ingénieur automobile. Et il a réalisé qu’un tel voyage, avec une voiture ordinaire, s’avérerait très polluant.

Il a donc décidé de résoudre ce problème, en construisant lui-même son propre moyen de transport et a imaginé un tuk-tuk fonctionnant à l’énergie solaire.

"La batterie permet de rouler pendant 80 kilomètres maximum"

Je voulais réaliser ce rêve, sans pour autant qu’il soit source de pollution. L’idée de construire un tuk-tuk solaire m’est venue à l’esprit il y a quelques années. J’étais coincé dans les embouteillages à Bangalore, entouré par un océan de tuk-tuks bruyants qu’on appelle les "auto rickshaws" en Inde. Tous émettaient énormément de fumée. Je me suis alors demandé pourquoi on ne ferait pas plutôt des tuk-tuks "zéro émission" ?

En trois ans et demi, j’ai construit trois prototypes différents. J’ai financé moi-même la construction des deux premiers. Pour le troisième, celui que je conduisais pendant mon voyage, j’ai lancé une campagne de financement participatif et plusieurs entreprises se sont présentées pour me faire don de pièces électroniques.

Voilà comment j’ai fait : d’abord, j’ai acheté un tuk-tuk classique et j’ai enlevé le moteur diesel. Puis, je l’ai remplacé par un moteur électrique et j’ai installé des batteries électriques ainsi que des panneaux solaires. J’ai également fait quelques modifications sur la boîte de vitesses et réaménagé la cabine, en y mettant un lit, pour que je puisse dormir dedans. Je l’ai appelé "Tejas" [en sanskrit, cela signifie "brillance" ou "rayonnement", NDLR].

Le tuk-tuk peut faire environ 60 kilomètres par heure et la batterie permet de rouler pendant 80 kilomètres maximum.

“Les gens étaient surpris que l’énergie solaire suffise à alimenter un si long voyage”

J’ai commencé mon voyage à Bangalore, en Inde, en février dernier. J’ai roulé jusqu’à Bombay puis j’ai pris un bateau, avec mon tuk-tuk, pour aller en Iran. J’ai conduit mon véhicule à travers l’Iran, la Turquie, la Grèce, la Bulgarie, la Serbie, la Hongrie, l’Autriche, l’Allemagne, la Suisse, la France… J’ai ensuite pris un ferry de la France au Royaume-Uni. Je suis arrivé juste à temps pour participer à une exposition de véhicules à faible émission de carbone.

Ce fut un voyage fantastique pour moi. Les meilleurs souvenirs, ce sont les sourires des gens quand ils me voyaient à bord du tuk-tuk. Quand je rencontrais des gens, on me disait souvent, "c’est une blague, ça marche vraiment ?". Et quand je leur expliquais que oui, ça marchait, et que j’étais arrivé dans leur ville par la route, à bord du tuk-tuk – je leur montrais des photos en guise de preuves - ils étaient surpris ! La plupart des gens savaient comment fonctionnait l’énergie solaire, mais ne pensaient pas que cela pouvait permettre d’alimenter un véhicule pendant un si long voyage.

J’ai passé plusieurs nuits dans mon tuk-tuk, et d’autres chez l’habitant. Au moins 35 personnes différentes m’ont ouvert la porte de leur maison ! Pour la nourriture, j’avais un four solaire. Je pouvais donc cuisiner moi-même mes plats favoris. Mais j’étais souvent invité par les gens que je rencontrais sur la route pour le déjeuner et le dîner. Pour me laver, j’allais soi chez des gens, soi dans des lacs et des rivières, ou même au poste de police et chez les pompiers !

“En Iran, on m’offrait même des petits déjeuners !”

L’Iran a été le pays le plus accueillant que j’ai traversé. Les gens me traînaient littéralement dans la rue pour m’amener chez eux, me présenter leur famille et m’offrir à manger. Certains me donnaient même un petit-déjeuner pour la route et le déjeuner du lendemain ! Les Iraniens étaient aussi très curieux de savoir d’où je venais et ils se sont montrés très respectueux des différences culturelles. Ils m’ont vraiment accepté comme je suis !Le seul problème que j’ai eu, c’est en France, où quelqu’un m’a volé mon passeport et une partie de mes affaires.

La leçon que j’ai retenue de ce voyage, c’est que les grandes idées commencent petit à petit…Étape par étape, j’ai construit mon rêve. Et si une personne comme moi, en Inde, avec peu de ressources, a pu réaliser un tel projet, alors j’espère que mon exemple pourra inspirer d’autres personnes, dans des pays plus aisés, afin qu’on se mette sérieusement à exploiter l’énergie solaire. La technologie existe déjà, il ne reste plus qu’à changer les mentalités !