Les musulmans célébraient l’Aïd el-Adha lundi 12 septembre, la fête la plus importante de l’islam, pendant laquelle un agneau est sacrifié en hommage au prophète Ibrahim. Pour initier les tout-petits à ce rituel, certaines écoles maternelles, en Égypte notamment, ont mis en place des ateliers avec couteaux en plastique et mouton en peluche. Ce qui alimente le débat sur la nécessité ou non d’expliquer aux enfants le rituel du sacrifice.

Cette photo a été diffusée sur Facebook par une école maternelle du Caire. Elle est tirée d'une série d'images où l'on voit des enfants, tout sourire, placer un faux couteau sur la gorge d’un mouton en peluche.


Certaines maternelles sont allées plus loin dans la mise en scène du rituel du sacrifice. Par exemple, ces trois photos, présentées comme ayant été prises dans une école de Charm al-Cheikh en Égypte. Sur la première, on voit un enfant faire semblant d’égorger un mouton en coton, alors que le sol est aspergé de faux sang.


Sur la deuxième image, des enfants miment le geste de l’égorgement en passant le doigt sous la gorge.


Ces images, particulièrement la dernière, ont suscité plusieurs commentaires indignés ces derniers jours.

"Ce pays marche sur la tête. Bien sûr, on sait tous que le sacrifice du mouton fait partie des devoirs de tout musulman. Mais je ne crois pas qu’il soit nécessaire de l’apprendre aux enfants."
 
"Chacun est libre d’élever ses enfants comme il veut. Cela dit, le fait dégorger le mouton devant les enfants peut les affecter sérieusement, provoquer des crises d’angoisse. Cela peut les pousser à faire pipi au lit, et ils peuvent aussi développer une aversion pour la viande."

"L’enfant ne peut pas percevoir les choses comme le font les adultes. Il va penser que c’est un jeu et il va l’appliquer avec son frère ou ses amis. Il deviendra un criminel et vous en serez responsables."
 
"C’est la ‘daechisation‘ des enfants".

"Il faut plutôt enseigner à l’enfant la morale derrière ce sacrifice"

Doaa Abbas est avocate spécialisée dans le droit des enfants et présidente de l’association égyptienne pour les droits de l’enfance.

L’enfant en bas âge ne peut pas comprendre le sens que revêt le rituel du sacrifice du mouton. Quand un enfant de 4 ans voit son père égorger un mouton, il voudra probablement l’imiter. À cet âge, l’enfant n’a pas encore conscience des conséquences de ses actes et aime énormément copier les adultes. En Égypte, et dans d’autres pays musulmans, cela a provoqué quelques drames, où des enfants ont été grièvement blessés car un frère ou un ami a essayé de les égorger.

Au lieu de montrer à l’enfant le rituel de l’égorgement, il faut plutôt lui enseigner la morale derrière ce sacrifice, lui raconter des contes sur la solidarité et le sacrifice, ainsi que l’histoire d’Abraham [selon la tradition musulmane, Dieu a ordonné à Abraham d’égorger son fils Ismaël pour tester la force de sa foi. Mais après qu’Abraham a accepté l’ordre, Dieu envoya l’Ange Gabriel qui remplaça l’enfant par agneau qui, finalement, servit d’offrande sacrificielle, NDLR].

Les parentes et les éducateurs doivent aussi insister sur le fait que l’Aïd al-Adha est une fête qui représente le partage et de la solidarité, car la tradition veut qu’on distribue une partie de la viande aux plus nécessiteux [le tiers selon la tradition, NDLR].

De façon générale, nous conseillons de ne pas montrer à l’enfant la scène de l’égorgement avant l’âge de 10 ans. Et si les parents sentent qu’il n’est pas prêt psychologiquement, qu’il n’aime pas la vue du sang, ou qu’il aime particulièrement les animaux, ils doivent attendre encore pour le faire.

Nous recommandons également aux parents de ne pas laisser s’installer une situation où l’enfant se lie d’amitié avec l’agneau. Il est donc préférable d’amener la bête à la maison à la veille du sacrifice, et expliquer aux enfants qu’il s’agit d’un animal qu’on mange comme on mange d’autres animaux dans la vie quotidienne, le poulet et le poisson.
Dans certains cas, il arrive que l’enfant s’attache au mouton et qu’il soit affecté par la scène de son égorgement. Parfois, cette situation peut même provoquer chez l’enfant un traumatisme psychologique, ou une dépression. Si cela se produit, il ne faut surtout pas hésiter à consulter un psychologue pour enfants.

Dans les écoles maternelles du secteur public en Égypte, la scène du sacrifice n’est pas enseigné. Ces écoles sont  encadrées par un programme délivré par le miistère de l’Éducation. Les éducatrices doivent obtenir un diplôme d’État spécialisé dans la petite enfance.

En Égypte, les écoles maternelles non agréés sont également très nombreuses et c’est dans ces établissements que ce genre de dérapages se produit. Les éducateurs qui y travaillent ne sont pas qualifiés car non titulaires d’un diplôme spécialisé et l’État exerce peu de contrôle sur ces établissements.