BÉNIN

Morts pour des sacs de farine périmée au Bénin : "Un crime contre le consommateur"

Dans la décharge où s'est produite l'explosion, au milieu de la fumée, des cartons où se trouvaient des sacs de farine périmée sont encore visible. Photo Wasexo.
Dans la décharge où s'est produite l'explosion, au milieu de la fumée, des cartons où se trouvaient des sacs de farine périmée sont encore visible. Photo Wasexo.
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Pour avoir voulu récupérer des sacs de farine périmés sur le point d’être détruits dans une décharge d’enfouissement, dix personnes sont mortes jeudi dernier dans le sud du Bénin, à Tori-Bossito. Pour nos Observateurs, le drame révèle des dysfonctionnements dans la gestion des produits avariés dans le pays.

L’accident est survenu à Tori-Bossito, à 40 km au nord de la capitale Cotonou, jeudi 7 septembre en fin de journée. Des camions d’une entreprise étaient venus déverser des sacs de farine de blé avarié dans une décharge de la ville. Aspergés d'essence, ces sacs étaient sur le point d'être incendiés. Selon la presse locale, c’est à ce moment qu’une centaine de personnes se seraient précipitées pour récupérer la marchandise avariée et se seraient retrouvées piégées par les flammes. Des témoins ont affirmé avoir également entendu une explosion sur les lieux [le gouvernement dément qu’il y ait eu une explosion].

Des images prises après l’accident, dont nous ne diffusons qu’un exemple flouté ci-dessous, montrent de très nombreuses personnes grièvement brûlées. Les secours sur place ont affirmé que certaines personnes avaient des brûlures sur 60 à 90 % du corps. Contacté par France 24, le chef du village a affirmé qu’au moins dix personnes étaient mortes et qu’une cinquantaine étaient toujours blessées. Un bilan difficile à évaluer, puisque selon plusieurs responsables locaux de nombreux blessés se cacheraient encore chez eux de peur d’être inculpés par la police pour avoir tenté de voler de la nourriture.

"N’importe qui pouvait se rendre sur ce site, il n’y avait pas vraiment de sécurité"

Mawugnon (pseudonyme) habite à Tori-Bossito.

Je me suis rendu sur les lieux 24 heures après l’explosion. Elle a été tellement puissante que ça fumait encore sur place. Je ne suis jamais allé chercher de nourriture dans cette décharge, mais il faut comprendre qu’un sac de farine coûte assez cher [un sac de farine de 50 kilos coûte environ 20 000 francs CFA, soit 30 euros, NDLR]. Selon moi, ce geste ne s’explique que par la pauvreté des habitants et la méconnaissance des risques.

Selon notre Observateur, la décharge était encore fumante plus de 48 heures après l'incident.

J’ai été très choqué de voir le nombre de personnes avec la peau totalement brûlée revenir vers le village. Mais il faut savoir que sur ce site, il n’y a pas de sécurité particulière : n’importe qui peut s’y rendre et récupérer des sacs de nourriture périmée sans que les employés qui déversent les produits ne s’y opposent. Beaucoup de personnes pensent d’ailleurs que ces denrées sont tout à fait comestibles et ne comprennent pas pourquoi on les brûle [selon RFI, des témoins auraient déjà vu des agents de sécurité partir avec des cartons, NDLR]

"Les populations veulent souvent récupérer ces marchandises non pas pour les manger, mais pour les revendre"

Le gouvernement a annoncé avoir ouvert une enquête pour déterminer les causes exactes de l’incident, et des ministres ont offert 2 millions de francs CFA, soit environ 3 000 euros, pour prendre en charge les victimes.

Aucun périmètre de sécurité ou grillage n'empêchaient les habitants d'avoir accès au lieu selon les témoins à Tori-Bossito. Photo Wasexo.

Mais pour Robin Accrombessi, président de "La Voix des consommateurs ", une association de défense des consommateurs, cet incident a révélé les problèmes de gestion des produits avariés. Son association va saisir la justice pour "mise en danger de la sécurité du consommateur".

Ce qui s’est passé, pour moi, c’est un crime contre le consommateur. C’est inconcevable de voir qu’un tel site n’est pas suffisamment sécurisé, et que n’importe quel individu puisse y pénétrer [le ministre de l’Intérieur a proposé que le site soit clôturé, NDLR]. Le drame, c’est que lorsque les populations vont récupérer ces marchandises, ce n’est pas pour leur consommation personnelle mais pour ensuite faire des galettes. Ils les revendent ensuite sur les marchés. Ce comportement peut entrainer de graves conséquences sanitaires.

Cet épisode ne se serait pas produit si ces marchandises n’étaient pas arrivées sur le territoire béninois. Il y a clairement une faille au niveau des contrôles douaniers. Ces derniers sont normalement nombreux lorsque des marchandises arrivent au port de Cotonou. Des agents du ministère du Commerce, de l’Environnement, mais aussi des responsables des contrôles d’hygiène de la police sanitaire sont impliqués. En tout, il y a une dizaine de filtres.

Or, nous constatons régulièrement que des transporteurs de produits en provenance d’Europe, d’Asie ou d’Amérique latine parviennent à contourner ces mesures notamment au port de Cotonou. Si on bloque vraiment ces denrées avariées à la source, on évitera de devoir se poser la question de leur enfouissement ou de leur destruction.

Selon le blog "AgriBénin", depuis 2010, au moins un scandale par an s’est produit autour de produits périmés au Bénin. En 2015, une importante quantité de poissons avariés en provenance de Lituanie avait été saisie.

La gestion des produits avariés et ses conséquences n’est pas un problème propre au Bénin. En juillet dernier, une scène similaire avait eu lieu dans une décharge de Sierra Leone, où des habitants avaient bravé l’interdit de la police pour se procurer des poulets avariés.

>> LIRE SUR LES OBSERVATEURS : Des Sierra-Léonais récupèrent des poulets avariés dans une décharge