GUINEE

En Guinée, les enfants désertent l’école pour descendre dans les mines d’or

Des adolescents travaillent dans une mine à Norassoba, dans le nord de la Guinée. Photo : Sekou Doumbouya
Des adolescents travaillent dans une mine à Norassoba, dans le nord de la Guinée. Photo : Sekou Doumbouya

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Dans le nord-est de la Guinée, la région de Siguiri est le théâtre d’une ruée vers l’or : face aux difficultés économiques du pays, de plus en plus de Guinéens s’improvisent orpailleurs… y compris les enfants de la région, pour qui la mine, malgré ses dangers, offre plus de débouchés que l’école. Au grand dam de notre Observateur.

L’orpaillage est une activité ancestrale qui dure depuis 400 ans en Guinée. Le pays produit notamment du bauxite, du fer mais aussi de l’or, dont l’extraction est particulièrement importante dans la préfecture de Siguiri, où les mines recéleraient 6,5 millions d’onces d’or.

En parallèle, le pays est touché par un fort taux de chômage des jeunes qui atteint 60 %, mais aussi par une grave crise économique, provoquée par la fin de l’épidémie Ebola, qui a fait perdre plus de 484 millions d’euros à la Guinée en 2015 selon la Banque mondiale.

Ne voyant pas d’autres alternatives d’emploi, des jeunes diplômés ou d’anciens agriculteurs abandonnent tout pour devenir orpailleurs, notamment autour de Siguiri. Certains disent être en mesure de gagner en une journée ce qu’ils gagnaient en un mois dans leur précédent emploi. Et de plus en plus souvent, les parents emmènent leurs enfants travailler à la mine avec eux. Car entre les bancs de l’école et les tunnels gorgés de pépites d’or, malgré les risques sur la santé et sécuritaires du travail dans les mines, le calcul économique est vite fait, explique notre Observateur. 

Des adolescents travaillent dans une mine à Norassoba, dans le nord de la Guinée. Photo : Sekou Doumbouya

"Dans les communes rurales comme Norassoba, l’abandon scolaire peut atteindre facilement les 100 %"

Sékou Aboubacar Touré est enseignant dans un lycée à Siguiri. Il se bat contre l’abandon scolaire.

De nombreux habitants des sous-préfectures de Siguiri sont très pauvres. Ils se voient donc obligés d’envoyer leurs enfants pour travailler dans des mines d’or. Certaines familles peuvent à peine se procurer à manger une fois par jour. Le chômage est tellement important ici que les parents préfèrent envoyer leurs enfants dans des mines plutôt que d’attendre qu’ils soient diplômés. C’est en quelque sorte un raccourci, parce que pour eux les études durent trop longtemps, et il y a de faibles chances de trouver du travail après.

À l’école, plusieurs élèves assistent aux cours seulement pendant les deux premiers mois de l’année, soit en octobre et novembre. Après ils désertent l’école pendant six mois pour travailler dans les mines d’or, puis reviennent en juin ou juillet, juste pour passer les examens. Et si 120 élèves sont inscrits à l’école, seuls 70 viennent passer les examens. Ceux qui ne les réussissent pas abandonnent l’école. Dans les communes rurales comme Norassoba, l’abandon scolaire peut atteindre facilement les 100 %.

Dans la mine de Kossoba. Vidéo d'un de nos Observateurs dans la région.

"Adolescents, ils continuent à travailler dans les mines, car ils estiment que cela montre leur autonomie"

Les enfants peuvent commencer à travailler dès l’âge de 7 ans. Ils accompagnent généralement leurs parents dans les mines. L’exploitation se fait de plusieurs manières : un garçon peut tirer les cordes qui retiennent son père pendant qu’il creuse dans un puits de 15 mètres par exemple. Quant aux filles, elles se chargent de laver les minerais d’or, extraits par les hommes, ou alors gardent leurs frères ou sœurs pendant que leur mère travaille. Les enfants commencent à 8 h et le finissent à 17h ou même 18h.

Lorsqu’ils deviennent adolescents, ils continuent à travailler dans les mines, car ils estiment que cela montre leur autonomie et leur responsabilité. Même ceux qui continuent leurs études sont tentés par les moyens financiers que peut leur rapporter l’orpaillage. En une journée, si un gramme d’or est extrait, cela rapporte 250 000 francs guinéens (24,70 euros). En un mois, il y a des orpailleurs qui gagnent jusqu’à 4 millions de Francs guinéens (environ 396 euros). [Le salaire moyen en Guinée est de 34 euros, NDLR].

Des adolescents travaillent dans une mine à Norassoba, au nord de la Guinée. Photo : Sekou Doumbouya

En tant qu’enseignant, j’interviens sur la radio communautaire Djoliba FM pour sensibiliser les parents à la scolarisation des enfants. Mais ça ne suffit pas. Les rares jeunes qui préfèrent continuer leurs études le font parce qu’ils savent qu’ils risquent leurs vies dans les mines.

Pour arrêter l’exploitation des enfants dans les mines, il faut que l’État intervienne pour réduire le taux de pauvreté et de chômage. Il faut également booster le secteur de l’éducation, qui souffre également du manque d’enseignants. Il ne faut donc pas blâmer les familles qui se retrouvent obligées de déménager à côté des mines pour avoir un gagne-pain.

Selon l’ONG Humanium qui œuvre pour les droits des enfants, seule la moitié des enfants guinéens suit un enseignement secondaire en Guinée. Ils sont 73 % à exercer un travail avant l’âge légal de 18 ans.

Revoir notre reportage dans les mines guinéennes :