Ni Côte d’Azur ni Floride : ces images de promotion de spots balnéaires sortent d’une campagne de promotion lancée par le gouvernement syrien, qui comptait ainsi très sérieusement attirer les touristes cet été. Une promotion quasi indécente, tant elle est en décalage avec la guerre qui ravage le pays depuis cinq ans.

Les images détonnent complètement avec les vidéos de bombardements et de massacres qui inondent quotidiennement les réseaux sociaux. Intitulée "La Syrie, toujours belle", cette vidéo promotionnelle a été mise en ligne par le ministère du Tourisme le 29 août dernier. Elle a été tournée à Rimal, un complexe balnéaire de la ville de Tartous, fief du régime syrien dans le nord-ouest du pays, qui abrite par ailleurs une importante base militaire russe. Sur les images, on voit une plage aux eaux turquoises, des parasols et des baigneurs qui côtoient des jet-skis sur fond de musique techno.


Contrôlée par le régime syrien et longtemps épargnée par la guerre, Tartous a été secouée par un attentat meurtrier lundi 5 septembre, faisant au moins 35 morts et 43 blessés. En mai dernier, Tartous et la ville voisine de Jablé avaient déjà été frappées par des attentats revendiqués par l’organisation État Islamique (EI). Plus de 100 personnes ont trouvé la mort dans ces attaques.

Pour justifier cette campagne pour le moins incongrue, alors que le conflit syrien a déjà fait des centaines de milliers de morts et déplacé la moitié de la population du pays (4 millions de réfugiés et 8 millions de personnes déplacées selon le Haut Commissariat aux réfugiés), le ministère du Tourisme a indiqué dans un post Facebook que la fréquentation touristique de la Syrie en 2016 avait augmenté de 30 % par rapport à 2015. Sans pour autant préciser le nombre absolu de touristes fréquentant le pays…

Cette vidéo de propagande n’est pas la seule diffusée par le gouvernement syrien cet été. Le 2 septembre dernier, le ministère du Tourisme a diffusé une autre vidéo censée allécher les touristes. Intitulée la "Syrie vue du ciel ", elle vante la beauté des monuments historiques syriens dont le site de Palmyre récemment repris par les forces du régime aux combattants de l’EI. On imagine pourtant difficilement quel touriste serait aujourd’hui tenté d’aller visiter le site antique, situé au milieu de zones de combats.


Cette campagne a été critiquée par de nombreux médias de par le monde et suscité des réactions indignée sur les réseaux sociaux.

Traduction : "Alors qu’il continue de bombarder son peuple avec les barils d’explosifs et de noyer dans le sang les plaines de Syrien, le régime de Bachar al-Assad organise une campagne pour attirer les touristes."

"Le régime est en train d’envoyer un message pour dire qu’il contrôle le pays"

Yeganeh Morakabati est experte risque et tourisme à l’Université de Bournemouth, en Angleterre, décrypte cette stratégie de communication.

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Même s'il y a des zones en Syrie qui peuvent être considérées comme sûres, la guerre crée un sentiment de malaise. On a l’impression que l'ambiance n’est pas appropriée pour passer des vacances. Cette campagne ne vise pas forcément à attirer les touristes à court terme (...). Mais le régime est en train d’envoyer un message pour dire qu’il contrôle le pays, ou du moins certaines zones. Le régime veut aussi souligner le fait qu’il est ouvert, et qu’il autorise les vacances à l’occidentale, alors que la plupart des groupes d’opposition en Syrie (dont certains sont soutenus par les Occidentaux) seraient contre, car ils sont pour une application stricte de la charia.
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Techniquement, il est très difficile pour un touriste étranger de se rendre en Syrie. Depuis le printemps 2011, toutes les chancelleries occidentales recommandent aux voyageurs qui se trouvent en Syrie de "quitter le pays immédiatement". Le pays n’est d’ailleurs plus desservi par les vols commerciaux. En France, les tour-opérateurs ont classé le pays en "zone rouge".

Face au tollé médiatique suscité par la campagne, le ministère syrien du Tourisme a fini par réagir et publié un communiqué où il s’offusque que cette vidéo ait "été manipulée par la propagande qui attaque la Syrie et son peuple". Le ministère a également affirmé que sa "politique actuelle vise le tourisme national et les expatriés syriens qui connaissent la réalité des événements et qui savent que les faits sont manipulés par les médias."

Selon l’ONU, plus de 250 000 personnes ont été tuées depuis le début de la guerre, tandis que plus de quatre millions de Syriens ont fui le pays.