ÉTATS-UNIS

Une Américaine collecte soutiens-gorge et tampons pour les femmes dans le besoin

Dana Marlowe a lancé "Support the Girls" il y a tout juste un an. Photo : Support the Girls.
Dana Marlowe a lancé "Support the Girls" il y a tout juste un an. Photo : Support the Girls.

Publicité

À l’été 2015, Dana Marlowe, une avocate américaine, a lancé une campagne de collecte de soutiens-gorge et de produits d’hygiène menstruelle sur les réseaux sociaux. Son but : les redistribuer à des femmes sans-abri ou en situation de grande précarité. L’initiative a rapidement fait le buzz et l’avocate reçoit aujourd’hui des colis envoyés des quatre coins du monde. En un an, elle a déjà redistribué plus de 20 000 soutiens-gorge et environs 50 000 tampons et serviettes hygiéniques.

Après le succès de sa première collecte, Dana Marlowe a lancé "Support the Girls", une association à but non-lucratif de collecte et distribution de produits d’hygiène menstruelle et sous-vêtements à destination des femmes dans le besoin. Elle souhaite désormais que son initiative soit reprise dans d’autres communautés. Plusieurs filiales "Support the Girls" ont déjà été créées, dont une trentaine aux États-Unis, mais aussi au Canada, en Thaïlande, en Australie, au Mexique et bientôt au Pakistan.

"Vous auriez envie de choisir entre un repas chaud pour vos enfants et une boîte de tampons à 10 dollars ?"

Dana Marlowe est avocate, elle vit à Silver Spring, au Nord de Washington, dans le Maryland.

Ce projet est né par hasard l’an dernier. Après avoir perdu beaucoup de poids, je suis allée dans un magasin de lingerie pour me racheter des soutiens-gorge à ma taille. En discutant avec la caissière, je lui ai expliqué que j’avais des dizaines de soutiens-gorge qui n’étaient plus à ma taille, mais qui pouvaient encore être portés. Elle m’a expliqué que de nombreux centres d’hébergement pour sans-abris seraient intéressés, parce que de beaucoup de femmes à la rue ou dans des situations de grande précarité n’en ont pas. J’ai appelé le directeur d’un centre d’accueil qui m’a confirmé ce besoin.

Dana Marlowe remercie les donateurs. Photo : Support the Girls.

C’est vrai que dans la plupart des collectes, les gens donnent de la nourriture, des habits ou des chaussures. On ne pense pas aux femmes qui sont dans la rue et donc à donner des soutiens-gorge ou des produits d’hygiène, comme des tampons et des serviettes pour les périodes de règles. Pourtant, est-ce que vous iriez à un entretien d’embauche sans soutien-gorge ? Je ne pense pas. Est-ce que vous auriez envie de choisir entre un repas chaud pour vos enfants et une boîte de tampons à 10 dollars ? Je ne pense pas non plus. Mon souhait, c’est que toutes les femmes, peu importe leurs conditions, puissent avoir le droit à un peu de dignité.

"Dans certains pays, les filles ne peuvent pas aller à l’école quand elles ont leurs règle"

Par ailleurs, dans certains pays, les filles issues de milieux défavorisés ne peuvent pas aller à l’école quand elles ont leurs règles, faute d’avoir accès aux produits d’hygiène menstruelle [en Afrique, une fille sur dix ne va pas à l’école quand elle a ses règles, NDLR].

En juillet dernier, j’ai lancé un appel aux dons sur les réseaux sociaux. J’étais sûre que parmi mes amies, plusieurs auraient des soutiens-gorge à donner et seraient d’accord pour acheter une boîte de tampons en plus. Ma petite collecte a fait le buzz et ne s’est pas limitée à mon cercle d’amies : j’ai reçu des messages d’un peu partout dans le monde.

Dana entrepose les soutiens-gorge chez elle avant de les distribuer à des associations. Photo : Support the Girls.

"Je suis ‘madame tout le monde’ : n’importe qui peut faire ce que je fais"

Face au succès de cette première expérience, j’ai créé "Support The Girls", une association à but non-lucratif. Depuis, je reçois chaque jour des dizaines de colis avec des dons. Au début, c’était ingérable ! Mais je me suis habituée. J’entrepose les cartons dans ma chambre d’ami et dans mon sous-sol. Je les ouvre tous, je lave les soutiens-gorge usagés et je trie les produits hygiéniques. Puis, je repère les centres d’accueil pour sans-abris et les associations pour familles défavorisées, et je leur propose les produits.

Dana reçoit des colis des quatre coins du monde. Photo : Support the Girls.

Ça me prend du temps, et je ne peux pas gérer ça toute seule donc, maintenant, mon but est d’inviter d’autres femmes à prendre le relais. Je suis "madame tout le monde" : n’importe qui peut faire ce que je fais. J’ai écrit un guide que j’envoie aux femmes qui sont intéressées pour monter une filiale de "Support the Girls". Je leur explique comment mettre en place une collecte et comment redistribuer les dons. Je les invite également à identifier les besoins dans leur communauté.

Carte des villes des États-Unis où se trouvent des filiales Support the Girls. En rose, les villes où la filiale existe depuis peu de temps.

"Je reçois également des messages d’association au Cameroun, au Burundi, etc., me demandant de leur envoyer des produits d’hygiène et des soutiens gorge"

Il existe désormais plusieurs filiales aux États-Unis et dans plusieurs pays dont la Thaïlande, le Mexique, et bientôt le Pakistan. Je reçois également des messages d’association au Cameroun, au Burundi et dans d’autres pays africains, me demandant de leur envoyer des produits d’hygiène et des soutiens-gorge. Pour le moment, je ne peux pas : mon association ne gagne pas d’argent et, avec mon emploi à plein temps et mes deux enfants, je n’ai pas le temps de tout faire.

Les bénévoles de Support the Girls dans le Maryland. Photo : Support the Girls. 

J’ai mis en place une campagne de financement participatif afin de lancer une plateforme de mise en relation entre les bénévoles qui mettent en place des collectes et les associations qui sont intéressées par ce type de dons. J’aimerais également embaucher quelqu’un qui s’occuperait d’envoyer des dons dans d’autres pays, où ce type de collecte n’existe pas.

Cet article fait partie de notre série "Les Observateurs s’engagent". Vous aussi, vous avez un projet pour aider votre communauté ? Cliquez sur l’image ci-dessous.