À quelques jours de l’élection présidentielle au Gabon, le président sortant Ali Bongo a  multiplié les opérations de communication. Sur les réseaux sociaux, plusieurs internautes se sont étonnés des différents produits dérivés distribués lors des meetings politiques. Selon nos Observateurs, le phénomène n’est pas nouveau, mais la valeur de certains cadeaux – smartphones, tablettes – choque, en pleine crise économique.

"Ali, changeons ensemble", le slogan de la campagne d’Ali Bongo Ondimba, candidat à sa propre succession pour le scrutin présidentiel du samedi 27 août, est devenu une véritable marque déposée estampillée sur des dizaines d’objets, incluant même des congélateurs et des tronçonneuses.

Emballage de la tronçonneuse "Ali". Photo envoyée par nos Observateurs.

Congélateur "Ali Bongo Ondimba 2016". Photo envoyée par nos Observateurs.

Selon nos Observateurs au Gabon, ces produits sont distribués lors de rassemblements politiques aux sympathisants du Parti démocratique gabonais, le parti d’Ali Bongo.

Leurs témoignages ont été confirmés par le récent reportage d’un journaliste de la BBC Afrique à Libreville. Selon les bénéficiaires de ces cadeaux cités dans l’article, rien ne leur a été demandé en contrepartie.

Mais la générosité du candidat choque, alors que le scrutin va se dérouler dans un climat social tendu, du fait de l’effondrement des cours du pétrole, première source de revenus du Gabon. Rien qu’à Port-Gentil, la deuxième ville du pays, le secteur pétrolier a licencié plus de 2 500 salariés depuis 2014.

"On a l’impression que plus le pays s'appauvrit, plus nos dirigeants ont les moyens de faire des cadeaux de grande valeur"

Barack est blogueur à Libreville, il a envoyé à la rédaction des Observateurs plusieurs photos des gadgets de campagne.


Depuis 1993, le Parti démocratique du Gabon a pour habitude de créer de nombreux gadgets pour les campagnes présidentielles. Lors de précédentes élections, j’ai déjà vu des voitures estampillées Bongo Ondimba. Ça va du simple t-shirt à la montre, et aujourd’hui aux téléphones et tablettes.

Tablette Ali Bongo, cadeau reçu par un ami de notre Observateur Barack.

L’objectif de ces gadgets est de créer une image de marque et ainsi d’attirer les électeurs. Cela s’accompagne aussi de la mise en place d’énormes affiches dans toute la ville avec la photo du candidat Ali Bongo. On ne traverse plus aucune ville sans croiser son portrait affiché en très grand.

Portrait Ali Bongo dans les rues de Libreville. Photo envoyée par notre Observateur.

Mais attention, il y a aussi énormément de fausses rumeurs qui circulent. Par exemple, ces cadeaux ne sont pas distribués en échange de cartes d’électeurs comme on peut l’entendre [certains internautes estiment que les personnes bénéficiant des cadeaux donnent en échange leur carte d’électeur à des membres du PDG, afin qu’ils votent deux fois pour Ali Bongo], ils sont gratuits : c’est une opération publicitaire, pas d’achats des voix.

Tablette Ali Bongo, cadeau reçu par un ami de notre Observateur Barack.

"Ce sont des personnalités influentes qui reçoivent ces cadeaux, pour convaincre autour d’eux de voter Bongo"

En revanche, ce sont souvent des personnalités un peu influentes qui les reçoivent, des membres d’associations ou des chefs d’entreprise par exemple, dans le but qu’ils convainquent leurs adhérents, employés, sympathisants… de voter Bongo. Tout dépend de la capacité d’influence de la personne : certains auront seulement le droit à des t-shirts bas de gamme, d’autres à plus. En 2005, j’avais déjà reçu un téléphone Panasonic "Omar Bongo", le père d’Ali Bongo alors candidat.

Téléphones et sac Ali Bongo. Photo envoyée par nos Observateurs.

Si les photos de ces objets choquent, c’est surtout parce que le quotidien de nombreux habitants du Gabon n’est pas simple en ce moment, à cause de la crise financière que traverse le pays. Et aucun plan social n’a vraiment été mis en place. Beaucoup d’activistes auraient préféré que l’argent de tous ces produits coûteux soit plutôt investi dans la santé, ou dans l’éducation… Même si on ne sait pas officiellement d’où vient l’argent qui permet de faire autant de gadgets, ça reste louche. On a l’impression que plus le pays s'appauvrit, plus nos dirigeants ont les moyens de faire des cadeaux de grandes valeurs.

"Le Parti démocratique gabonais s'inscrit en faux contre toute accusation d'achat de conscience"

La rédaction des Observateurs de France 24 a envoyé  à Igor Simard, directeur de communication d’Ali Bongo les différentes photos des produits dérivés. Celui-ci n’a pas démenti leur existence, mais a tenu à préciser :

Partout dans le monde, lors de campagnes électorales, les équipes de chaque candidat produisent un ensemble de produits dérivés qui accompagnent les meetings et participent à faire de ce moment citoyen une fête. Dans ce contexte, le Parti démocratique gabonais, de la même manière que tous les autres partis politiques qui participent à cette élection, partage du matériel promotionnel avec ses militants lors de ses meetings. Ces opérations, parfaitement légales, se déroulent dans le respect du code électoral gabonais. Le Parti démocratique gabonais s'inscrit en faux contre toute accusation d'achat de conscience.

Aucun de nos Observateurs ne dit avoir remarqué de tels cadeaux distribués dans le camp de l’opposition.

Le dernier mandat d’Ali Bongo a été marqué par plusieurs scandales financiers. En 2014, France 24 s’était notamment procuré des documents, photos et témoignages, sur le fastueux parc automobile de la présidence. Plusieurs centaines de voitures de luxe avaient été retrouvées dans un pays où plus d’une personne sur trois vit sous le seuil de pauvreté.

LIRE NOTRE ARTICLE : Le luxueux parc automobile de la présidence gabonaise

Samedi 27 août, le scrutin présidentiel opposera Ali Bongo à quatre candidats. Son principal adversaire est Jean Ping, qui a occupé plusieurs portefeuilles ministériels sous la présidence d’Omar Bongo, père de l’actuel chef de l’État. Si ce dernier promet d’incarner une véritable alternance, il est lui-même éclaboussé par plusieurs affaires. Son fils, Franck Ping, a récemment quitté le pays après l’ouverture d’une enquête préliminaire à son encontre pour des faits présumés de corruption.
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