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À Rio, les enfants d'un quartier populaire ont aussi leurs JO

Dans le quartier Campo Grande, en périphérie de Rio, un habitant organise des mini-JO pour les enfants.
Dans le quartier Campo Grande, en périphérie de Rio, un habitant organise des mini-JO pour les enfants.

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Piste d’athlétisme, terrain de basket, médailles et podium : depuis le début des Jeux olympiques le quartier de Campo Grande, situé en périphérie de Rio, s’est transformé en véritable stade olympique à destination des enfants. À l’origine de cette initiative : Jarbas Meneghini, un fan de sport bien décidé à ce que son quartier défavorisé ne soit pas exclu des festivités.

Tous les dimanches depuis le début des Jeux olympiques de Rio, une cinquantaine d’enfants du quartier se retrouvent devant la maison de Jarbas à Campo Grande. Dans sa jeunesse, ce mécanicien de 48 ans rêvait de devenir footballeur professionnel. Il n’y est pas parvenu, mais sa passion du sport est restée intacte. Depuis plusieurs années, pendant son temps libre, celui-ci confectionne minutieusement des répliques de trophées sportifs qu’il entrepose chez lui.

Alors que Rio accueille les Jeux olympiques 2016, il a souhaité que les enfants de son quartier puissent mieux connaître l’histoire de cette compétition et s’initier à plusieurs sports en organisant lui-même une mini-compétition olympique parallèle.

"Ici, dans les quartiers pauvres, nous sommes exclus des JO"

Tout a commencé quand plusieurs enfants m’ont vu en train de fabriquer une torche olympique devant chez-moi. Petit à petit, ils m’ont demandé de construire un podium et des médailles pour prendre des photos. Puis, nous avons décidé de décorer le quartier. J’ai repeint l’un des murs de ma maison en blanc et nous y avons dessiné les anneaux olympiques. J’ai ensuite mis des guirlandes avec les drapeaux de plusieurs pays.

Le mur de la maison de Jarbas, décoré pour les JO de Rio. Photo : Jarbas Meneghini.

Les enfants du quartier se sont pris au jeu… Je leur ai donc proposé que nous organisions nos propres mini-JO. L’idée en a séduit plus d’un, alors j’ai enlevé les voitures que j’avais dans mon garage et je l’ai transformé en une piste d’athlétisme de 25 mètres. J’ai également acheté une table de ping-pong et un panier de basket. À la fin de chaque "épreuve ", nous organisons une belle cérémonie avec un podium, des couronnes de fleurs, des médailles et l’hymne brésilien.

La piste d'athlétisme dans le garage de Jarbas. Photo : Jarbas Meneghini.

"Il faut que notre quartier garde un héritage des Jeux olympiques"

J’ai essayé d’interpeller la municipalité de Campo Grande et des annonceurs pour être aidé financièrement dans ce petit projet, mais personne ne m’a répondu. Du coup, je paie tout de ma poche et j’essaie de vendre des répliques de médailles pour me faire un peu d’argent.

Jarbas confectionne des répliques de médailles et de torches pour financer ses mini-JO. Photo : Jarbas Meneghini.

Les enfants de mon quartier n’ont pas accès aux activités sportives : les clubs de sport coûtent cher et rien n’est organisé pour eux dans les quartiers pauvres. Or, je pense que l’éducation sportive est primordiale : cela leur apprend à respecter des règles, des horaires et leur adversaire.

Passage de la "flamme olympique" dans le quartier. Photo : Jarbas Meneghini.

Il faut aussi que notre quartier garde un héritage des Jeux olympiques : à Campo Grande, nous sommes exclus des festivités. Les stades sont éloignés de la zone Ouest et les transports très peu efficaces. De même, les billets pour assister aux compétitions sont bien trop chers pour les habitants.

Des enfants sur le podium lors d'une remise de médailles. Photo : Jarbas Meneghini.

Cette petite compétition dans le quartier offre donc aux enfants la sensation de participer à l’événement. Cela leur permet aussi de rêver un peu… Je tente par la même occasion de leur apprendre l’histoire des Jeux olympiques et le fonctionnement de la compétition.

Organisation d'une cérémonie de remise de médailles. Photo : Jarbas Meneghini.

Dans le quartier, on a félicité mon initiative. Beaucoup de parents travaillent même le dimanche, ils sont donc rassurés de savoir que leurs enfants sont encadrés pendant leur absence. Les activités se dérouleront pendant toute la durée des JO et se poursuivront pendant les Jeux paralympiques de septembre. J’espère que nous pourrons continuer à organiser des activités sportives durant le reste de l’année, et que cette idée sera reprise dans d’autres quartiers populaires.

Si, à Campo Grande, l’initiative de Jarbas a permis aux habitants de se sentir d’avantage concerné par les Jeux olympiques qui se déroulent près de chez eux, de nombreux cariocas continuent à se demander pourquoi l’argent des JO n’a pas plutôt servi à améliorer les services d’éducation, de santé ou encore de sécurité. Avec un budget estimé à 10 milliards d’euros financé à hauteur de 43 % par de l’argent public, ces Jeux représentent en effet un coût très élevé pour une économie en récession qui doit faire face à de nombreuses mesures d’austérité.