AFGHANISTAN

Une fillette afghane de 6 ans mariée à un mollah… contre une chèvre et du riz

Des femmes du village s’en sont prises au père de la fillette, qui l’avait vendue à un mollah. Capture d’écran de la vidéo de notre Observateur.
Des femmes du village s’en sont prises au père de la fillette, qui l’avait vendue à un mollah. Capture d’écran de la vidéo de notre Observateur.

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Elle s’appelle Gharibgol, elle a six ans, et depuis quelques jours, la vidéo la montrant en larmes est massivement partagée sur les réseaux sociaux en Afghanistan. Gharibgol a été contrainte de se marier à un mollah de son village, âgé de 55 ans. Un arrangement que son père a monnayé… contre une chèvre et un peu de nourriture. Les Afghans sont outragés, mais l’affaire reflète pourtant une terrible réalité.

La loi afghane prévoit qu’une femme peut se marier à partir de 16 ans et un homme à partir de 18 ans. Selon notre Observateur, il n’est néanmoins pas rare, loin de là,  que des jeunes filles soient mariées avant l’âge légal, mais l’immense écart d’âge entre Gharibgol et le mollah Seyed Abdolkarim est exceptionnel. Pour les Afghans, l’indignation vient autant des 49 années qui séparent les "époux" que du fait que le père de Gharibgol se soit contenté de quelques biens en échange de sa main.

Notre Observateur Fawad Ahmady est journaliste à Herat, dans le nord-ouest de l’Afghanistan, une ville proche de la province de Ghor où s’est déroulé le drame. Il a filmé les vidéos ci-dessous, puis les a publiées sur Facebook et dans des médias locaux.

"Le père de la fillette a dit qu’il avait du mal à boucler les fins de mois"

Il y a environ 40 jours, Gharibgol a été forcée de se marier au mollah d’Obeh, le village où elle vit avec sa famille. Son père l’a vendue en échange d’une chèvre, d’un sac de riz, de thé, de sucre, et de quelques litres d’huile de cuisson.

Après leur mariage, le mollah l’a emmenée à Firozkoh, dans la province de Ghor, vivre dans la maison d’un de ses cousins éloignés. Celui-ci a d’abord pensé qu’elle était sa fille. Mais il a découvert la réalité lorsqu’il a vu le mollah la déshabiller pour la nuit pour dormir avec elle [selon des tests médicaux réalisés sur la fillette à l’hôpital de Ghor, il n’y pas eu de rapport sexuel]…. Il a demandé au mollah : "mais ce n’est pas ta fille ?". Et il a répondu : "non, c’est ma femme, son père me l’a donnée". Le cousin a alors rapporté l’histoire à un ami, qui a appelé le bureau local des droits des femmes de la province de Ghor, lequel a appelé la police et m’a également prévenu.

Le lendemain, le 31 juillet, la police a arrêté le mollah, puis le père de Gharigbol dans son village. Mais avant qu’ils ne l’embarque, des femmes du village l’ont pris à partie et l’ont frappé. J’ai pu filmer la scène.

Dans cette vidéo, le père est éloigné de sa fille [France 24 a flouté son visage] et frappé par des femmes du village.

Gharibgol vit désormais avec sa mère, en sécurité dans une maison de Firozkoh. Negineh Khalili, qui dirige le bureau des droits des femmes du Ghor, m’a dit qu’elle ferait de son mieux pour que son père soit déchu de ses droits parentaux, et que Gharibgol puisse obtenir le divorce. Le mollah et elle n’ont été mariés que religieusement, ce qui complique les choses : le juge ne peut pas défaire ce mariage, c’est à un autre imam d’y procéder. Et le divorce reste un sujet très tabou en Afghanistan…

"Ce n’est qu’un exemple des nombreuses violences que subissent les jeunes filles en Afghanistan"

Personne n’est autorisé à épouser une fille avant l’âge légal. Mais les imams comme ce mollah sont très respectés et n’ont pas toujours à faire face aux conséquences que devrait engendrer leur comportement. Et il faut bien comprendre qu’en plus il y a un énorme problème de pauvreté. Le père de la fillette a dit qu’il avait du mal à boucler les fins de mois, et que la vendre ne signifiait pas seulement gagner en échange une chèvre et de la nourriture, mais aussi qu’il aurait une bouche de moins à nourrir. Il a essayé de se défendre en disant que le mollah avait promis qu’il ne coucherait pas avec sa fille avant qu’elle ait 18 ans. J’espère vraiment que les deux hommes purgeront une peine de prison.

Cette histoire n’est qu’un exemple parmi tant d’autres des violences commises sur les jeunes filles en Afghanistan. La plupart ne sont pas relayées dans les médias. Quelques cas ont néanmoins choqué les Afghans récemment. Par exemple, celui de Zahra, qui a été forcée de se marier à 8 ans. Et celui de Rokshana, 19 ans, qui a été lapidée à mort l’an dernier. Elle avait été mariée avant d’avoir l’âge légal de 16 ans, mais a été accusée d’avoir eu des relations sexuelles avec un garçon de son âge... La vidéo de sa lapidation avait circulé au-delà de l’Afghanistan et choqué le monde entier.

Selon une étude (lien en anglais) du Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) de 2011, dans 46,4 % des mariages en Afghanistan, les femmes ont moins de 18 ans. Mais pour beaucoup d’activistes des droits de l’Homme en Afghanistan, cette proportion est bien plus élevée, notamment parce que dans les zones rurales, beaucoup de mariages sont uniquement célébrés religieusement, et ne sont donc pas comptés parmi les statistiques officielles.