CÔTE D'IVOIRE

Des horloges avec des déchets électroniques, un geste solidaire à Abidjan

À partir d'objets de récupération, notre Observateur fabrique des horloges design. À terme, il souhaite former des Ivoiriens désireux d'apprendre de nouvelles techniques manuelles.
À partir d'objets de récupération, notre Observateur fabrique des horloges design. À terme, il souhaite former des Ivoiriens désireux d'apprendre de nouvelles techniques manuelles.

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"Rien ne se perd, tout se transforme" pourrait être la maxime de notre Observateur à Abidjan. Alors que le traitement des déchets électroniques est un problème croissant en Côte d’Ivoire, Ghislain Dessieh donne de son temps pour récupérer des disques durs et divers objets qu’il transforme en horloges originales. Un moyen, surtout, de transmettre son savoir-faire.

En Côté d’Ivoire comme dans la plupart des pays d’Afrique de l’Ouest, les déchets électroniques ne sont pas traités avec suffisamment d'efficacité pour assurer la protection de l’environnement, sans compter que le pays reçoit également des e-déchets en provenance d’Europe. De manière générale, une hausse de 37 % de ces déchets, soit environ de 60 millions de tonnes, est prévue dans le monde en 2017.

Des collectes ont été organisées récemment en Côte d’Ivoire par des opérateurs téléphoniques comme MTN, qui a récolté en février 70 tonnes de déchets électroniques pour les recycler.

Ghislain Dessieh a décidé d'apporter sa pierre à l'édifice. Ce partisan de l’économie circulaire arpente depuis deux mois les déchetteries, les magasins d’informatique ou les maisons des particuliers avec un but : récupérer des disques durs endommagés et s’en servir comme support pour créer toute sorte d’objets créatifs et design, notamment des horloges.

Notre Observateur récupère des disques durs qui vont lui servir de support pour introduire des mécanismes d’horloges. Photo Ghislain Dessieh/Baby Lab.

"Je cherchais à donner une deuxième vie à ces objets destinés à la poubelle"

Ghislain Dessieh est président de "Africa For Green", une association qui travaille sur les problématiques d’environnement à Abidjan, et chef de projet économie circulaire pour le Baby Lab, une structure lancée par des informaticiens ivoiriens qui vise à diffuser les savoirs sur le numérique. Il a baptisé son projet de récupération et de mise en valeur des déchets électroniques "Circular Value "(valeur circulaire).

>> À lire sur les Observateurs : Le "Lab" d’Abidjan qui s’attaque à la fracture numérique

Même s’il existe des grandes opérations de collecte, la récupération des déchets électroniques n’est pas centralisée en Côte d’Ivoire. Les premiers disques durs, je les ai récupérés chez des amis ou des informaticiens qui n’avaient aucune idée d’où les jeter sans polluer l’environnement. Ils étaient destinés à la poubelle, parmi tous les autres déchets, alors qu’ils sont très polluants.

Je consacre un ou deux jours de ma semaine à faire le tour des quartiers à la recherche de disques durs, mais aussi à visiter les horlogers d’Abidjan. Je récupère les mécanismes d’horloges un peu endommagés, qui partent généralement à la décharge.

Je me demandais comment donner une seconde vie à ces objets hors-service. Je les ai démontés, et j’ai trouvé qu’il y avait un côté esthétique, surtout grâce au disque de lecture qui ressemble à un miroir. J’ai fait des tests avec le Baby Lab, et nous avons réussi à confectionner une dizaine d’horloges que nous avons offertes à des membres du Baby Lab et à des visiteurs.

L’aspect de l’objet, avec le disque de lecture brillant, en fait un support idéal selon notre Observateur. Photo Ghislain Dessieh/Baby Lab.

"J’organise bientôt un atelier pour apprendre à ceux qui sont volontaires à construire ces horloges"

Ghislain Dessieh tente de trouver plusieurs supports pour ses horloges. Il a déjà fait quelques tests avec des palettes en bois, et prévoit bientôt d’en créer dans des roues de vélo. Mais son objectif n’est pas de garder ses techniques pour lui : il organise fin août un atelier pour diffuser ses connaissances.

Comme on dit en Côte d’Ivoire : "De ta seule initiative, tu ne pourras pas changer le monde". Nous prônons l’"open source" [échange des informations, NDLR] dans notre groupe. S’il existe des Ivoiriens qui recherchent une petite activité et qui ont envie d’apprendre à fabriquer ces horloges, ils sont les bienvenus au Baby Lab le 27 août prochain. Peut-être qu’à terme, ce projet permettra avec les plus motivés d’en vendre sur les marchés ou même de créer une petite entreprise basée sur l’économie circulaire. Et de faire vivre quelques personnes, qui sait ?

Au-delà des disques durs, des tests ont été faits avec des horloges faites en palettes de bois. Photo Ghislain Dessieh/Baby Lab.

"Si un horloger, en Afrique ou ailleurs, peut nous aider à obtenir plus de mécanismes ou qu’un informaticien cherche à se débarrasser de disques durs, contactez-moi !"

Notre Observateur reconnaît devoir aujourd’hui dépenser de sa poche pour ce projet : il achète la moitié des mécanismes d’horloge, et récupère le reste sur des horloges cassées. Pour autant, dénicher ces dispositifs n’est pas chose aisée :

Je trouve cinq à dix disques durs endommagés par semaine. Pour les mécanisme d’horloge, c’est beaucoup plus compliqué… si j’en trouve cinq par semaine, je suis très heureux.

Aujourd’hui, je lance un appel à ceux qui voudraient nous aider. Nous avons d’abord besoin de matériel, car aujourd’hui nous faisons tout manuellement.

Pour ce projet "horloge", ce serait fantastique de pouvoir avoir quelques perceuses ou des ponceuses. Par ailleurs, si un horloger peut nous aider, en Afrique ou ailleurs, à obtenir plus de mécanismes d’horloges, ou si un informaticien cherche à se débarrasser de disques durs endommagés, qu’il n’hésite pas à nous contacter ! A terme, j'espère pouvoir organiser une exposition d'objets design réalisés a partir de déchets électroniques et électriques.

Vous souhaitez aider notre Observateur ? Contactez-le à ghdessieh@gmail.com ou envoyez nous un mail à obsengages@france24.com

Vous aussi vous avez un projet dont vous voulez nous parler ? Contactez nous en cliquant sur l’image ci-dessous pour nous en parler !