Inde

En Inde, des citoyens "sauvent" leur lac devenu insalubre

Notre Observateur et son équipe de bénévoles ont assaini le lac autrefois très pollué de leur quartier. Photo : page Facebook Akshaya nagara kere sutta mutta.
Notre Observateur et son équipe de bénévoles ont assaini le lac autrefois très pollué de leur quartier. Photo : page Facebook Akshaya nagara kere sutta mutta.

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Depuis plusieurs années, le lac qui borde le quartier Akshaya Nagar à Bangalore était devenu un véritable dépotoir. Difficultés à s’approvisionner en eau potable, pollution, raréfaction des espèces animales : face à une telle dégradation, notre Observateur a décidé de prendre les choses en main pour assainir la zone.

La pollution des lacs en Inde est un problème récurrent. Le lac Bellandur, aux abords de Bangalore, était tellement rempli d’eaux usées et de déchets toxiques en tous genres qu’il moussait depuis des années...En novembre dernier, la situation avait empiré quand une épaisse mousse blanche ultra-toxique s’était mise à envahir des rues entières.

Lire notre article : ce pourrait bien être le lac le plus pollué du monde…

En mars, des milliers de poissons sont morts à cause de la pollution dans le lac Ulsoor, également à Bangalore. En cause : le déversement des égouts des villes environnantes et l’accumulation de défections humaines.

Pour éviter la répétition de ce genre de catastrophes près de chez lui et inciter d’autres personnes à faire de même, notre Observateur à Akshaya Nagar a décidé de s’engager, avec l’aide de plusieurs jeunes habitants de son quartier, pour "sauver" son lac.

"Avec la pollution et le déversement des eaux usées, la faune et la flore avaient disparu"

Ramesh, âgé de 65 ans, est un ancien banquier à la retraite. Il vit à Askhaya Nagara depuis 12 ans.

Depuis 2008, j’essaie de monter des projets de protection de l’environnement dans le quartier. Nous avons un grand lac près de chez nous, mais nous ne pouvions pas en profiter. Celui-ci était complètement laissé à l’abandon. Étant donné qu’il n’y avait pas de barrière autour, beaucoup s’en servait pour faire leurs besoins : ce n’était plus un lac, mais des toilettes publiques. [En 2014, 600 millions d’Indiens, la moitié de la population, n’avaient pas accès à des latrines. Le gouvernement a lancé fin 2014 un plan pour financer l’installation de toilettes dans les foyers, NDLR.]

Le lac après son assainissement. Photo : page Facebook Akshaya nagara kere sutta mutta.

Les abords étaient recouverts de mauvaises herbes, attirant les serpents et les rongeurs. Notre association de résidents essayait de désherber deux à trois fois par an, mais c’était ingérable. Tout le monde évitait de se balader près du lac.

Un habitant du quartier désherbe les abords du lac. Photo : page Facebook Akshaya nagara kere sutta mutta.

Puis, le quartier s’est développé, entraînant de nouvelles constructions. La plupart des eaux usées des immeubles ont commencé à se déverser dans le lac : l’endroit est devenu totalement insalubre. Il y a dix ans, on pouvait voir des canards ou des oiseaux migrateurs. Mais, avec la pollution et le déversement des eaux usées, la faune et la flore ont disparu. Par ailleurs, les nappes phréatiques en-dessous de ce lac, qui sont des sources majeures d’approvisionnement en eau potable dans la zone, ont commencé à s’amoindrir à cause de la pollution et des forages très mal construits.

Nettoyage autour du lac. Photo : page Facebook Akshaya nagara kere sutta mutta.

"On a commencé à cinq, aujourd’hui, on est cinquante"

Tous ces problèmes m’ont poussé à m’investir pour que nous puissions conserver nos ressources en eau, sauver les espèces animales et permettre aux résidents de bénéficier d’un espace vert agréable qui soit aussi un lieu de socialisation. J’ai commencé seul. Un jour, alors que je nettoyais les alentours du lac, un groupe de jeunes est venu me voir pour savoir ce que je faisais. Très vite, ils se sont mis à m’aider. Au début, on était cinq. Aujourd’hui, on est cinquante !

L'équipe des bénévoles devant le lac. Photo : page Facebook Akshaya nagara kere sutta mutta.

Dès que le groupe a commencé à être un peu organisé, la première chose que nous avons fait c’est d’aller voir le bureau responsable du développement à Bangalore pour leur demander de nous aider à mettre en place une clôture autour du lac et renforcer la digue afin d’éviter que l’eau du lac ne déborde. Notre demande a été prise en compte et ils ont fait les travaux pour nous.

 

Des habitants installent des bancs. Photo : page Facebook Akshaya nagara kere sutta mutta.

Pour éviter le déversement des eaux usées, il fallait également mettre en place une fosse septique avec un pipeline. Pour cela, j’ai lancé une collecte d’argent parmi les résidents : ça a très bien fonctionné et j’ai pu lever 50 % des fonds nécessaires au projet. La municipalité a payé le reste et le tout a été installé en 2013.

 

Des enfants du quartier plantent des arbres. Photo : page Facebook Akshaya nagara kere sutta mutta.

"Maintenant, on peut marcher autour du lac et il y a des cours de yoga"

Nous avons ensuite décidé de nous occuper nous-mêmes du désherbage, de l'installation de bancs et de la mise en place d’une petite zone de jeux pour les enfants. L’idée, c’est de responsabiliser les habitants : s’ils payent pour les travaux, ça leur donne plus envie de garder l’endroit en bon état par la suite. Chaque semaine, un groupe se charge de la maintenance du lieu et des séances de sensibilisation sont régulièrement organisées pour faire comprendre aux jeunes générations l’importance de la protection de l’environnement.

 

Des cours de yoga sur les abords du lac. Photo : page Facebook
Akshaya nagara kere sutta mutta.

Maintenant, on peut marcher autour du lac et il y a même des cours de yoga. Nous avons fait pousser des plantes et des arbres à fruits. C’est comme un grand jardin partagé. La qualité de l’eau s’est nettement améliorée : le département de la pêche a confirmé qu’il était désormais possible de consommer les poissons du lac. Nous intervenons régulièrement dans des conférences en Inde pour expliquer notre projet. Et d’autres communautés commencent à monter des projets similaires à Bangalore.