Deux hommes, qui se sont réclamés de l’organisation État islamique (EI), ont égorgé un prêtre et très grièvement blessé une autre personne lors d’une prise d’otages dans une église de Saint-Étienne-du-Rouvray, ville de 30 000 habitants en banlieue de Rouen, mardi matin. Notre Observateur, qui décrit une ville sans tension où les communautés échangeaient régulièrement, est interloqué.

"Le prêtre prêtait souvent des salles à d’autres communautés religieuses"

Kalminthe Gomis, 39 ans, est un entrepreneur qui, durant son temps libre, anime la page Facebook "Tu viens de Saint- Étienne-du-Rouvray… ", très active, où se rassemblent des habitants de cette ville. S’il vit aujourd’hui à Rouen, il passe beaucoup de temps dans la banlieue où il a grandi et où vivent encore ses parents.

Notre famille est catholique, ma mère fréquente cette église tous les jours, elle y est très impliquée. Heureusement, elle est actuellement en vacances au Sénégal, son pays natal, sinon elle aurait pu y être aujourd’hui. J’ai beaucoup été à l’église étant plus jeune, je participais à des activités, mais aujourd’hui je m’y rends surtout en famille pour les mariages, les baptêmes, Noël ou Pâques. Il y a de nombreux paroissiens d’origine africaine, et le dimanche, il y a toujours énormément de monde.

J’ai toujours beaucoup apprécié le prêtre Jacques Hamel, qui a été tué, un homme très gentil, très impliqué dans la vie de la commune. [Le prêtre de 84 ans n'officiait plus à plein temps, mais continuait d'effectuer des remplacements, NDLR]. Ma mère l’admirait beaucoup. Il prêtait souvent des salles à d’autres communautés religieuses, que ce soit des catholiques d’autres églises ou la communauté musulmane.

"J’avais peur qu’un attentat se produise dans le centre-ville de Rouen à la limite, mais pas là…"

Il y a une salle de prière musulmane près de l’église, et il n’y a jamais eu de tensions entre les deux communautés – on prie séparément, mais on se dit bonjour, on se sourit. Déjà, quand j’étais petit, mes copains musulmans étaient invités à venir avec nous quand on faisait des activités organisées par l’église. Et aujourd’hui, à Saint-Étienne-du-Rouvray, on peut vraiment dire que les communautés vivent main dans la main. Par ailleurs, j’ai longtemps été animateur dans un centre aéré, et je n’ai jamais entendu de discours radicaux.

C’est pour ça qu’on ne comprend pas pourquoi c’est arrivé ici, chez nous. J’avais peur qu’un attentat se produise dans le centre-ville de Rouen à la limite, mais pas ici… et encore moins dans une église qui rassemblait autant de diversité, qui était aussi solidaire avec les autres communautés. On n’avait jamais entendu parler de quoi que ce soit comme menace. C’est incompréhensible.


Selon un article du Parisien de novembre 2014, Saint-Étienne-du-Rouvray n’aurait toutefois pas été épargnée par le radicalisme : plusieurs jeunes de la région avaient tenté de rejoindre les rangs de l’EI et se seraient rencontrés dans une mosquée de tendance salafiste de la ville.